Art et culture
Accueil -> culture -> Jocelyne Tourangeau -> Lumières ->

Du 12 septembre au 7 octobre 2006
Du mardi au samedi à 20 h, les samedis à 16h et le dimanche 1er octobre à 16h)

LA FIN DE CASANOVA
de MARINA TSVETAÏEVA
Traduction d’ANDRÉ MARKOWICZ

Mise en scène de DENIS MARLEAU

Avec PIERRE LEBEAU, ÉLIANE PRÉFONTAINE et GAÉTAN NADEAU

Casanova :
« Tu viens trop tard, la fête est vieille.
Les petites amies de mes années
Dorées, t’en auraient dit, de ces merveilles
Sur mes festins de nuit. – Toi, tu es née
Trop tard – je n’ai à t’offrir que mes yeux. »

Cette lucidité sans fard est celle de Casanova. Ces vers heurtés, ce lyrisme à chair vive appartiennent à Marina Tsvetaïeva. Dans LA FIN DE CASANOVA, la poétesse russe imagine l’homme vieillissant, aimant ultimement pour la première fois — trop tard. Sur la scène d’ESPACE GO, métamorphosée pour la circonstance, le metteur en scène Denis Marleau recrée cette rencontre désespérée où vie, amour et mort fusionnent.

Ce spectacle est également l’occasion d’une — première — grande rencontre : celle entre ESPACE GO et UBU, compagnie de création.

À ce propos, Ginette Noiseux, directrice artistique d’ESPACE GO, dira :
« Cette première collaboration confirme la convergence de nos désirs artistiques et je m’en réjouis. Denis Marleau, porteur du projet — et sans conteste l’une des figures phares de notre théâtre actuel — nous ouvre une voie vers l’oeuvre de Marina Tsvetaïeva, dont l’écriture est fougueuse, avide, presque indomptable. »

Enfant de Bohême

Francisca :
« Ces yeux
Que vous avez ! Le feu et la nuit noire !
‘’ Vous êtes vieux ‘’ ? c’est bête à n’y pas croire. »
Francisca prétend avoir quinze ans. Le dernier jour de 1799, elle fait irruption au château de Dux, en Bohême, pour dire à Casanova son amour. Un amour éperdu devant l’un des mythes du siècle qui s’achève. De ce qui l’envahit, elle n’a que l’intuition. Leur rencontre, urgente, éphémère, est d’une vérité absolue.

Incandescences

Marina Tsvetaïeva (1892-1941) vit elle-même « dans le feu »* — selon la formulation de sa fille aînée. Vers morcelés, saccades et syncopes déferlent et s’entrechoquent. La fièvre est constante. « L’homme ne voit le monde correctement que dans la suprême exaltation »*, consignera-t-elle dans un carnet…

À ce sentiment sans appel, elle aspire toute sa vie. Mariée à un combattant de l’Armée, la poétesse nourrit des passions parallèles (parmi lesquelles Boris Pasternak), aussi entières que fugaces, qui se manifestent par des correspondances enflammées, suivies de désillusions brutales. Embellissement, déception, rejet, mépris. Son Casanova incarnera ce désenchantement inéluctable face à la réalité, cette quête d’absolu, inatteignable et toujours recommencée.

N’écrivait-elle pas à ses proches, peu avant son suicide : « sans l’amour, je n’ai pas de vie »* et « quand je n’aime pas je ne suis pas moi »* ?

Tsvetaïeva signe LE PHÉNIX (ou LA FIN DE CASANOVA) en 1919, un an après s’être liée d’amitié avec un groupe d’acteurs du Studio Vakhtangov, à Moscou. Elle écrit pour eux six courtes pièces (ROMANTIKA), ayant pour thème récurrent la rencontre amoureuse, et dont les deux dernières sont consacrées à Casanova. LE PHÉNIX, composée de trois tableaux autonomes, clôt le cycle. Denis Marleau s’est intéressé au dernier d’entre eux, centré sur le huis clos entre les deux protagonistes. À sa demande, André Markowicz est le traducteur-ciseleur des fulgurances incandescentes de la poétesse.

À la dernière heure du 18e siècle, pendant que, dehors, la tempête hurle, Casanova et Francisca se soumettent à leur destin. Afin de préserver l’intimité du moment, Denis Marleau ne convie que 150 spectateurs à la fois, dans la salle monacale du château de Dux. Spectateurs, ou plutôt témoins fantômes, qui se fondront dans l’espace scénique, totalement redéfini, d’ESPACE GO. Pierre Lebeau (Casanova), Éliane Préfontaine (Francisca) et Gaétan Nadeau (le prince de Ligne) prêteront leur voix à cette ode vertigineuse, volcanique — aux confins du théâtre et de la poésie.

* Les citations surmontées d’un astérisque proviennent de Vivre dans le feu (Robert Laffont), une sélection de notes et de lettres de l’auteure, présentée par Tzvetan Todorov.

DENIS MARLEAU
Mise en scène et scénographie

Après sa formation au Conservatoire d’art dramatique de Montréal, Denis Marleau fonde UBU en 1982, lors de la création de CŒUR À GAZ ET AUTRES TEXTES DADA au Musée d’art contemporain de Montréal. Depuis, le metteur en scène, adaptateur et scénographe a créé une quarantaine de spectacles qui voyagent à travers des dramaturgies allant des Modernes de la fin du XIXe siècle (Jarry, Maeterlinck) aux auteurs contemporains (Beckett, Bernhard, Chaurette, Soucy et Pliya), en passant par les classiques du théâtre allemand (Büchner, Lessing et Wedekind) et les avant-gardes du début du XXe siècle (Tzara, Schwitters, Klebnikhov). Si le texte demeure pour lui la matrice d’où tout naît, il s’intéresse tout autant à la forme scénique qu’il inspire. Ce « formaliste sensible », selon les mots de Colette Godard, travaille très tôt avec des artistes provenant d’autres disciplines artistiques pour ne cesser de questionner cette forme théâtrale, de même qu’il explore depuis une dizaine d’années les possibilités des nouvelles technologies pour réaliser ces « rêves impossibles » que convoquent parfois certains textes. Sa démarche atypique atteint une radicalité formelle avec la fantasmagorie technologique LES AVEUGLES, de Maeterlinck qui, depuis sa création en 2002, tourne sur les scènes et grands festivals du monde.
Outre le rayonnement de la quasi-totalité de ses spectacles à l’étranger, Denis Marleau est régulièrement invité à donner des stages en interprétation dans plusieurs pays d’Europe, notamment à l’École des maîtres, au CIFAS ou au sein de Conservatoires et Écoles supérieures de théâtre. Il est aussi directeur du Théâtre français du Centre national des arts à Ottawa depuis 2000.

MARINA TSVETAÏEVA
Auteure

« Ici, je suis inutile. Là-bas, je suis impossible. » Marina Tsvetaïeva
Après une enfance marquée par de longs séjours à l’étranger – d’abord en Italie pour suivre les cures de sa mère, puis en pension en Suisse et Allemagne – Marina Tsvetaïeva, née à Moscou en 1892, publie dès 1910 son premier recueil de poésie. En 1912, elle épouse Sergueï Effron avec lequel elle aura trois enfants, dont une fille qui mourra en bas âge des suites de la famine. De 1918 à 1922, elle vit à Moscou dans des conditions de vie très dures alors que Sergueï se bat au front dans les rangs des Blancs. Durant cette période sombre, Marina Tsvetaïeva transcende néanmoins la réalité par un travail d’écriture intense qui lui procure une reconnaissance de la part du milieu artistique et littéraire moscovite. À partir de 1922 commence un long exil à Berlin, Prague puis Paris, toujours dans des conditions précaires. Se sentant peu concernée par le milieu littéraire de l’émigration russe, elle se consacre à une correspondance intense avec Boris Pasternak, Rainer Maria Rilke, et bien d’autres. En 1939, Marina rejoint son mari et sa fille en URSS, tout juste avant que ceux-ci ne soient arrêtés. En 1941, suite à l’entrée de l’armée allemande, Marina Tsvetaïeva et son fils sont évacués en République Tatare pour finir à Elabouga, où elle se suicidera dans la même année.
Parallèlement à cette trame tragique, elle aura entretenu toute sa vie des passions grandioses, réelles ou rêvées, envers des êtres proches ou lointains, dont témoignent, outre sa poésie, une abondante correspondance, des essais, des textes dramatiques et des récits. Lyrique et extrêmement travaillée dans sa structure et ses sonorités, sa poésie produit pourtant un effet d’immédiateté et de spontanéité, à l’image de son urgence de vivre et de sa quête d’absolu. Si Marina Tsvétaïeva compte parmi les plus grandes voix de la poésie du XXème siècle, sa liberté d’esprit et sa solitude revendiquée lui confèrent une place singulière, en distance avec les courants poétiques et politiques de son temps. LE PHÉNIX a été créé en 1990 à la Schaubühne de Berlin dans une mise en scène de Klaus-Maria Grüber, avec Minetti dans le rôle de Casanova.

LA FIN DE CASANOVA
de MARINA TSVETAÏEVA
Traduction d’ANDRÉ MARKOWICZ
Mise en scène de DENIS MARLEAU

AVEC Pierre Lebeau, Éliane Préfontaine et Gaétan Nadeau

Équipe artistique
Scénographie : Denis Marleau
Collaboration artistique : Stéphanie Jasmin
Assistance à la mise en scène : Martin Émond
Costumes : Daniel Fortin
Éclairages : Marc Parent
Accessoires : Stéphane Longpré
Maquillages et coiffures : Angelo Barsetti

Équipe de production
Assistance au décor : Stéphane Longpré
Régie : Marie-Ève Turcotte
Direction technique ESPACE GO : Éric Locas
Direction technique CNA : Xavier Forget
Direction technique UBU : Francis Laporte
Direction de production ESPACE GO : Line Noël
Direction de production CNA : Alex Gazalé
Direction de production UBU : Martin Émond
Tutorat voix et diction : Marie-Claude Lefebvre>

À l’ESPACE GO
4890, boulevard Saint-Laurent
intersection Saint-Joseph
Métro Laurier, sortie Saint-Joseph

Billetterie : (514) 845-4890
Admission : (514) 790-1245 ou 1-800-361-4595 ou sur le site

Billetterie d’ESPACE GO :
Du mardi au samedi, de 12 h à 18 h, jusqu’à 20 h les soirs de représentation
Tarif régulier : 28 $ taxes incluses

Forfait GO
3 spectacles ou plus pour 21 $ chacun
(19 $ étudiants à temps plein, 65 ans et plus et professionnels du spectacle)

Une création d’UBU, en coproduction avec ESPACE GO et le Théâtre français du Centre national des Arts du Canada.