Art et culture
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Du 30 mai au 15 juin 2006
du mardi au vendredi : 20 h, exceptionnellement dimanches 15 h

Oeuvre-phare de l’opéra du XXe siècle, l’audacieuse tragédie passionnelle et militaire d’Alan Berg, réorchestrée par le Montréalais John Rea, vient clore la saison du TNM avec panache!

Livret, paroles et musique : Alan Berg, d’après la pièce Woyzeck de Georg Büchner
Adaptation orchestrale : John Rea
Direction musicale : Yannick Nézet-Séguin
Mise en scène : Lorraine Pintal

Une coproduction : Centre d’Arts Orford, Orchestre Métropolitain du Grand Montréal, Théâtre du Nouveau Monde

UN RETENTISSANT COUP D’ÉCLAT

«Sur tous les plans, une immense et étonnante réussite», a écrit Claude Gingras de La Presse.

« Le petit miracle réussi par Lorraine Pintal, d’ajouter Christophe Huss dans le journal Le Devoir, est d’avoir uni les ingrédients de Wozzeck avec sobriété et de nombreuses idées lumineuses.» Le TNM ne pouvait clore sa saison de plus éclatante façon et ouvrir pour la première fois ses portes à l’opéra et sa fosse d’orchestre à des musiciens avec plus grande réussite artistique! La production de Wozzeck acclamée lors de sa création à l’été 2004 au Centre d’arts Orford et qui remportait le prix Opus du concert de l’année — Régions en 2004 débarque sur la scène du TNM pour une série de dix représentations décoiffantes.

L’ÉTOILE NOIRE DU RÉPERTOIRE

«Quand Alban Berg vint à moi, en 1904, c’était un grand garçon extrêmement
timide, note Schönberg dans Le Style et l’Idée. J’examinai les compositions qu’il me soumit, des lieder écrits dans un style qui se situait entre Hugo Wolf et Brahms, et je reconnus aussitôt en lui un véritable talent.» Né à Vienne en 1885, Alban Berg fut l’élève et le disciple d’Arnold Schönberg, celui-là même dont l’opéra Erwartung a été présenté il y a deux ans à l’Opéra de Montréal dans une
mise en scène de Robert Lepage. Berg devint par la suite, avec Anton Webern, le plus illustre représentant de la Seconde École de Vienne. Dans l’évolution du compositeur, comme dans l’histoire de la musique dramatique au vingtième
siècle, ses deux opéras Wozzeck (1922) et Lulu (1925) constituent des dates capitales : ces deux oeuvres comptent parmi les plus puissantes et les plus originales du siècle dernier. Chef-d’oeuvre d’efficacité théâtrale, Wozzeck est un opéra unique en son genre, l’étoile noire du répertoire, qui a ébranlé les fondements de la grande tradition lyrique de l’opéra et dont l’extrême nouveauté conserve un impact aussi fracassant 80 ans après sa création.

CRIME PASSIONNEL, TRAGÉDIE DE L’ALIÉNATION

On dit qu’Alban Berg était dans la salle lorsque, en 1914, la pièce Woyzeck du jeune Georg Büchner, pourtant écrite en 1837, fut enfin créée sous la direction du légendaire metteur en scène Max Reinhardt. Onze ans plus tard, le 14 décembre 1925, le Woyzeck de Büchner devient le Wozzeck de Berg à l’Opéra de Berlin, sous la baguette d’Erich Kleiber. Wozzeck d’Alban Berg offre le paradoxe d’élever à la hauteur des plus grands thèmes de la culture occidentale un fait divers d’une extrême banalité, qui s’est produit en Allemagne au 19e siècle. Franz Wozzeck, un ancien soldat à l’esprit tourmenté, a eu un fils de Marie, une ancienne prostituée. Malgré le fait qu’ils ne soient pas mariés, ils font vie commune.

Wozzeck accepte de remplir des tâches dégradantes et va jusqu’à servir de rat de laboratoire pour des expériences médicales du Docteur dans le but de gagner quelques sous pour subvenir aux besoins de sa famille. Il ressent d’étranges
hallucinations qui l’éloignent de Marie, qui bientôt cède aux avances du Tambour-major. Lorsque Wozzeck découvre cette infidélité, il tue Marie et se noie ensuite, laissant leur enfant seul pour affronter le monde. Explorant les
frontières souvent fragiles entre raison et déraison, entre excès et folie, l’oeuvre intense et électrisante d’Alban Berg dénonce une société qui cumule les dissonances, aliène les êtres et les broie.

RÉDUCTION, RÉÉCRITURE, RÉINVENTION…

Initialement composé pour un très grand effectif, l’opéra Wozzeck sera joué ici dans la réorchestration de John Rea pour 21 musiciens. Ce projet fou de transformer «en miniature» la partition multicolore de Berg est né en 1993 et
donnait lieu à une première production du Nouvel Ensemble Moderne sous la direction de Lorraine Vaillancourt en septembre 1996. Depuis qu’il s’est établi au Québec en 1973, John Rea mène une triple carrière de compositeur, professeur
et animateur. Celui qui a entre autres composé les musiques inoubliables des Trois Derniers Jours de Fernando Pessoa de Tabucchi et de Urfaust, tragédie subjective de Goethe et Pessoa pour le metteur en scène Denis Marleau a écrit dans tous les genres : solo, musique de chambre, théâtre musical, musique d’orchestre, ballet, musique chorale et musique électroacoustique.

Ses oeuvres ont été présentées aux États-Unis, en France, en Belgique, en Hongrie, en Hollande et au Canada. «Ce travail, souligne Rea, n’est pas exactement une recomposition et n’est surtout pas un arrangement […] C’est plutôt une nouvelle disposition qui doit à tout prix conserver au maximum les timbres instrumentaux de Berg en même temps que les registres de la partition.

Après tout, nous voulons croire à une illusion sonore : comme si Berg avait fait lui-même ce «réarrangement» instrumental…»

LA FLAMME NÉZET-SÉGUIN

C’est le charismatique Yannick Nézet-Séguin, directeur artistique de l’Orchestre Métropolitain du Grand Montréal, qui assurera comme en 2004 la direction musicale de Wozzeck. En plus de ses fonctions au Métropolitain,Nézet-Séguin conquiert les orchestres et les publics partout à travers le monde, que ce soit au Canada, aux États-Unis, en Europe ou en Australie. On l’invite une fois et à peine est-il sorti de scène qu’il doit trouver dans son emploi du temps digne d’un chef d’État une case libre pour satisfaire aux désirs des musiciens et des mélomanes séduits par sa jeunesse, sa fougue, son intelligence et sa sensibilité.

C’est ainsi que l’ancien élève de Carlo Maria Giulini gravit les échelons de la reconnaissance à une vitesse folle et se verra consacré la saison prochaine, en étant invité par l’un des plus grands orchestres au monde, la Staatskapelle de Dresde. Mais si la planète le réclame, il demeure profondément montréalais et cumule les collaborations avec des musiciens et chanteuses d’ici, de SuzieLeblanc à Diane Dufresne, avec qui il a signé un disque Kurt Weill qui fait honneur au catalogue déjà prestigieux de l’étiquette ATMA.

THÉÂTRE ET MUSIQUE, THÉÂTRE EN MUSIQUE

Bob Wilson, Robert Lepage, Peter Brook, Patrice Chéreau, Peter Sellars, Michael Haneke, Benno Besson : les plus grands metteurs en scène de théâtre et réalisateurs de cinéma trouvent à l’opéra des défis nouveaux et bouleversent
les règles du jeu de cet art en pleine renaissance. La sensibilité musicale de Lorraine Pintal et son intérêt pour les compositeurs d’ici ne font plus l’ombre d’un doute. En 1994, elle redonnait vie à la Sainte Jeanne des abattoirs de Brecht et renonçait à la musique originale de Hans Dieter Hosalla pour lui préférer une partition nouvelle de Pierre Moreau.

Deux ans plus tard, elle créait
l’opéra Le Vampire et la Nymphomane de Serge Provost sur un livret de Claude Gauvreau pour la compagnie Chants libres. Depuis, toutes les mises en scène qu’elle a signées sur la scène du TNM ont été l’occasion pour elle d’inviter les forces vives de la scène musicale montréalaise : Jean Derome, Robert Normandeau, Bertrand Chénier, Walter Boudreau, Alain Thibault et combien d’autres encore. Il lui était donc tout naturel de faire le saut à l’opéra avec la production de cette oeuvre phare de la modernité, qui, à ses yeux, « est un immense cri».

Avec Éthel Guéret, Alexander Dobson, Marie-Chantal Béland, Matthew Cassils, Michel Corbeil, Jean-François Daignault, Claude Grenier, Patrick Mallette, Ross Neill, Sylvain Paré, les musiciens de l’Orchestre Métropolitain; Décor Jean Bard; Costumes Marc Senécal; Éclairages Claude Cournoyer; Maquillages Jacques-Lee Pelletier; Coiffures Louis Bond; Assistance à la mise en scène et régie Bethzaïda Thomas.

En allemand avec surtitres français

Au Théâtre du Nouveau Monde
84 rue Sainte-Catherine Ouest

Réservations : 514.866-8668 ou sur le site