Art et culture
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1- Comment
présenteriez-vous votre livre ?

Je dirais que c’est un roman d’amour noir. Noir comme dans cynique. Donc assez loin de l’amour, finalement… Deux êtres très éloignés l’un de l’autre se rencontrent. Ils vivent un moment intense, mais voué à l’échec. Au centre du livre, l’histoire bascule. La narration change de point de vue. L’un des deux héros, pris au piège, va se venger de l’autre. Ce roman traite de l’amour impossible, de l’amour déçu, ce pour un paquet de raisons : fossé entre classes sociales, objectifs de vie divergents. Comme deux trains qui roulent l’un vers l’autre sur le même rail…

2- Avez-vous une anecdote ou une histoire particulière liée à l’écriture de votre livre ?

J’ai écrit d’abord une pièce de théâtre. C’était en 1999. Quand j’ai soumis cette pièce à des professionnels du milieu, leurs commentaires, sans qu’ils se soient concertés, allaient dans le même sens : mon texte n’était pas du théâtre, mais du romanesque… Ces réactions m’ont incité à transformer la pièce en roman. À travers d’autres projets d’écriture, et mon métier de gestionnaire culturel, ce projet m’a habité pendant une quinzaine d’années. La version finale date de 2014.

3- Qu’est-ce qui vous a poussé à écrire cet ouvrage ?

Mes deux premiers romans, des polars, mettaient en vedette des groupes, amis, collègues, au prise avec des situations collectives qui, au fil du récit, prenaient des dimensions politiques. Avec Pygmalion tatoué, j’ai voulu sortir de cet univers social pour écrire sur deux personnages opposés, antagonistes, qui ne me ressemblaient pas du tout.

En choisissant le polar, je choisis d’écrire sur les zones d’ombre, sur ce qui va mal, fait mal, dans l’humanité contemporaine. J’apprécie tout particulièrement ce genre, qui permet de jeter un regard critique sur notre monde, sur la société, sur les travers et les turpitudes qui animent l’humain, au détriment de la paix, de la beauté, de la justice.

4- Quels sont les écrivains et les œuvres qui ont le plus influencé votre travail ?

Adolescent, je lisais des romans d’aventure : Doc Savage, Arsène Lupin, ou d’horreur : HP Lovecraft. Honnêtement, je n’avais rien d’un littéraire. Lors de mon premier semestre au cégep, un virage spectaculaire s’est produit. Grâce à deux professeurs, j’ai découvert la poésie, surtout le surréalisme, et la philosophie (Heideger, Sartre, Marx). Je suis tombé dans l’univers littéraire et intellectuel d’un coup, sur quelques mois. Ensuite, pendant une dizaine d’années, j’ai lu énormément de littérature québécoise contemporaine : Nicole Brossard, Madeleine Gagnon, Victor-Lévy Beaulieu, Jacques Ferron, Jovette Marchesseault, etc..

Et beaucoup de littérature française, surtout le Nouveau Roman, Barthes, Duras, etc.

Par ailleurs, j’ai une dette importante envers plusieurs auteurs de polars Français : Léo Malet, Jean-François Vilar, Daniel Pennac, Tito Topin. Parmi d’autres influences plus tardives et récentes : Salman Rushdie, Doris Lessing, David Mitchell.

Mon auteur favori, toutes catégories confondues, demeure probablement Shakespeare… Je crois que c’est en assistant à des productions de ses pièces que j’ai connu mes plus grandes exaltations littéraires et esthétiques.

Tous ces auteurs influencent mon écriture, éclairent ma vie, même si je ne me réclame pas d’un auteur en particulier.

5- Avez-vous des rituels d’écriture ? Lesquels ?

Longtemps, j’ai écrit tard le soir. Depuis quelques années, c’est plutôt le matin, avant de quitter la maison pour mon travail de gestionnaire. J’ai choisi sciemment le roman, forme longue, qui demande du souffle, du temps, même si j’ai peu de temps à consacrer à l’écriture. Le roman permet de créer des mondes, des univers. J’écris entre 20 et 40 minutes, de trois à cinq fois par semaine. En voiture, en route vers la Maison de la littérature, où je travaille, je continue à réfléchir à ce que je viens d’écrire. Comme si je me préparais pour le lendemain.

6- Quels sont vos projets ?

Mon quatrième roman, bien avancé, va dans une toute autre direction. Ce n’est pas un polar, ni un roman noir. Sorte de fable d’anticipation sur la fin de l’hégémonie humaine sur Terre. Un récit ambitieux, qui a demandé des années de lecture et de recherche.

Je voudrais écrire un polar sur la difficile relation entre Blancs et Premières Nations. Aussi, une épopée familiale inspirée de la famille de mon père, surtout de mon grand-père.

Je rêve d’écrire une biographie de Robert Lepage, avec qui j’ai collaboré pendant dix ans. J’aimerais aussi beaucoup écrire une histoire des arts et de la culture au Québec depuis les années 1960.

PYGMALION TATOUÉ
Bernard Gilbert
LES ÉDITIONS DRUIDE
Collection Écarts
2016 – 280 pages – 22,95$

MA CHRONIQUE

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