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Du 20 novembre au 15 décembre 2007

Rhinocéros d’ Eugène Ionesco /Mise en scène Jean-Guy Legault

LE RHINOCÉROS PAR LES CORNES

Eugène Ionesco, l’auteur de théâtre français le plus joué dans le monde, revient sur la scène du TN M après bientôt vingt ans d’absence. C’est d’ailleurs avec Rhinocéros, cette fable fantaisiste et troublante sur l’embrigadement
des esprits et des volontés, que le célèbre écrivain d’origine roumaine fut découvert en 1968 par le public du TN M. Aujourd’hui, avec la relecture de ce chef-d’oeuvre, le metteur en scène Jean-Guy Legault fait son entrée chez
nous. Il prend le Rhinocéros par les cornes afin de redire la nécessité de combattre et de résister contre tous les rouleaux compresseurs qui souhaitent nous décerveler. Transposée dans une tour à bureaux d’une mégalopole, cette pièce lucide et féroce, cette métaphore virulente qui vise les totalitarismes de toute sorte acquiert une vibrante actualité. Dans ce spectacle mené tambour battant, Marc Béland et Alain Zouvi incarnent le combat entre soumission et révolte, entourés d’une délirante équipe de comédiens et concepteurs.

TOUS PAREILS, TOUS BÊTES!

Une ville est bouleversée par la métamorphose de ses habitants en grosses bêtes cornues. La soudaine apparition d’un premier rhinocéros provoque la stupeur et occupe la conversation de Bérenger, un employé de bureau timide
et sans envergure, de son ami Jean, avec lequel il se dispute, et d’un choeurde personnages que domine un logicien aux raisonnements absurdes. Puis,malgré le passage d’un second animal, tout semble rentrer dans l’ordre. Le
lendemain, au bureau où travaillent Bérenger et Daisy, une jolie dactylo qui a également assisté à l’incident, employés et chef de service se montrent incrédules. Mais apparaît bientôt un autre pachyderme, puis Jean se métamorphose à son tour en rhinocéros sous les yeux de Bérenger. Traumatisé par ce bouleversement, Bérenger découvre l’ampleur de l’épidémie de « rhinocérite » à laquelle, un moment, il aspire à succomber. Abandonné de tous, même de Daisy, pourtant éprise de lui, il vacille un instant puis, s’armant d’une carabine, décide de ne pas « capituler ».

IONESCO, LE TRAGÉDIEN COMIQUE

En 1938, Ionesco et sa famille quittaient une Roumanie en proie au fascisme pour s’établir à Paris. Vingt ans plus tard, il écrit Rhinocéros et révèle ses craintes face à la barbarie latente dans le coeur humain et face à l’esprit de
masse, qui nivelle tout sur son passage et moule les êtres dans un modèle standard. À travers la figure de Bérenger, celui qui ne veut surtout pas devenir un rhinocéros, le seul qui ne soit pas atteint de ce mal terrible, l’auteur proclame
la nécessité de se tenir debout devant le pouvoir, qui souvent rend aveugle et endort les consciences. Tragédien comique, boulevardier capable d’élans terrifiants, le créateur de La Cantatrice chauve s’intéresse d’abord à la fantaisie et à la farce macabre : autant de façons pour lui de déjouer les dictatures et les endoctrinements pervers, de mettre à nu les mécanismes du pouvoir, à défaut d’être en mesure de les mettre en échec. Près de cinquante ans après
sa création en France en 1960, la pièce d’Ionesco permet d’entendre une voix à la fois cocasse et plaintive, ironique et cruelle, où se mêlent les accents comiques et tragiques d’un auteur qui jamais n’a vaincu son dégoût face aux
dictatures et ses peurs face aux dangers de l’uniformité.

TONIQUE, ÉNERGIQUE ET DÉCAPANT

Jean-Guy Legault, qui n’hésite pas à se présenter comme un « grand ado qui aime bien s’amuser » et qui est maintenant connu pour ses spectacles énergiques et même athlétiques a signé au Théâtre Denise-Pelletier des mises en scène peu orthodoxes de deux classiques de Goldoni : L’Honnête Fille et Les Jumeaux vénitiens. Il a recréé Les Fridolinades de Gratien Gélinas, signé un Tout Shakespeare pour les nuls et se réappropriera bientôt le mythique Docteur Jekyll et M. Hyde de Robert Louis Stevenson. Depuis dix ans, sa compagnie, le Théâtre des Ventrebleus, a privilégié une approche fantaisiste pour le grand public. Résultat : Poe, inspiré de l’univers fascinant de l’écrivain américain, a séduit les spectateurs de tous âges ; quant à Scrooge, il a été joué de 2002 à 2004 et nombreux sont ceux qui souhaitent encore le voir repris. Mais les activités de Jean-Guy Legault ne se limitent pas à sa compagnie : Nuit d’Irlande du Nouveau Théâtre Urbain tourne en ce moment à travers le Québec et Théâtre extrême, une production du Théâtre du Vaisseau d’Or qu’il a écrite et mise en scène, a fait parler de lui en termes plus qu’enthousiastes tout au long de l’année qui s’achève. Cet automne Jean-Guy Legault injecte l’énergie singulière qui est la sienne à Rhinocéros et nous permet, grâce à Ionesco, de percer quelques mystères de la bête humaine dans la société moderne.

D’HEUREUSES RETROUVAILLES

En avril 1990, deux jeunes acteurs se rencontrent pour la première fois sur la scène du TN M1 : Marc Béland joue Hamlet et Alain Zouvi son fidèle ami Horatio, dans une mise en scène d’Olivier Reichenbach. Ils se retrouvent aujourd’hui face à face. Alain dans le rôle de l’incorruptible Bérenger et Marc
dans celui de son ami qui se transformera en bête sous ses yeux. Deux personnages qui sont le miroir l’un de l’autre. Avec Rhinocéros, le TN M revient donc à l’oeuvre d’Ionesco, près de vingt après qu’André Montmorency, dans l’un de ses plus grands rôles au théâtre, ait joué Le roi se meurt en 1988 sous la direction du regretté Jean-Pierre Ronfard. Ronfard fut le constant et brillant défenseur de l’oeuvre d’Ionesco au TNM, lui qui avait déjà monté pas moins de
trois pièces du grand bouffon taciturne avant de signer la mise en scène du Roi se meurt : Macbett, Délire à deux puis Les Chaises. Jean-Guy Legault assure aujourd’hui la relève de la garde.

Avec : Marc Béland / Geneviève Bélisle / Annick Bergeron / Luc Bourgeois / Éric Cabana / Vincent Côté / Michèle Deslauriers / Benoît Girard / Diane Lavallée / Évelyne Rompré / Alain Zouvi / Assistance à la mise en scène et régie Nathalie Godbout / Décor Richard Lacroix / Costumes Myco Anna / Éclairages Erwann Bernard / Musique et conception sonore Yves Morin en collaboration avec Joël Melançon /
Accessoires Alain Jenkins / Conception vidéo Yves Labelle /
Design graphique et animations Vincent Morisset /
Maquillages et coiffures Florence Cornet

AU THÉÂTRE DU NOUVEAU MONDE
84 rue Sainte-Catherine Ouest
métro Place des Arts

Réservations 514.866.8668 ou sur le site du TNM

Du 20 novembre au 15 décembre 2007
Du mardi au vendredi à 20 h h Les samedis à 15 h et 20 h

« Contre tout le monde, je me défendrai ! Je suis le dernier homme, je le resterai jusqu’au bout ! Je ne capitule pas ! » — Bérenger

REPÈRES : Depuis leur rencontre dans Hamlet de Shakespeare, Marc Béland et Alain Zouvi ont tous deux aligné de grands rôles au TN M : Marc dans Le Roi Lear (il jouait Edgar), Jeanne Dark de Brecht, Le Voyage du couronnement de Michel Marc Bouchard, Le Passage de l’Indiana de Normand Chaurette, Ce soir on improvise de Pirandello, Les oranges sont vertes et L’Asile de la pureté de Claude Gauvreau ; Alain dans Peer Gynt d’Ibsen, La Locandiera de Goldoni, Le Misanthrope de Molière (il était Philinte), La Nuit des rois de Shakespeare, L’Hôtel du libre-échange de Feydeau et, bien sûr, Le Malade imaginaire . Et il sera de l’équipe de L’Imprésario de Smyrne de Goldoni en avril prochain.