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LA FLAMBOYANTE MARÍA PAGÉS,

FIGURE MONDIALE DU FLAMENCO,

OUVRE LA 19e SAISON DE DANSE DANSE

pages3YO, CARMEN

SALLE WILFRID-PELLETIER, PLACE DES ARTS

Les 29, 30 septembre et 1er octobre 2016, 20 h

Maria Pagés et Carmen

Carmen: c’est toutes les femmes. Je crois que le mythe de Carmen s’est construit pour de mauvaises raisons. Mérimée a mis en Carmen ses désirs d’homme pour exprimer ses passions. Mais Carmen est le nom le plus commun en Espagne! Dans ma classe à l’école, il y en avait six ! Carmen c’est donc ma tante, ma cousine, la femme en général, ce n’est pas cette invention masculine. Elle peut bien sûr être sensuelle, mais c’est aussi la femme qui souffre. La situation de la femme a avancé mais pas beaucoup. Il faut toujours démontrer qu’une femme peut être forte, capable… Carmen était une femme sans voix, c’est l’homme qui parlait pour elle et si elle parlait, on la tuait. Carmen n’est pas qu’espagnole, mais aussi française, russe, américaine…

CRITIQUE

Yo, Carmen nous invite dans un monde qui allie tradition et modernité. Les costumes sont traditionnels, les pas de danse sont traditionnels, mais la chorégraphie de Maria Pagès est très actuelle. Cinq musiciens sur scène, à contre-jour, en arrière plan: deux chanteuses, accompagnées à la guitare, au violon, au violoncelle et aux percussions. Le spectacle s’ouvre sur la musique de l’opéra Carmen de  Bizet, reprise à quelques occasions durant le spectacle, intercalée d’oeuvres de plusieurs autres compositeurs. Maria Pagés donne la parole aux femmes pour dénoncer les inégalités dont elles sont victimes à travers chants et poèmes, en espagnol (qu’elle nous traduit) ou en français. Mais sa chorégraphie pourrait se passer de mots tant elle est l’expression visuelle des rôles auxquels on confine les femmes. Danse énergique lorsque les femmes décrochent leurs tabliers et leurs torchons de la corde à linge et s’adonnent au ménage: lavage de carreaux imaginaires, coups de plumeaux sur les meubles et de balai au sol.

Magnifique moment tendre, celui où Maria Pagés danse pour nous la naissance d’un enfant. Encore magnifiques ces moments où les danseuses font face à un immense miroir derrière lequel l’habilleuse leur tend, anneaux, colliers et jupes volantées qu’elles enfilent par-dessus leur robe de tous les jours pour se faire belles et ressembler à la femme fatale de l’opéra.

Mais le moment le plus poignant est celui où Maria Pagés enlève jupon après jupon pour terminer en dansant dans une robe fushia toute simple. C’est à ce moment qu’elle est la plus belle et la plus puissante, sans artifice aucun. C’est là qu’elle salue haut et fort les femmes, même ridées, pour ce qu’elles sont, tendres, douces et puissantes.

On ne peut penser féminisme sans penser aussi machisme. Maria Pagès, éventail rouge à la main, interprète une corrida. Tous les gestes y sont. Celui du taureau qui charge, celui des picadors et des banderillos qui l’excitent et celui du toréador qui s’avance l’épée à la main pour la mise à mort.

Yo, Carmen est une oeuvre vibrante, à la fois délicate et puissante. Quant à Maria Pagés, elle est généreuse dans l’interprétation de cette sublime chorégraphie.

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0 Au secours, 1 Pas du tout, 2 Un peu                                                   3 Assez, 4 Beaucoup, 5 Passionnément