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CANDIDE OU L’OPTIMISME

UNE CRÉATION POUR LA SCÈNE DE

PIERRE YVES LEMIEUX —

D’APRÈS LE ROMAN DE VOLTAIRE

MISE EN SCÈNE ALICE RONFARD

AVEC

Valérie Blais

Patrice Coquereau

Larissa Corriveau

Benoît Drouin-Germain

Emmanuel Schwartz

Assistance à la mise en scène Claude Lemelin

S’inspirant du plus célèbre conte de Voltaire, Candide ou l’Optimisme, l’auteur Pierre Yves Lemieux — à qui l’on doit entre autres les récentes et magnifiques adaptations des Trois Mousquetaires et de La Belle et la Bête — a créé pour la scène un texte qui met en lumière l’auteur et son personnage, dans un chassécroisé pétillant où protagonistes du roman et de la vie de Voltaire se mêlent joyeusement. Pour porter au théâtre cette oeuvre iconoclaste, Alice Ronfard a réuni autour d’elle une équipe de complices de la première heure. Alors qu’Emmanuel Schwartz prête son talent à la figure mythique de Voltaire et Benoît Drouin-Germain, à celle de l’ingénu Candide, Valérie Blais, Larissa Corriveau et Patrice Coquereau interprètent une foule de personnages, jouant habilement sur la transformation. Ce spectacle à l’apparente légèreté risque de susciter une réflexion salutaire sur les maux et les dérives de notre époque.

UN APPEL À LA LUCIDITÉ

Voltaire, banni de Paris pour ses écrits et ses prises de position, vit dans son château de Ferney. Il organise une répétition de Candide, pièce qu’il a adaptée de son roman, avec deux grands acteurs. Madame Denis, son amie de coeur, raconte l’histoire et dirige les répétitions pendant que Voltaire commente les péripéties de Candide. Celui-ci, expulsé du château pour avoir embrassé la fille du baron, Cunégonde, est condamné à courir le monde. Tout au long de ce voyage initiatique, le naïf Candide est confronté à la guerre, au tremblement de terre de Lisbonne en 1755 (cataclysme meurtrier qui a profondément marqué Voltaire), à l’Inquisition… Il traverse les mers et les océans, arrive en Eldorado, part à la recherche de Cunégonde (qui, elle aussi, connaît d’incroyables aventures)

de Buenos Aires à Venise, sans jamais se départir de cet optimisme que Pangloss, le philosophe, lui a inculqué, alors que son auteur porte sur l’humanité un regard beaucoup plus lucide.

Le Voltaire de Pierre Yves Lemieux est un personnage truculent, qui se moque de lui-même, de ses discours enflammés, avec un humour cynique et désabusé. Ses propos sont toujours très actuels, notamment sur l’affranchissement des femmes, la liberté du peuple, la tolérance et le triomphe de l’optimisme. Des idées — d’avant-garde pour l’époque — que défendait haut et fort Voltaire. Pierre Yves Lemieux crée une étonnante mise en abyme de l’auteur qui met en scène un auteur en train de mettre en scène son personnage.

L’AUTEUR ET SON DOUBLE

Écrivain et philosophe emblématique du siècle des Lumières, Voltaire a laissé une oeuvre considérable, comprenant des pièces de théâtre, des poèmes, des essais historiques, des contes, des Lettres philosophiques et un Dictionnaire philosophique, en plus d’une correspondance estimée à 4000 lettres et d’une collaboration

suivie à l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert. Conte philosophique, Candide ou l’Optimisme, est paru en 1759 à Genève. Afin de déjouer les censeurs, Voltaire s’est assuré de sa publication simultanée dans plusieurs pays d’Europe. Ce court roman, qui a connu un immense succès et qui a été réédité une vingtaine de fois du vivant de son auteur, est sans conteste son œuvre la plus connue. Burlesque et fantaisiste,Candide cache sous son apparente légèretéune critique de la royauté, de la religion et de la justice. Pas de quoi rentrer dans les bonnes grâces de Louis XV !

UN SPECTACLE FANTAISISTE

Le texte de Pierre Yves Lemieux est plus qu’une adaptation de Candide, c’est une véritable création où il propose sa vision de Voltaire. Il le fait délirer, non sans une bonne dose d’autodérision, sur ses théories philosophiques. Un rôle sur mesure pour la démesure d’Emmanuel Schwartz, acteur protéiforme qui sait transcender ses personnages. On se souvient de ses extraordinaires prestations dans En attendant Godot et Tartuffe au TNM.

Une belle connivence unit l’équipe artistique. En effet, Alice Ronfard a formé Emmanuel Schwartz, Larissa Corriveau et Benoît Drouin-Germain. De Pierre Yves Lemieux, c’est le deuxième texte qu’elle met en scène. Valérie Blais, dont on salue le retour au théâtre, et Patrice Coquereau complètent cette solide distribution.

Pour son sixième spectacle au TNM, Alice Ronfard, reconnue pour ses mises en scène à l’opéra et au théâtre (où elle monte aussi bien les textes du répertoire que les auteurs contemporains), a choisi une équipe de concepteurs qui laisse prédire une esthétique remarquable. L’environnement scénique est l’oeuvre de Danièle Lévesque, qui a réalisé maintes fois d’impressionnantes scénographies au TNM. Cédric Delorme-Bouchard — jeune concepteur doué dont la première création, Lamelles, a été fort remarquée — conçoit les lumières. Le peintre et vidéaste Éric Gagnon crée les images projetées. Enfin, la musique originale est signée du compositeur et talentueux musicien électro-pop Tomas Furey et les costumes sont une création de Marie Chantale Vaillancourt reconnue pour ses conceptions remarquables notamment au Cirque du Soleil.

Conte ludique et fantaisiste, Candide réussit le joli doublé de faire rire tout en interrogeant le sens de nos valeurs.

Du 11 septembre au 6 octobre

Au Théâtre du Nouveau Monde                                                                                 84 rue Sainte-Catherine Ouest (métro Place des Arts)

 Réservations 514.866.8668 ou http://www.tnm.qc.ca