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Du 6 novembre 2007 au 27 avril 2008

1837 • 1838 Rébellions
Patriotes vs Loyaux


Le vieux de ’37; devenu l’icône des Rébellions, il est également associé au nationalisme radical depuis que le Front de libération du Québec l’a utilisé en 1970 pour illustrer son manifeste lors de la crise d’Octobre.

Aquarelle de Henri Julien, 1904,
collection privée

À l’occasion du 170e anniversaire des Rébellions qui ont eu lieu en 1837 et en 1838 dans le Haut et le Bas-Canada, Pointe-à-Callière, musée d’archéologie et d’histoire de Montréal présente une exposition sur ces événements où Patriotes et Loyaux se sont affrontés avant de connaître des dénouements dramatiques. Des objets exceptionnels, dont certains incontournables, vont rappeler comment les Rébellions ont marqué une page importante de l’histoire du Canada.

Le parcours de l’exposition démontre l’enchaînement des événements qui ont mené aux Rébellions et relate les éléments essentiels pour mieux comprendre le contexte politique, économique et sociologique, avant, pendant et après les Rébellions.

En route vers la démocratie

À l’époque, les Patriotes revendiquent un pouvoir accru du peuple pendant que certains de leurs compatriotes veulent rester « loyaux » à la Couronne britannique. Cette volonté d’affirmation des libertés et de quête de la démocratie rejoint le Bas-Canada et le Haut-Canada. Déjà en 1776, la Déclaration d’indépendance des treize premiers «États unis» d’Amérique a marqué le pas. Ailleurs en Europe, ce mouvement de souveraineté politique s’affirme entre autres en Irlande et en France.

Québec, la clique du Château

Ici, en 1791, c’est la signature de l’Acte constitutionnel qui amène la division de la province en deux colonies, le Haut-Canada et le Bas-Canada, chacune ayant sa Chambre d’assemblée et ses cours de justice. S’installe alors une forte inégalité des pouvoirs entre les représentants élus et ceux nommés par la Couronne britannique.

Les Patriotes réclament à répétition que le Conseil législatif soit lui aussi choisi par le peuple. Par dérision, le gouverneur et ses conseillers sont même appelés Clique du château car ils logent au château Saint-Louis, à Québec. Dans le Haut-Canada, des réformistes contestent également le pouvoir et les privilèges du gouvernement en place qu’ils surnomment cette fois le Family Compact à cause des liens familiaux qui les unissent.

Montréal, tensions et affrontements

Au début du 19e siècle, Montréal est devenue le quartier général des Loyaux et des Patriotes. Même si la Chambre siège à Québec, Montréal est pour sa part au cœur de l’action politique. En effet, on y retrouve la plus grande concentration de marchands et d’hommes d’affaires et c’est aussi à Montréal qu’habitent les principaux acteurs politiques. Les Britanniques installés à Montréal dominent l’économie du pays. Autant du côté des Patriotes que des Loyaux, des factions radicales émergent. En peu de temps, la situation s’envenime et la tension monte dans la ville.

En 1832, la rue Saint-Jacques est même le théâtre d’événements sanglants où trois civils sont tués à l’occasion d’une élection partielle déclenchée dans Montréal-Ouest. Les journaux partisans qui jouent un rôle majeur dans les Rébellions sont actifs dans la ville : La Minerve et le journal The Vindicator sont pro-patriotes alors que The Montreal Gazette et L’Ami du peuple sont sympathiques à la cause des Loyaux.

Les Rébellions éclatent

En 1834, la Chambre adopte les 92 Résolutions où l’on réclame une fois de plus un Conseil législatif élu. De leur côté, les Loyaux dénoncent ces résolutions. Trois ans plus tard, la réponse de Londres est définitive : on refuse en bloc ces Résolutions, ce qui mènera à l’éclatement des Rébellions.

Les affrontements violents entre Loyaux et Patriotes commencent le 6 novembre 1837 au cœur même de ce qui est aujourd’hui le Vieux-Montréal, entre le Doric Club et les Fils de la Liberté. Le gouverneur Gosford émet 26 mandats d’arrestation contre les chefs patriotes dont Louis-Joseph Papineau qui se réfugie dans la vallée du Richelieu. Les Rébellions s’enflamment et des batailles mémorables ont lieu dans la vallée du Richelieu, à Saint-Denis et Saint-Charles plus précisément, ainsi que dans le comté des Deux-Montagnes, à Saint-Eustache et Saint-Benoît.

Le 5 décembre 1837, le procureur général du Bas-Canada décrète la loi martiale dans le district de Montréal. Après ces Rébellions de l’hiver 1837, des insurrections renaîtront à l’hiver 1838. Le mouvement se propage et atteint son apogée en novembre pendant la bataille d’Odelltown. Les Patriotes, vaincus, vont capituler. Douze d’entre eux seront exécutés et une soixantaine partiront en exil en Australie.

Des noms qui passent à l’histoire

L’exposition permet au public de faire connaissance avec plusieurs personnages dont le nom est passé à l’histoire, parfois même à la toponymie. Patriotes et Loyaux, francophones et anglophones, autorités officielles et officieuses, hommes et femmes, élites et simples citoyens émergent dans l’exposition au moyen d’objets personnels, de portraits et de lettres touchantes. Parmi ces personnages, le visiteur croisera les Louis-Joseph Papineau, François-Xavier Prieur, Jean-Joseph Girouard, André Ouimet, Édouard-Raymond Fabre, Wolfred Nelson et William Mackenzie de même que des Loyaux tels Peter McGill ou George Moffat et les lords Colborne, Gosford et Durham, pour ne citer que ceux-là.

Des objets exceptionnels

Les artefacts constituent l’un des faits saillants de l’exposition. À travers les collections d’une quarantaine d’établissements canadiens et de collectionneurs privés, l’exposition regroupe 190 objets. Parmi les artefacts inédits, le journal intime de Caroline Debartzch présente un intérêt exceptionnel : dix pages y traitent des premiers affrontements survenus dans la vallée du Richelieu en 1837. Rédigé entre le 13 novembre 1839 et le 13 avril 1840 par la fille de Pierre-Dominique Debartzch – le seigneur de Saint-Charles – , ce journal a été classé bien historique en 2005 par la ministre de la Culture et des Communications. Un album de dessins et de textes personnels réalisés par des Patriotes détenus à la Prison neuve fait aussi partie des objets qui n’ont jamais été présentés au grand public.

Parmi les objets exceptionnels, mentionnons une courtepointe fabriquée à même les habits rouges des soldats d’Argenteuil qui se sont battus lors des Rébellions; une des plus belles épées de grande tenue du Canada et son étui; la lettre de Chevalier de Lorimier écrite à Guillaume Lévesque quelques heures avant sa pendaison et un tambour ayant été utilisé durant la bataille d’Odelltown.

Des artefacts peu connus

Certains objets, peu connus du public, sont présentés : un exemplaire du livre Droits de l’homme de Thomas Paine ayant appartenu à Louis-Joseph Papineau; un registre manuscrit des exécutions à la prison du Pied-du-courant; un document sur l’Association de réforme et l’Union patriotique signé par plusieurs leaders patriotes; le fusil d’un Patriote ayant servi lors des Rébellions; la bible de Chevalier de Lorimier; une boîte avec des pions d’échec de Papineau qui a aussi appartenu à son père; et un couvre-lit tissé de la famille Thibault-Lachapelle de Saint-Denis-sur-Richelieu qui a servi à sauver des flammes un jeune enfant.

Les incontournables

Parmi les objets incontournables associés aux Rébellions, soulignons Le vieux de ’37, une estampe de Henri Julien; un couvre-chef militaire de la cavalerie des Queens Light Dragoons; les ceintures fléchées de Wolfred Nelson et de Jean-Olivier Chénier; le mandat d’arrestation à l’intention de Louis-Joseph Papineau; la déposition volontaire de François-Xavier Prieur; l’aquarelle réalisée par Katherine Jane Ellice et appelée The Insurgents at Beauharnois; des boîtes fabriquées par des prisonniers du Haut-Canada avec des messages personnels, le rapport Durham et l’Acte d’union ainsi qu’un autoportait du Patriote Jean-Joseph Girouard.

170 ans plus tard

Ces dernières décennies, des historiens ont mis en lumière de nouvelles interprétations susceptibles d’éclairer le pourquoi et le comment des Rébellions. Les facteurs explicatifs sont multiples, complexes et toujours débattus. S’y mêlent les enjeux politiques divergents, la quête de la démocratie, les tensions générées par la compétition pour les terres, les difficultés économiques, la défense des chefs patriotes et l’opposition entre «Anglais» et «Français». Par l’avancement des connaissances sur le sujet, l’exposition de Pointe-à-Callière suscitera une réflexion propice à une nouvelle mise en perspective des événements.

Pointe-à-Callière,
musée d’archéologie et d’histoire de Montréal
350, place Royale
Vieux-Montréal (Québec)
H2Y 3Y5
Tél. (514) 872-9150

www.pacmusee.qc.ca

L’exposition 1837 • 1838, Rébellions, Patriotes vs Loyaux est produite et réalisée par Pointe-à-Callière, musée d’archéologie et d’histoire de Montréal. Le Musée remercie Historia ainsi que les quotidiens La Presse et The Gazette pour leur participation à la promotion de l’événement.

Le Musée est subventionné par la Ville de Montréal.