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BILAN

DE MARCEL DUBÉ

MISE EN SCÈNE BENOÎT VERMEULEN

Avec Christine Beaulieu / Joseph Bellerose / Philippe Cousineau /

Mickaël Gouin /Rachel Graton /Guy Jodoin /Sylvie Léonard /

Jonathan Morier / Jean-Philippe Perras /Mathieu Quesnel

Denis Trudel/ Rebecca Vachon

Assistance à la mise en scène Marie-Christine Martel

Bilan a été créé à la télévision en 1960 dans Le Téléthéâtre de Radio-Canada, réalisée par Paul Blouin. Huit ans plus tard, c’est Albert Millaire qui le met en scène au TNM, dans un texte légèrement remanié par l’auteur, à la suite des événements de Mai 68. Jean Duceppe et Janine Sutto interprétaient le couple, entourés de Monique Miller, Andrée Lachapelle, Hubert Loiselle et Benoît Girard. Puis en 2002, Radio-Canada en présente une nouvelle adaptation visuelle dans une adaptation de Lorraine Pintal, avec Vincent Bilodeau dans le rôle de William Larose.

CRITIQUE 

William Larose est un homme qui a fait fortune en affaires. Il veut maintenant se lancer en politique, dans le giron de l’Union nationale. C’est pour lui la suite normale de sa réussite. Il critique bien sûr Jean Lesage qui est devenu chef du Parti Libéral. Il annonce son intention lors d’une soirée qu’il donne chez lui. Or sa femme et ses enfants, qui profitent pourtant très bien de son portefeuille, s’en fichent. Chacun a ses propres préoccupations. Margot, sa femme, n’en peut plus de ce mari qui ne pense qu’argent. Elle rêve d’une aventure avec Gaston, le meilleur ami de celui-ci. Guillaume, le fils dont il voudrait faire son successeur, n’a rien à faire de l’empire paternel. Son autre fils, Étienne, veut étudier en sociologie, de quoi faire faire une crise d’apoplexie à son père. Suzie, sa fille, bien mariée, caresse l’idée de divorcer de son mari trop semblable à son père.

Le texte recrée l’atmosphère des années 60, époque d’effervescence et début de la révolution tranquille, période qui a changé complètement le paysage québécois. William Larose est l’image-même du père qui a autorité sur tout et n’accepte pas qu’on ne pense pas comme lui, alors que sa famille est à l’image de ceux qui ont accepté des idées nouvelles et favorisé les changements si importants qui ont eu lieu au Québec.

Pour tout décor, des piliers de bois aux teintes de bronze et des fauteuils en cuir blanc, un salon qui ouvre sur la cour arrière et aussi une immense fenêtre en verre dépoli qu’on lève comme un rideau de scène. Des photos des personnages sont projetées en gros plan sur deux écrans placés au-dessus de ce décor.

Les hommes sont en smoking alors que les femmes portent d’élégantes robes typiques de l’époque. Comme c’est une soirée, on y danse. La musique qu’on entend surtout par bribes est aussi souvent trop forte. La présence d’une tablette électronique et de téléphones intelligents était incongrue puisqu’ils n’existaient pas dans les années 60.

Les acteurs sont excellents. J’ai été étonnée de la prestation de Guy Jodoin. Je ne l’ai toujours vu qu’en animateur-télé, mais il nous offre une brillante performance en William Larose alors que Sylvie Léonard incarne parfaitement sa femme Margot.

Le texte est magnifique mais la mise en scène décevante car elle ne respecte pas l’époque. La projection de visages en gros plan au-dessus de la scène dérangeait le rythme plutôt que d’y ajouter intensité, tout comme la musique parfois trop puissante. J’aurais préféré qu’on nous livre le texte brut, sans y ajouter fioritures visuelles ou auditives agaçantes.

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0 Au secours, 1 Pas du tout, 2 Un peu 3 Assez, 4 Beaucoup, 5 Passionnément

­­Jusqu’au 8 décembre 2018

Au Théâtre du Nouveau Monde

Réservations 514.866.8668 ou http://www.tnm.qc.ca

Crédit photos: Yves Renaud