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– Tout d’abord, présentez-nous en brièvement votre recueil?

C’est moi qui ai eu l’idée d’un recueil à deux. Je connais André depuis des années, on est copains, j’ai trouvé ça le fun qu’on collabore au même ouvrage. On a de plus des styles d’écriture très différents, ce qui gomme toute lassitude pour le lecteur qui peut passer de l’un à l’autre.

Le thème ? Il est universel. Depuis la nuit des temps il y a eu des profiteurs de la connerie. Dans la plupart de nos arnaques le pigeon, qui n’est pas blanc blanc, ne peut pas aller roucouler auprès de la justice pour demander réparation. André et moi devons être foncièrement immoraux.

– Pourquoi avoir choisi le titre particulièrement évocateur de Tab’arnaques?</b

La paternité du titre revient à 100 % à André. Vu le thème traité, ça doit être très difficile au Québec de trouver mieux.

– Où avez-vous puisez votre inspiration? (À moins que vous ne soyez arnaqueurs vous-mêmes…)

Si André a souvent inventé ses intrigues de toutes pièces, j’ai puisé le mécanisme des miennes dans des nouvelles brèves lues dans des journaux. Certaines arnaques avaient eu lieu en Asie ou en Europe, je les ai relocalisées au Québec (sauf une aux Etats-Unis, mais comment un écrivain peut-il refuser de situer une nouvelle à Destin, en Floride, quand il s’aperçoit par hasard qu’une ville porte réellement ce nom-là ?), et les ai parfois changé d’époque, comme la 1ère qui se déroule en Abitibi dans les années 1940..-

Votre dernière nouvelle en est une à quatre mains. Comment vous y êtes-vous pris pour écrire deux à la fois?

On est parti sur une véritable histoire d’arnaque de nègre (la mésaventure arrivée à Ponson du Terrail, un célèbre feuilletonniste de la fin du 19è siècle.) Nous avions un fil conducteur. J’ai écrit le 1er paragraphe, André à pris le relais et ainsi de suite jusqu’à la fin. Bizarrement, dans le cas présent, nos styles se sont confondus et à la fin on ne savait plus très bien qui avait écrit quoi.)

– Votre recueil cache-t-il un fin dessein en lui-même? Est-ce pour condamner les arnaqueurs ou plutôt pour les encenser?

Sans les porter aux nues, j’ai personnellement un faible, et même une certaine admiration, pour ces grands connaisseurs des failles de l’âme humaine. Les gens veulent qu’on leur vende du rêve. Les arnaqueurs leur font miroiter la fortune en dehors des circuits normaux. Et ça marche ! Bernard Madoff, avec son diplôme de maître-nageur, en est hélas un bel exemple. Il a roulé dans la farine les plus hautes institutions financières américaines pendant des années. Idem pour Vincent Lacroix à un niveau moindre. Les institutions de contrôle des marchés financiers (qui emploient toutes des « spécialistes » qui sont allés à l’université jusqu’à 28 ans) n’ont rien vu. Suffit que le gars soit propre sur lui, qu’il sache baratiner comme un vendeur de voitures et le tour est joué. Si en plus il invite au resto, alors là toutes les portes s’ouvrent et les sourires s’élargissent. J’ai révisé pour Québec Amérique l’excellent ouvrage sur Lacroix écrit par le journaliste Yvon Laprade. On y découvre des choses incroyables. Jamais un scénariste de film n’oserait mettre des ficelles aussi grosses dans son scénario. […]

Pour qu’une arnaque fonctionne, il faut au moins être 2: un filou et un naïf. La politique et ses beaux parleurs qui vendent du vent à des girouettes constituent un autre exemple qui défie le temps. Et c’est pas près de s’arrêter. Comme a dit Charles Pasqua, un politicien véreux français, ancien ministre de l’Intérieur (donc chef de la police), condamné par la justice à plusieurs reprises pour abus de biens sociaux et trafic d’armes, mais toujours sénateur ! « Les promesses électorales n’engagent que ceux qui y croient ». Phrase admirable qui résume tout. […]

Parler d’arnaque, c’est aborder le fonctionnement de l’être humain, sa naïveté et sa cupidité. Le sujet est inépuisable.

Tab’arnaques

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