Art et culture
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À 84 ans, Frans Krajcberg a derrière lui une longue vie de lutte et de révolte.

En 1939, jeune Juif polonais, il échappe à la barbarie nazie et rejoint l’armée russe. Lorsque la paix revient, il découvre qu’il est le seul membre de sa famille à avoir survécu. Tous les siens ont trouvé la mort dans les camps d’extermination. Il quitte alors la Pologne, se rend à Paris où il fréquente le milieu artistique de Montparnasse et se lie à Chagall qui l’aide à partir pour le Brésil.

En 1957, dix ans après avoir débarqué sans un sou à Rio de Janeiro, il est consacré meilleur peintre brésilien à la biennale de São Paolo. Il navigue entre Paris, Venise où il obtient un prix à la Biennale, et Ibiza. Mais le Brésil et sa nature exubérante, source d’inspiration de son art, lui manquent. Il se rend dans le Minas Gerais, région riche en minerais et en pigments aux couleurs magnifiques. Les matériaux que lui livre la forêt lui permettent de commencer son travail de sculpteur.

À partir de voyages en Amazonie, Frans Krajcberg fait passer sa révolte dans sa création. Il veut montrer la beauté du monde pour empêcher sa destruction, faire voir la douleur des arbres pour freiner leur saccage.

Quelques années plus tard, quand il s’intalle à Nova Viçosa, dans l’état de Bahia, Frans découvre une nature quasi intacte, une forêt primitive qui borde la mer. Il fait évoluer sa technique avec les moulages en plâtre. Sur la plage, il repère des formes, un coquillage, les rides laissées par la marée… Le répertoire est illimité.

Là, il vit dans une cabane de rêve sur un arbre. Et continue à transformer les branches et les arbres en sculptures immenses, aux formes étranges…

Cette communion entre l’œuvre de Frans Krajcberg, la terre et la forêt fait de son art un art révolté, révolté contre ceux qui détruisent la forêt amazonienne et ses habitants légitimes, les Indiens, chassés de leurs terre.

Ces bois tordus, griffés, ces troncs calcinés, il les sculpte, les colore du sang des pigments, du rouge de la révolte, du noir du feu.

«Je veux crier!» C’est ce que répète Frans Krajcberg à chacune de ses interventions : crier de plus en plus fort pour sauver cette nature qui est l’avenir des générations futures.

En ce moment même, quelque part autour du fleuve Amazone, un pan entier de la forêt est en train de brûler.

L’ART RÉVOLTÉ
FRANS KRAJCBERG
UN ARTISTE POUR SAUVER LA FORÊT
Pascale Lismonde
LES ÉDITIONS GALLIMARD JEUNESSE
Collection Hors Série Giboulées
couverture cartonnée
2005 – 64 pages – 25,95$ – 15 euros

LES ÉDITIONS GALLIMARD JEUNESSE