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En novembre 1834, une jeune fille en haillons, épuisée et affamée, se présente à l’hospice méthodiste de la 22e rue à New York, où elle demande asile. Elle s’appelle Maria Monk.

Recueillie par le révérend John Jay Slocum et sa femme Abigail, elle leur relate l’histoire édifiante des années qu’elle vient de passer parmi les religieuses du couvent de l’Hôtel-Dieu de Montréal d’où elle s’est enfuie.

Maria dénonce un véritable trafic organisé par la mère supérieure qui livre ses pensionnaires aux demandes sexuelles des prêtres du séminaire voisin.

Elle raconte qu’on fait subir à celles qui ne sont pas assez dociles des châtiments corporels effrayants, pouvant aller jusqu’à la mort pour s’assurer de leur silence, et qu’on assassine systématiquement les nouveaux-nés conçus lors de ces viols.

L’humiliation et l’intimidation y sont le lot quotidien des religieuses qui vivent dans la terreur.

Impressionné par son récit, le pasteur exhorte Maria à rédiger son témoignage pour alerter le grand public.

En janvier 1836 paraît donc à New York Awful Disclosures of
Maria Monk (les Épouvantables révélations de Maria Monk).

L’histoire fait évidemment scandale, les faits sont contestés, des enquêtes sont ouvertes, un débat public est organisé… Et toutes les conjectures courent encore aujourd’hui…

Parallèlement, ce livre devient rapidement le premier best-seller américain qui, avant même 1860, est vendu à plus de 300 000 exemplaires !

Dans ces années-là, les livres commençaient juste à être diffusés plus largement dans la population et à bénéficier de véritables opérations de mise en marché.

L’histoire de Maria Monk a d’ailleurs fait l’objet d’une campagne de marketing très bien orchestrée que Sylvie Ouellette nous décrit dans son ouvrage.

À l’époque, s’il n’y avait qu’un seul livre dans une maison, c’était la Bible, mais s’il y en avait deux, c’était la Bible et Maria Monk !

Le succès immédiat de cette publication a d’ailleurs contribué à faire suspecter une imposture dans cette affaire, car le groupe gravitant autour de Maria ne tarda pas à se quereller au sujet du partage des profits.

Mais surtout, pour mesurer l’ampleur de l’événement, il faut rappeler qu’au XIXe siècle les conflits entre protestants et catholiques étaient acharnés et qu’au Canada, les enjeux de ces luttes étaient de première importance.

Tous les coups étaient permis, et le pamphlet de Maria Monk devint une arme entre les mains des protestants dans leur guerre aux papistes.

Cette publication eut moins de retentissement à Montréal même, car la ville avait été récemment frappée par une épidémie de choléra au cours de laquelle les religieuses avaient fait preuve d’une grande générosité et d’un courage remarquable pour soulager les gens atteints de cette terrible maladie contagieuse.

La population était donc moins portée à accorder quelque crédit à ces accusations.

C’est l’histoire de la publication des révélations de Maria Monk que nous propose Sylvie Ouellette, qui a retracé au plus près la réalité des faits, sauf lorsque Maria se contentait de mentionner « On y faisait des actes que la décence m’empêche de décrire », Sylvie Ouellette ose le faire, avec le talent qu’on lui connaît.

Elle retrace aussi les controverses qui ont suivi, et les doutes qui subsistent encore aujourd’hui.

L’AUTEURE :

Québécoise, SYLVIE OUELLETTE a publié en anglais, chez Black Lace (Grande-Bretagne), trois romans érotiques. Ses ouvrages ont connu un grand succès dans le monde anglophone, et deux d’entre eux ont été traduits et publiés chez VLB éditeur, Une libertine en Nouvelle-France en 2005, et Sexy Sashimi en 2006.

Titres de l’auteure :

Une libertine en Nouvelle France
Sexy sashimi
Maria Monk

MARIA MONK
Sylvie Ouellette
VLB ÉDITEUR
2007 – 336 pages – 24,95$

Ce titre est disponible par achat en ligne chez l’éditeur :
VLB ÉDITEUR