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Sur la photo : Paul-François Sylvestre

Recension de Paul-François Sylvestre

Aristote Kavungu, Un train pour l’Est, roman, collection «Vertiges», Ottawa, Éditions L’Interligne, 2003, 128 pages, 15,95 $.
Avec cet ouvrage, l’auteur a remporté le prix Christine-Dumitriu-Van-Saanen remis lors du Salon du livre de Toronto en octobre 2003.

Et pour cause puisqu’il sait bien nous faire monter à bord d’un train et nous installer dans un compartiment où un conteur nous fait pénétrer dans son univers, nous dévoilant non stop ses émotions et ses réflexions.

Le voyage est tantôt amusant, tantôt déroutant, mais toujours enrichissant. Quand le train quitte Paris à destination de Moscou, l’auteur nous laisse croire que le protagoniste Miguel, Africain d’origine, part en vacances, mais le trajet aller-retour et le séjour moscovite prennent rapidement la forme d’une véritable introspection.

Ce Miguel rencontre des compatriotes qui tirent presque tous le diable par la queue et persistent à rester à Moscou parce que leurs études sont payées, mais pas leur frais de subsistance. Tous rêvent du jour «où ils prendront le train vers d’autres ailleurs, rêvés ou obligés».

Plus nous avançons sur les rails du récit, plus nous nous rendons compte que Miguel est habité par un sentiment de culpabilité.

La vie est un long train, avec ses wagons de l’Est et ses voitures première classe de l’Ouest.

Miguel passe pour un marchand de quelque chose qu’il ne peut offrir, «j’avais l’impression de leur avoir présenté le produit seulement par ricochet, comme pour aiguiser leur curiosité. Paris était alors comme une femme qui suggérait simplement mais qui, en le faisant, détruisait chez l’autre toutes les autres fixations».

Ce voyage de quelques semaines qu’un gars de Paris effectue à Moscou ne cherche pas à dresser l’Ouest contre l’Est, bien au contraire.

Certes, il y a des différences au niveau de la liberté et du pouvoir économique, mais notre protagoniste sonde suffisamment les cœurs et les âmes pour conclure, au terme de son périple, qu’il n’y a pas un pays qui est pire qu’un autre, «et au train où allaient les choses, ce n’était pas encore demain la veille que ça allait changer».

Dans Un train pour l’Est, les dialogues agissent presque toujours comme des coups de poing. Directs, ils ont toujours du punch, faisant souvent éclater la vérité et la dure réalité.

À certains moment, on dirait que les échanges entre deux personnages prennent l’allure d’un combat de boxe. Quant aux descriptions, elles demeurent imagées, rehaussées tantôt par un jeu de mots, tantôt par un double sens.

Une lecture agréable, que nous soyons à bord d’un train ou assis confortablement dans notre fauteuil du salon.
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Un train pour L’Est
Aristote Kavungu
Éditions L’Interligne
Collection : « Vertiges »
128 pages
Date de parution : 2003
15,95 $

Gagnant du PRIX CHRISTINE-DUMITRIU-VAN-SAANEN!

Le Prix Christine-Dumitriu-Van-Saanen reconnaît l’oeuvre d’une auteure ou d’un auteur d’expression française, dont le contenu rayonne dans la communauté franco-ontarienne. Le Prix est doté d’une bourse de cinq mille dollars (5 000 $) et il est décerné grâce à l’aide du Gouvernement du Québec en partenariat avec le Salon du livre de Toronto.

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« C’était quand même un fait nouveau pour moi que d’arriver longtemps avant l’heure à la gare. Je craignais d’inhiber le désir ardent que j’ai toujours eu à courir après un train, à l’attraper, à l’admirer de tout son long, et à y pénétrer enfin dans un soupir de soulagement en le voyant partir immédiatement après; et, surtout, le plaisir de me trouver la bonne place dans ce train qui se déhanche déjà et qui m’amène entier dans son mouvement. Mes amis de la Résidence Lumumba s’étaient arrangés pour me priver d’un tel moment de plénitude… »
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Aristote Kavungu

Aristote Kavungu est né au Congo (ex-Zaïre) de parents angolais.

Après un séjour de plus de dix ans en France où il a étudié les Lettres Modernes à l’Université de Paris XIII. Il est maintenant installé à Toronto.

L’adieu à San Salvador, finaliste du Prix littéraire Anne-Hébert, a été son premier livre publié. Il a fait siens les mots d’Yves Bonnefoy :
« j’écris parce qu’il y a en moi un être qu’il est urgent de sauver ».
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Les Éditions L’Interligne ont été fondées à Ottawa en 1981. À ses débuts, la maison publiait principalement des ouvrages historiques ou relatifs au patrimoine franco-ontarien.

Depuis 1997, elle s’oriente davantage vers la fiction et publie entre six et neuf titres par année dans quatre collections: « Paysages », « Vertiges »,
« Amarres » et « Parcours », ainsi que des titres hors collection.

Les Éditions L’Interligne s’intéressent surtout aux auteurs qui habitent le territoire éclaté de l’Ontario français et de l’Outaouais québécois, mais demeurent ouvertes aux propositions d’écrivains de tous horizons.

La maison assure aussi la publication de Liaison, la revue des arts de l’Ontario français.

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