Art et culture
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Dès l’entrée dans un petit bar peint en noir, on est déjà campé dans le décor du premier numéro : « En devenir ». Treize personnages de blanc vêtus, portant aussi le masque blanc, sont déjà en salle, tenant la pose, assis soit aux tables, soit sur le bar, couchés sur les marches de l’escalier menant à la scène ou dans une alcôve ou encore replié sur un coffre déjà sur scène. Leur immobilité est telle qu’on a peine à croire qu’ils respirent.

Vingt heures trente. Ils se mettent en action, comme des automates. L’un lève doucement la tête, l’autre étire le bras, un autre tend les pieds, celui-ci se redresse tandis que celui-là penche la tête. On dirait des papillons déployant leurs ailes doucement avant de pouvoir prendre leur envol. Les gestes sont mesurés, et malgré la longue période où ils sont restés figés, tout en souplesse.

Je manque d’yeux pour voir tout ce qui se passe autour de moi et apprécier les subtilités des mouvements de chacun.

Ils marchent tous vers la scène, au ralenti. Une fois le chœur des masques neutres sur scène, un des personnages enlève son masque et dit :

« Lieux perdus qui existent en chacun de nous,
lieux de l’inconscience, de l’imaginaire et du rêve,
au secours! Message international pour la journée mondiale du théâtre. »

Le spectacle a commencé de bien belle façon, nous captivant dès l’arrivée.

Douze numéros, traitant de notre rapport avec les lieux perdus, soit par la chanson « L’amour acquis, à quoi? », la danse ou de courtes pièces nous séduisent ou nous blessent, selon.

L’amour violent qui unit « Fando et Lis », lui itinérant et elle paraplégique, était si bien rendu par les interprètes que j’en étais ébranlée. Difficile de retenir ses protestations lorsqu’on est assise près d’eux, quasiment dans leur bulle.

Heureusement on a présenté tout de suite après « Un fil à la patte » de Feydeau. C’est bien la première fois que j’appréciais la légèreté du vaudeville.

« Shop de Shipping, Inc. » manufacture de souliers, lieu perdu en banlieue, voit naître l’amour entre deux employés dans une scène touchante, remplie d’innocence.

Le numéro de l’amoureux, jaloux de sa dulcinée parce qu’elle aime encore la lune alors qu’il est furieux contre l’astronaute qui lui a enlevé son halo en osant y poser les pieds, ne m’a pas laissée indifférente.

Le spectacle se termine avec l’arrivée des clowns qui ne portaient ni maquillage ni perruque. Seuls le nez rouge et la gestuelle nous assurent que ce sont des clowns. Ce dénuement les rend encore plus intéressants. Un jeu vraiment superbe!

Deux heures et demie de spectacle qui nous fait passer des larmes au rire. Bravo!

Les Productions Drôle de Monde présentent une soirée Cabaret tous les mois à l’Espace La Risée, 1258 rue Bélanger, pour un faramineux 6 $.

Drôle de Monde présentera le Cabaret des détours le 23 avril. Si vous aimez sortir des sentiers battus, c’est pour vous.

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0 Au secours, 1 Pas du tout, 2 Un peu
3 Assez, 4 Beaucoup, 5 Passionnément