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Le Grand Prix Quebecor
du Festival International de Trois-Rivières
attribué à Marcel Labine

Il est convenu, pour ne pas dire carrément cliché, lors de la remise de prix ou de récompenses littéraires ou culturelles, d’entendre le représentant du jury affirmer à quel point la tâche aura été ardue, le choix éminemment difficile et par conséquent douloureux. Nous ne ferons donc pas exception à la règle… mais dans notre cas : C’EST VRAI !

Les membres du jury tiennent donc sincèrement à souligner le niveau généralement très élevé des 53 livres et manuscrits qui ont été soumis à son évaluation.

Devant une telle qualité tant d’écriture que d’inspiration, le jury a décidé de retenir quatre finalistes qui sont, par ordre alphabétique du nom de l’auteur: Carole David, pour Terra vecchia (publié aux Herbes rouges), Marcel Labine, pour Le Pas gagné (publié aux Herbes rouges), René Lapierre, pour L’Eau de Kiev (publié aux Herbes rouges) et Jean-François Poupart, pour Tombe Londres Tombe (publié aux éditions Poètes de brousse).

Chez ces quatre auteurs, les membres du jury ont particulièrement apprécié l’originalité et la remarquable cohérence des projets d’écriture, ainsi que l’efficacité et la très grande rigueur dans l’organisation tant formelle que thématique de leur démarche.

Terra vecchia de Carole David constitue une véritable archéologie de l’intime. À la fois quête de l’origine et lieu d’une rencontre, ce texte n’a que bien peu à voir avec la traditionnelle démarche généalogique. S’y trame plutôt, dans un patient et exigeant travail du vers, une réconciliation, une réparation, une authentique décontamination des origines et de l’imprévisible et inquiétante étrangeté de tous ces liens qui sans cesse nous font… et défont.

L’Eau de Kiev de René Lapierre est certes, comme l’a souligné l’un des jurés, « l’un de ces trop rares livres qui nous donnent le goût de vivre vieux ». Véritable fête de l’écriture et célébration de l’heureuse et efficace cohabitation du vers et de la prose, L’Eau de Kiev constitue à coup sûr l’un des plus beaux exemples de l’alchimie réussie entre la narrativité et la poésie. Voici un livre humble et humain qui ne craint pas de dire « à quel point nous avons peur », qui ne craint pas d’encore en espérer beauté et dignité.

Tombe Londres Tombe de Jean-François Poupart est paradoxalement le creuset où s’harmonisent à la fois le silence le plus définitif et les images les plus tonitruantes… Poésie résolument urbaine, c’est dans un Londres aussi bien réaliste que mythique, géographique que métaphorique que se jouent à la fois la mort et la résurrection, la blessure et la cicatrisation, le chaos et la « géométrie parfaite ». À n’en pas douter, Jean-François Poupart est l’un des dignes représentants de la poésie de son époque et de son territoire… « résolument moderne », comme le souhaitait Rimbaud.

Le jury du Grand prix de poésie du Festival international de Trois-Rivières a finalement décidé d’accorder ce grand prix à Marcel Labine pour son livre Le Pas gagné.

Rimbaud, eh oui encore lui, insistait sur cette importance de « tenir le pas gagné ». Pari tenu, car ce « pas gagné », Marcel Labine le tient aussi bien sur l’ensemble de cette oeuvre originale et personnelle qu’il élabore depuis plus de trente ans que sur toute la poésie contemporaine d’ici et d’ailleurs. Rien ne peut rendre mieux compte de cette oeuvre que ces extraits de la quatrième de couverture :

« Quelle place laisse-t-on à l’étrangeté du langage poétique, quel sort réserve-t-on à l’expression d’une parole radicalement individuelle, celle qui se situe à côté de la frivolité ? (…) Est-il possible, aujourd’hui, pour le poète de «tenir le pas gagné », de passer outre les «cantiques », afin d’approcher le plus près possible ce que Rimbaud appelait «la liberté libre » ? »

Eh bien, c’est à ces questions fondatrices de toute poésie authentique que répond Marcel Labine avec une égale et heureuse part d’intelligence et d’émotion.

Le Pas gagné devra dorénavant être considéré comme une référence parmi ces ouvrages qui se risquent à penser à la fois le monde et la poésie comme moyen privilégié d’en rendre compte.

Source :

FESTIVAL INTERNATIONAL DE POÉSIE DE TROIS-RIVIÈRES