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Jusqu’au 27 août 2006

Histoire d’un succès / Comment l’Italie devint le leader du design industriel international

Le Musée des beaux-arts de Montréal présente une exposition majeure sur le design, Il modo italiano : design et avant-garde en Italie au XXe siècle.

Couvrant la période de 1890 à nos jours, elle regroupe quelque 380 œuvres parmi les plus représentatives de l’époque, allant du mobilier et de la verrerie aux tissus et à la céramique. Elle réunit aussi des peintures, des sculptures, des photographies et des dessins architecturaux. C’est la première fois qu’une exposition explore la synergie entre l’expérimentation artistique et le design novateur de l’Italie du vingtième siècle. Articulée autour de quatre thèmes, cette présentation originale montre les manières diverses de voir et de représenter la société industrielle italienne, à travers le regard des architectes, des artistes et des designers. Les œuvres exposées proviennent de collections particulières et publiques, principalement d’Italie, ainsi que de la collection Liliane et David M. Stewart du Musée des beaux-arts de Montréal. L’exposition sera ensuite présentée au Musée royal de l’Ontario, à Toronto, et au Museo d’Arte Moderna e Contemporanea di Trento e Rovereto, en Italie.

L’exposition est une production du Musée des beaux-arts de Montréal, en collaboration avec le Musée royal de l’Ontario et le Museo d’Arte Moderna e Contemporanea di Trento e Rovereto.

Histoire d’un succès international

Au cours du vingtième siècle, le design italien s’est développé de façon remarquable pour s’imposer graduellement sur la scène internationale. Durant sa longue période d’industrialisation et d’innovation technologique, l’Italie a su miser sur ses traditions régionales et artisanales pour devenir un leader dans le domaine du design industriel. L’exposition démontrera l’évolution progressive de l’objet artisanal, beau dans son unicité, vers le design industriel et les objets reproductibles à l’infini.

Une grande partie de ce qui a été réalisé en design italien s’explique par l’héritage philosophique et esthétique de la culture humaniste. Dès le début du vingtième siècle, cet héritage a été réinterprété de différentes manières. Presque chaque décennie a vu émerger de nouvelles « philosophies » et de nouvelles « esthétiques » qui se sont exprimées avec force, donnant lieu à des idées novatrices qui ont profondément influencé le débat culturel sur l’art et le design : le futurisme (Marinetti, Boccioni et Balla), la peinture métaphysique (De Chirico et Carrà), le rationalisme (Terragni, Baldessari et Albini), le Novecento (Sironi, Muzio et Ponti), puis, au milieu des années 1960, le Radical Design (Archizoom, Pesce, Mendini et plusieurs autres) et l’Arte povera (Pistoletto) qui raniment le débat sur la société de consommation. Puis, après une période plutôt sombre des années 1970 où le design radical perdit de son mordant, les notions rationnelles du High-Tech poussent les designers à rechercher des formes mécaniques simples pour ce nouvel âge. Ce mouvement est suivi par une réaction à la crise de la modernité à la fin des années 1970, menée par le groupe Memphis (Ettore Sottsass) dans le domaine du design, et par la trans-avant-garde dans le domaine de l’art (Cucchi, Paladino et Clemente).

LES THÈMES

Les quatre thèmes de cette présentation témoignent chacun des discours philosophiques, économiques et esthétiques des différentes périodes qui ont façonné l’histoire récente de l’art et du design en Italie.

Un optimisme insouciant
Le développement économique des premières années du vingtième siècle a permis la croissance d’objets esthétiquement attrayants sous les bannières du symbolisme, du naturalisme et du Stile Floreale.

Oeuvres phares : le superbe cabinet de Carlo Zen (1902), le tableau In risaia (1901) d’Angelo Morbelli, le bureau et le fauteuil (vers 1898) tout en courbes de Federico Tesio, le vase en verre polychrome dessiné par Vittorio Zecchin (vers 1914) et exécuté par la Vetreria Artistica Barovier de Murano, ainsi que deux robes au plissé extraordinaire mis au point par Mariano Fortuny (années 1920 et 1930).

Monumentalité et rationalisme
Dans le contexte politique et culturel très particulier de l’entre-deux-guerres et du fascisme, s’entremêlent différents mouvements artistiques (futurisme, la peinture métaphysique, Novecento et rationalisme).

Oeuvres phares : l’étonnant Profil continu de Mussolini (1933) de Renato Bertelli, le Scenario plastico mobile, peint en 1930 par Fortunato Depero, pour le ballet The New Babel, une étonnante maquette Alfa Romeo de 1913, à la carrosserie dessinée par le comte Ricotti, le vase en porcelaine La conversation classique (1926) de Gio Ponti, le vase en verre soufflé (1939) de Carlo Scarpa, et la reconstruction du fauteuil à bascule Seggiovia de Franco Albini pour la « salle de séjour d’une villa », présenté à la VIIe Triennale de Milan (1940).

Reconstruction et miracle économique
Après la Deuxième Guerre mondiale et une dictature de vingt ans, le terme anglo-saxon «design», pratiquement inconnu jusque-là en Italie, devient le mot d’ordre qui stimule de nouvelles générations d’urbanistes et d’ingénieurs engagés dans la reconstruction d’une société civile active et libre.

Oeuvres phares : le tableau de Bruno Munari intitulé Jaune-rouge, série « Negativo-positivo » (1951), le service à thé et à café (1957) en laiton plaqué argent de Lino Sabattini, édité par Christofle, un exemplaire de la séduisante Vespa 125 (1955), la table Arabesco (1950) faite de contreplaqué à parement d’érable de Carlo Mollino, les playsuits (ensembles de shorts) à motifs colorés d’Emilio Pucci ainsi que la machine à écrire Lexikon 80 (1948) signée Marcello Nizzoli pour Olivetti.

Un laboratoire de la postmodernité
Dans un monde balayé par un vent de changement depuis les années 1960, le succès international du design italien se confirme : des projets audacieusement utopiques du Radical Design, en passant par le High-Tech des années 1970, et la postmodernité des années 1980 (Memphis, trans-avant-garde).

Oeuvres phares : le siège Tube (1969-1970) de Joe Colombo, le projet utopique d’Ettore Sottsass, Ambiente sperimentale pour l’exposition Italy: The New Domestic Landscape, Museum of Modern Art, New York (1972), le Fauteuil de Proust (1978) d’Alessandro Mendini, la coupe à fruits Murmansk (1982) en laiton plaqué argent d’Ettore Sottsass, le tableau de Mimmo Paladino intitulé Cuore di Russia (1984), et la table Org (2001) aux multiples pieds flottants de Fabio Novembre.

La scénographie de l’exposition est réalisée par Nathalie Crinière qui avait conçu celle de l’exposition Cocteau. L’enfant terrible, à Paris et à Montréal, en 2004.

LE COMITÉ ORGANISATEUR

L’exposition est organisée sous la direction des commissaires généraux Guy Cogeval, directeur du Musée des beaux-arts de Montréal, et Giampiero Bosoni, professeur au Département de design industriel, des arts, des communications et de la mode, Politecnico de Milan. Le comité scientifique se compose de Diane Charbonneau, conservatrice des arts décoratifs non canadiens après 1960, Musée des beaux-arts de Montréal; Rosalind Pepall, conservatrice des arts décoratifs, Musée des beaux-arts de Montréal; Irene De Guttry et Paola Maino, Archivi, Arti Applicate Italiane del XX secolo, Rome; et Renata Ghiazza, conservatrice, Casa Museo Boschi-Di Stefano, Civiche Raccolte d’Arte, Milan.

LE CATALOGUE

L’exposition est accompagnée d’un important catalogue de 412 pages dans lequel toutes les œuvres exposées sont illustrées. Publié en français, en anglais et en italien, par Skira et le Musée des beaux-arts de Montréal, il contient des textes de nombreux spécialistes.

Le programme d’expositions internationales du Musée des beaux-arts de Montréal jouit de l’appui financier du fonds d’expositions de la Fondation du Musée des beaux-arts de Montréal et du fonds Paul G. Desmarais.

Au Musée des beaux-arts de Montréal