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On se prend à rêver d’une maison de théâtre qui aurait l’ambition de monter en trois jours, comme Bayreuth se consacre à la Tétralogie de Wagner, la trilogie dont André Ricard publie aujourd’hui le troisième volet, Gens sans aveu.

Cette trilogie ne manque pas d’ambition puisqu’elle couvre l’histoire du Québec à partir de moments-clés : la fin de la Nouvelle-France (La longue marche dans les Avants), la révolte des Patriotes (Le tréteau des apatrides) et la traversée de l’époque qui s’amorçait il y a près d’un siècle et demi avec la Confédération.

Notre histoire nationale, parfois agitée de soubresauts (pensons à la Saint-Jean de 1968), aura participé de l’histoire mondiale, celle que les deux Grandes Guerres ont écrite dans le sang.

Portée par les voix de personnages puissantes et évocateurs, Gens sans aveu met en scène les résidents d’un hôpital militaire où logent de façon permanente d’anciens combattants aussi bien que des Inuits affectés par les vols militaires en basse altitude.

La préparation d’une réception et d’une pièce de théâtre données à l’occasion de la Saint-Jean-Baptiste révèle des tensions.

Portant à la fois sur les célébrations à venir, sur les revendications des pensionnaires et sur la parution du livre dénonciateur du brigadier général Lanteigne, les échanges entre les différents interlocuteurs mettent en lumière une détresse identitaire dont les racines plongent au plus profond de l’histoire du québec.

Soldats d’hier et d’aujourd’hui, les hommes et les femmes mis de l’avant par André Ricard de façon magistrale portent, comme un trop lourd fardeau, le poids d’une mémoire étouffée et endormie.

Le langage de l’auteur est unique, animé d’un souffle épique – à ceci près que l’épopée se prend elle-même à revers : l’héroïsme ici reste de dimension humaine.

Par la superposition du collectif et de l’individuel, la clameur rejoint le murmure. «Rien n’arrive, sinon du temps qui pèse.»

L’AUTEUR :

Dramaturge, ANDRÉ RICARD est cofondateur et animateur du Théâtre de l’Estoc de Québec. De 1957 à 1968, il y est directeur artistique et metteur en scène, tout en poursuivant des études en pédagogie et en lettres à l’Université Laval et au Conservatoire d’art dramatique du Québec. Il devient ensuite scénariste et réalisateur pour Radio-Canada (radio et film) et Radio-Québec et collabore ainsi à des longs métrages de fiction. Il enseigne jusqu’au milieu des années soixante-dix au Conservatoire et à l’Université Laval, puis se consacre entièrement à l’écriture. Il a été reçu à l’Académie des lettres du Québec en 1996.

GENS SANS AVEU
André Ricard
LES ÉDITIONS L’INSTANT MÊME
Collection Théâtre
2008 – 212 pages – 25,00$

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