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Les 17, 18 et 19 mai à 20 h

Le Festival de théâtre des Amériques présente Eraritjaritjaka, musée des phares de Heiner Goebbels, d’après des textes d’Elias Canetti

UN THEATRE MUSICAL ET TOTAL
En 1996, le Festival de théâtre des Amériques créait Théâtres du Monde afin de continuer à offrir, entre ses éditions régulières, des œuvres majeures de la scène contemporaine internationale. Dix ans plus tard, le FTA s’apprête à renaître sous un autre nom pour écrire une nouvelle page de son histoire. Exceptionnellement, en cette année de transition et de transformation, il accueille à Montréal un seul spectacle, mais quel spectacle !

Eraritjaritjaka, musée des phrases, conçu et mis en scène par l’inclassable compositeur allemand Heiner Goebbels ne propose rien de moins que la mémoire d’un siècle. Mariant la musique, la littérature, le théâtre et la vidéo, cette œuvre magistrale, interprété par le comédien français André Wilms accompagné sur scène du quatuor à cordes hollandais, Mondriaan, révèle pour la première fois au Québec le travail de l’un des créateurs les plus doués du paysage actuel.

Eraritjaritjaka, qui en aborigène australien signifie « animé du désir d’une chose qui s’est perdue », nous fait pénétrer dans la maison d’un écrivain habité par tous les fantômes d’un siècle tragique et par les œuvres qui le constituent. Cette maison «intranquille», est densément peuplée de musiques et de textes, d’histoires et d’images. Sur une scène nue, devant la façade d’une maison bientôt transformée en écran de projection, un homme accompagné d’un quatuor à cordes pour la fin du temps se fait l’écho des pensées de l’écrivain Elias Canetti. À mi-parcours, coup de théâtre : il enfile son manteau, quitte la scène et la salle de spectacle suivi par une caméra. Entre réel et irréel, les repères du spectateur sont totalement brouillés.

« Eraritjaritjaka use avec délice de tous les tours qu’un metteur en scène peut jouer à son public (…) Goebbels et son comparse prennent un malin plaisir à nous piéger dans une série de faux-semblants, un jeu de dupes jubilatoire… », Les Inrockuptibles (France), 2004

Une rencontre inévitable
Inlassable passe-murailles à l’oreille tendue vers les nouvelles tendances et les langages hybrides, S’appeler Goebbels en Allemagne est une lourde responsabilité. Né en 1952, sept ans après le suicide de l’autre Goebbels dans le bunker de la chancellerie, Heiner Goebbels est un artiste qui s’inspire de toutes les traditions, les mixent et les mélangent, et propose des œuvres scéniques impures qui puisent aux registres de la performance, du concert de musique de chambre, de la vidéo, de la poésie et des arts visuels. À cet égard, sa rencontre avec l’œuvre d’Elias Canetti, prix Nobel de littérature 1981, ne relève certes pas du hasard. Véritable mosaïque culturelle à lui tout seul, cet écrivain naturalisé anglais, né en Bulgarie de parents d’origine juive séfarade, n’a derrière lui aucune terre, sauf les livres et la langue allemande qu’il a choisie, malgré la déroute de l’Histoire. Son œuvre, autobiographie, roman, théâtre, carnets et notes mêlés, s’offre comme le témoignage de l’anéantissement de la culture juive germanophone européenne.

Musées des phrases, musée des cordes
Mise à part sa vaste entreprise autobiographique, le travail d’écriture d’Elias Canetti se concentre sur des centaines de cahiers de notations, maximes et réflexions. Ce sont ces phrases puissantes, tour loufoques et cinglantes, désespérées et toniques, qu’évoque le comédien français André Wilms, au sommet de son art. Cet artiste épris de rencontres exigeantes et d’expérimentations scéniques qui ne cesse d’explorer le théâtre musical et les dramaturgies allemandes envahit littéralement l’espace. Pendant une heure et demie, ses mots sont portés, emportés, déportés par les musiques de Dmitri Chostakovitch, Alexei Mossolov, Giacinto Scelsi, John Oswald, Vassili Lobanov, Gavin Bryars, George Crumb, Jean-Sébastien Bach, Maurice Ravel et Heiner Goebbels lui-même, magnifiquement interprétées sur scène par le Quatuor Mondriaan, une formation d’Amsterdam réputée pour son exploration du répertoire du vingtième siècle.

Si ce qui distingue les vrais artistes est cette manière d’inlassablement poser les mêmes questions, de fouiller les mêmes motifs, d’approfondir les mêmes figures, il ne fait pas de doute que Heiner Goebbels en est un, et l’un des plus grands de la scène actuelle. Mais cette recherche constante, il ne la mène pas seule et, d’un projet à l’autre, il poursuit une collaboration sans cesse remise en question, sans cesse nourrie, avec le scénographe et créateur de lumière Klaus Grünberg, avec la costumière Florence von Gerkan et avec le designer sonore Willi Bopp : un réseau de têtes chercheuses rejoints dans leur quête inassouvie par de jeunes artistes – comme c’est le cas ici du réalisateur belge Bruno Deville – soucieuses d’associer leur savoir-faire à la création de ce théâtre total qui marie à la perfection le jeu sur le texte, la vidéo, la musique et une étonnante scénographie.

« Et cela donne un spectacle exceptionnel,(…) qui vous cloue à votre siège, tout œil, tout oreille, happé par la beauté autant que par le sens que cette beauté donne au propos.», Brigitte Salino, Le Monde

ERARITJARITJAKA, MUSEE DES PHRASES
Conception mise en scène et musique Heiner Goebbels, d’après des textes d’Elias Canetti.
Avec André Wilms et le Quatuor Mondriaan, Amsterdam (Jan Erik van Regteren Altena violon, Edwin Blankenstijn violon, Annette Bergman alto, Eduard van Regteren Altena violoncelle).

Vidéo live Bruno Deville ; Scénographie et lumières Klaus Grünberg ; Son Willi Bopp ; Costumes Florence von Gerkan. Producteur délégué : Théâtre Vidy-Lausanne E.T.E. (Suisse). Coproducteurs : Odéon-Théâtre de l’Europe, Schauspiel Frankfurt, Spielzeiteuropa I Berliner Festspiele, Wiener Festwochen et Pour-cent culturel Migros.

À la Salle Pierre-Mercure du Centre Pierre Péladeau
300 boul. de Maisonneuve Est

Billets disponibles au guichet du Centre Pierre-Péladeau au (514) 987-6919 et via le réseau Admission au (514) 790-1245 ou 1-800-361-4595

Ce spectacle sera également présenté les 24 et 25 mai au Carrefour international de théâtre de Québec.

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