Art et culture
Accueil -> culture -> Louise Turgeon -> Actualités littéraires ->

En quelques lignes, comment résumeriez-vous votre livre ?

Ce livre est le résultat de plusieurs années de recherche. Il veut jeter un éclairage original sur un épisode qui a eu un impact sur l’histoire du Canada, du Québec et sur les Canadiens français : la guerre civile américaine.

Ce livre cherche à remettre le lecteur dans le contexte qui explique cette guerre et la réaction qu’elle a suscitée au Canada. Il expose le contexte qui permet de comprendre les raisons de l’enrôlement des Canadiens français, leurs conditions de vie et les principales batailles auxquelles ils ont participé.

L’enrôlement des Canadiens français dans les régiments unionistes et les soldes intéressantes associées à leur engagement ont constitué une nouvelle option qui s’est ouverte à eux afin d’améliorer les difficiles conditions de vie auxquelles ils étaient confrontés chez eux.

Qu’est-ce qui vous a poussé à écrire ce livre et à le publier ?

L’expérience de vie des Canadiens français aux États-Unis m’a toujours fasciné. En fait, l’immigration comme phénomène m’a toujours intéressé. Par exemple, je trouve captivant de comprendre ce qui motive les familles européennes au XIXe siècle à tout quitter pour émigrer dans un pays souvent inconnu, de voir le désespoir affiché par ces familles qui prennent la décision de tout quitter et l’espoir de trouver dans le pays d’accueil un endroit propice pour tout recommencer.

J’ai travaillé sur la migration des Canadiens français vers la Nouvelle-Angleterre pour mon mémoire de maîtrise. Puis, pour mes recherches de doctorat, j’ai voulu explorer une autre dimension de leur migration vers les États-Unis en explorant une région qui n’avait pas été étudiée de près jusque-là, soit le Michigan.

Or, au cours de ces recherches, j’ai pris conscience que la période de la guerre civile américaine (1861-1865) n’avait jamais été explorée à fond et que, lorsque les chercheurs en traitaient, c’était essentiellement pour indiquer que la migration canadienne-française avait cessé. Les historiens sociaux américains et même canadiens qui se préoccupaient de ce domaine de recherche escamotaient délibérément la période de la guerre. La périodisation choisie pour les thèses de doctorat ou les études sur le sujet était d’ailleurs fort révélatrice, soit 1820-1860 ou 1865-1890.

C’est dans ce contexte que m’est venue cette idée d’aborder ce domaine de recherche. Je ne suis pas un historien militaire mais un historien social. Ce qui m’intéressait dans l’implication canadienne-française dans cette guerre était le côté humain, les motivations, les difficultés, les conditions au front. Je me suis aussi rendu compte que peu de recherches avaient été réalisées sur le sujet et que celles qui avaient été publiées reposaient sur des considérations plus impressionnistes que scientifiques. J’ai voulu apporter mon humble contribution à une meilleure connaissance de cet aspect de l’histoire américano-québécoise.

À votre avis, à qui votre livre s’adresse-t-il ?

Ce livre s’adresse à tous ceux et celles qui aiment l’histoire, mais particulièrement aux étudiants universitaires qui s’intéressent à la migration vers les États-Unis, à la guerre civile américaine et aux rapports particuliers que les Canadiens français ont entretenus et entretiennent toujours avec la guerre. Mais ce livre demeure accessible à tous les publics. Les généalogistes professionnels ou en herbe y trouveront sûrement des informations intéressantes.

En quoi se distingue-t-il si on le compare à d’autres livres traitant du même sujet ?

Ce livre est unique dans la mesure où aucune autre étude sur le sujet (et il y en a très peu) ne s’est basée sur les dossiers militaires des Canadiens français qui sont déposés aux Archives nationales à Washington. Ce livre révèle les motivations des Canadiens français à s’enrôler, donne le profil socioéconomique de la recrue, fait vivre en quelque sorte la guerre à travers les articles de journaux et certaines lettres de soldats.

Qu’est-ce qui vous passionne ?

J’adore naturellement l’histoire. Je suis un témoin privilégié de l’histoire américaine dont j’ai fait ma spécialité. Mais je m’intéresse aussi aux relations qu’ont entretenues le Québec et les États-Unis depuis le début de leur coexistence en Amérique du Nord : aux influences mutuelles, à l’appropriation de certaines valeurs américaines par les Canadiens français de même qu’à leur refus aussi de certaines valeurs américaines, aux idées de démocratie, de liberté, à cette relation amour-haine qui s’est développée, bref, à toute cette dynamique d’échanges intellectuels entre les deux réalités culturelles.

Quels sont vos projets à venir ?

Continuer en fait à explorer ces relations entre le Québec et les États-Unis, notamment en regard des mouvements sociaux des années 1960, connaître l’influence des mouvements américains sur ceux qui se sont développés au Québec, tant au niveau du discours que de la pratique : mouvements étudiants, féministes, contre-culturels, pacifistes, contre la guerre au Vietnam, etc.

Les Canadiens français et la guerre de Sécession

Vous pouvez retrouver cet entretien et plusieurs autres sur le site : VLB ÉDITEUR