Art et culture
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Du 5 au 30 septembre 2006,
Du mardi au vendredi à 20 h
Les samedis à 15 h et 20 h

«Devant vivre moins longtemps que les autres, j’ai décidé de vivre plus vite.» Marguerite Gautier

Texte de René de Ceccatty
D’après le roman d’Alexandre Dumas fils
Mise en scène de Robert Bellefeuille
Interprètes : Anne-Marie Cadieux (Marguerite Gautier)
et Sébastien Ricard (Armand Duval)

AMOUREUSE, MORTELLEMENT
Photo:André Cornellier

Je t’aime un peu, beaucoup, passionnément, à la folie. Marguerite est une fleur dont on arrache les pétales un à un, une fleur vénéneuse, une fleur du mal et pourtant pure, d’une pureté corrompue au contact du monde et des hommes. Avilie par ses amants, rejetée par eux, Marguerite, cette courtisane immortalisée à l’opéra sous les traits de «la traviata», rêve de se réhabiliter par l’amour et croit que le destin ne l’a vouée qu’aux plaisirs frivoles. À la fois ange et démon, sublimement généreuse, la dame aux camélias aime. Passionnément, confusément, absolument. Aime jusqu’à en mourir. Et laisse dans la mémoire des pauvres handicapés de l’amour que nous sommes le souvenir ému de sa vertu et de sa candeur. «Cette fille était un ange», dira d’elle Armand Duval, le seul homme qui ait su vraiment la comprendre sans pour autant parvenir à la saisir, elle qui portait en elle plus de pureté et d’amour que nous tous…

LE DERNIER AMANT ROMANTIQUE
La Dame aux camélias fit scandale lors de sa création au théâtre en 1852. Aux yeux des bien-pensants, le fils naturel de l’auteur des Trois Mousquetaires s’y livrait à la glorification romantique de l’adultère, lui qui pourtant
croyait qu’il fallait mettre le théâtre au service des grandes réformes sociales et des plus grandes espérances de l’âme. Dumas fils doit son entrée au panthéon des lettres françaises à cette grande oeuvre romantique, qui fut d’abord un roman qui arracha des larmes dès 1848 et lui valut, quatre ans plus tard, le plus grand succès dramatique de son temps.

UNE «ADOPTION» DE DUMAS
Ce n’est pas le texte de Dumas qui enflammera la scène du TNM,
mais la version qu’en a signée l’écrivain René de Ceccatty, à l’intention tout d’abord de l’actrice Isabelle Adjani. Tout semblait prédestiner Ceccatty à revenir à l’oeuvre de Dumas fils, à redonner à cette histoire de passion tragique et
d’amour mythique toute sa force et son frémissement. Plus qu’une «adaptation », sa Dame aux camélias est une «adoption» du roman de Dumas. Plutôt que de dégager la pièce de ses enflures et de ses emphases, il est revenu au roman et en a fait une fable où la maladie d’amour qui affecte Marguerite, cette maladie qui n’a pas de nom, renvoie à une réalité qui est redevenue la nôtre un siècle et demi plus tard.

MOURIR NOYÉE D’AMOUR
Né à Tunis en 1952, essayiste, traducteur, critique au journal Le
Monde, directeur de collection, celui qui a dépoussiéré et revitalisé La Dame aux camélias est également romancier. La passion d’écrire de René de Ceccatty ne fait qu’un avec son désir de maintenir intact et inconsolé le scandale de l’amour non partagé. D’un livre à l’autre, toujours il parcourt le même espace tragique : celui de la souffrance d’aimer, celui de l’impossibilité de rejoindre l’autre. Dans L’Accompagnement, un malade lutte contre la mort, en
présence d’un ami qui l’accompagne. On pense déjà à La Dame aux camélias…
Dans Aimer, Consolation provisoire et L’Éloignement, il parle avec une impudeur pudique d’un homme qu’il aime et qui ne l’a jamais aimé. «Ne me pardonne pas / Car pour aimer je dois / Mourir noyé d’amour» : cette pensée inscrite en exergue
à son roman Aimer ne résume-t-elle pas tout entier la passion fiévreuse de Marguerite Gautier?…

DU PÈRE AU FILS
L’acteur Robert Bellefeuille a participé à moult créations qui sont devenues des classiques, que l’on pense seulement à la mythique Trilogie des dragons de Robert Lepage; le metteur en scène Robert Bellefeuilleaborde les classiques comme s’il s’agissait de créations : son doublé Edmond Dantès et Le Comte de Monte-Cristo, présenté au Théâtre Denise-Pelletier, le démontre hors de tout doute. Homme de théâtre polyvalent, qui écrit, joue et signe des mises en scène, Robert Bellefeuille, qui a assené un grand coup il y a deux ans avec Jouliks au Théâtre d’Aujourd’hui, qui est directeur général et artistique du Théâtre de la Vieille 17, une compagnie qui contribue
allègrement à la vitalité de la dramaturgie franco-ontarienne, qui est en outre directeur du programme de mise en scène à l’École nationale de théâtre, fait son entrée au TNM en passant de papa à fiston, d’Alexandre Dumas père à
Alexandre Dumas fils.

UNE HIRONDELLE INSAISISSABLE ET FRAGILE
Depuis des années, Anne-Marie Cadieux plane sur le théâtre comme une hirondelle insaisissable et fragile, souvent annonciatrice d’orages et de turbulences, frôlant de son aile brisée le paysage qui est le nôtre pour mieux nous entraîner à coeur et à corps perdus vers des territoires inconnus. Strindberg, Koltès, Ingeborg Bachmann, Heiner Müller, Dacia Maraini, Réjean Ducharme, même Feydeau : autant de perles noires dont le collier est une actrice capable
des plus grands vertiges et des plus bas instincts, et qui, d’un rôle à l’autre, explore nos grandeurs et nos misères. Comédienne en apesanteur à la présence ensorcelante et fascinante, Anne-Marie Cadieux a été associée aux créations les plus aventureuses, que ce soit avec Brigitte Haentjens, Robert Lepage ou Lorraine Pintal, et toujours refuse la sécurité et les modèles standard pour mieux
s’aventurer et nous entraîner avec elle vers le dérèglement de tous les sens.

Avec Combat de nègre et de chiens, Marie Stuart, et L’Hiver de force, elle a laissé sur la scène du TNM une empreinte ineffaçable. Empreinte aujourd’hui marquée au fer rouge grâce à ce face à face brûlant et passionné avec Sébastien Ricard, le Batlam de Loco Locass, ce rappeur acteur qui fuit toujours
la tiédeur. Anne-Marie Cadieux qui, dans tant de ses rôles, impose l’élégance majestueuse du crépuscule devient aujourd’hui Marguerite Gautier : une rencontre au sommet de deux icônes d’une fragilité bouleversante.

«IL FAUT MOINS M’AIMER ET MIEUX ME
COMPRENDRE.» — MARGUERITE GAUTIER

AVEC ÉRIC BRUNEAU / ANNE-MARIE CADIEUX / GINETTE CHEVALIER
/ BÉNÉDICTE DÉCARY / FRANÇOIS-XAVIER DUFOUR / GEOFFREY GAQUERE /AUBERT PALLASCIO / SÉBASTIEN RICARD / PAUL SAVOIE / MONIQUE SPAZIANI

Assistance à la mise en scène et régie DIANE FORTIN / décor JEAN BARD / costumes FRANÇOIS BARBEAU / éclairages ETIENNE BOUCHER / musique LOUISE BEAUDOIN / maquillages et coiffures ANGELO BARSETTI / perruques RACHEL TREMBLAY / accessoires GHISLAIN GAGNON

Au Théâtre du Nouveau Monde
84 rue Sainte-Catherine Ouest, métro Place des Arts

Billetterie TNM : 514.866.8668 ou sur le site site

Une présentation de la Banque Nationale