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Pour lire la première partie :

Agroforesterie ou « le meilleur des deux mondes »

Selon un autre document produit par l’Agence , il y aurait, en Centre-du-Québec, 9 523 propriétaires de boisés privés. De ce nombre, 3 482 sont reconnus comme producteurs forestiers, soit seulement 37% de l’ensemble. L’âge moyen des propriétaires est de 55 ans. Ils possèdent des lots en moyenne de 44 hectares et le tiers d’entre eux ont des lots de moins de 20 hectares.

Alors, imaginons. D’une part, une ressource présente, les champignons forestiers, potentiellement en quantité suffisante, mais inexploitée. D’autre part, un nombre important de boisés présentant un potentiel certain à cet égard. Finalement, autre donnée non négligeable, une bonne part des boisés appartiennent à des propriétaires manifestant aujourd’hui moins d’enthousiasme pour la production de matière ligneuse.

En effet, dans son mémoire à la Commission Coulombe, les professeurs Truax et Gagnon reconnaissaient, à l’appui de leur recommandation visant à modifier les structures actuelles, le fait que « le nombre de propriétaires forestiers ayant un statut de producteurs diminue, combiné à l’arrivée massive de néo-ruraux (« gentlemen farmer ») qui détiennent de plus en plus de territoires forestiers productifs, et qui ont une autre vision de l’aménagement forestier ».

Cette vision différente ne constitue pas pour autant une attitude de fermeture face à l’aménagement. C’est pourquoi au Regroupement agroforestier centricois, nous faisons le pari qu’il est réaliste de songer à développer dans la région un véritable intérêt pour l’exploitation des produits forestiers non ligneux, les PFNL. Et parmi ces derniers, notamment, l’exploitation des champignons forestiers. Nous sommes en effet convaincus qu’il est tout à fait possible de rejoindre un nombre significatif de ces propriétaires de boisé privé et de les convaincre qu’il en va de leur intérêt de porter attention à ce champ d’action négligé.

La forêt de la région Centre-du-Québec se compose de 60 % de feuillus et de 27 % de forêt mixte. Quant aux résineux, ils représentent 13 % des forêts, ce qui n’est pas rien. Or, dans une communication récente, le professeur Fortin, dont la compétence en la matière est largement reconnue, nous indique que les forêts mixtes de cette région [Centre-du-Québec] sont excellentes pour les chanterelles et [que] les plantations d’épinette blanche et de Norvège sont intéressantes pour le cèpe. Et il conclut en conseillant de ne s’intéresser d’abord qu’à ces deux espèces de champignons.

Au moment où la réalité de l’âge rattrape son homme, je veux dire quand il devient de moins en moins plaisant pour la majorité des propriétaires de boisé de notre région de balancer des billots au bout de leurs bras, il convient de s’interroger. Pourquoi ne pas se pencher sur des activités autres qui peuvent s’avérer aussi productives qu’utiles ?

Les grands six pieds et les Jos Montferrand de nos chansons d’antan, ne seront jamais bien loin du bois. Ce sont nos enfants et nos petits-enfants qui, demain, pourront encore s’écrier « emmenez-en d’la pitoune, du sapin pis d’l’épinette…». Toutefois, cela ne nous empêche pas de vouloir tirer parti, aujourd’hui même, de l’ensemble des richesses de nos forêts, et donc du « meilleur des deux mondes ». Et pour ça, dur de trouver mieux que l’agroforesterie !

Par Gilles Théberge
Président du
Regroupement agroforestier centricois