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MON AMI CHRISTIAN
ET SON MERVEILLEUX CHIEN HIBOU

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Première partie

L’assistance…les multiples tâches d’assistance, cette principale raison d’être pour laquelle tu as été si bien formé, ne l’oublions surtout pas. Une feuille de papier, ma brosse à dents électrique, une mitaine, ma tuque, un crayon, mon appareil à écrire, mes clés, des billets de papier monnaie, une cigarette ou le paquet au complet, l’amer et métallique Zippo, mes différents bâtons d’utilité, cette licorne dont je me sers pour utiliser le clavier avec lequel je t’écris présentement, une cassette VHS et bref, tous les nombreux autres objets que par terre tu devais me ramasser : «Hibou! Allez Hibou, viens!….Prends!….Donne!….Bon chien, bon chien…». Cette séquence que tu as répétée des centaines de fois demeurera fort probablement incrustée à tout jamais dans ton excellente mémoire.

Je sais qu’il ne t’a pas été toujours agréable d’exécuter ces tâches : caractère dominant et petite tête dure ne s’accordent pas généralement avec soumission. Néanmoins, généreux et serviable, tu as toujours obéi de ton plein gré…ou presque, à ce que je t’ai demandé. Je m’excuse vraiment d’autre part pour toutes les fois où, fier pour ne pas dire orgueilleux, tu m’as donné l’impression de te sentir humilié…face aux autres qui nous observaient. Tu sais ces fois où j’ai dû ainsi à quelques reprises t’ORDONNER de passer à l’acte pour faire preuve des propos que je venais de leur tenir en guise de réponse à l’une de leur habituelle demande d’informations : « Que fais ce chien pour toi? ». You know Dog, that’s the way: Maître exige et noblesse oblige!

Oui, mon ami Hibou, tu l’as bien mérité cette retraite dorée. Berceau de plusieurs de mes compatriotes, Saint-Jean sur le Richelieu t’offrira aussi de nombreux autres sites pittoresques que tu redécouvriras et où tu pourras allègrement aller te promener souvent. Avec l’approbation de Lise ou de Sam, peut-être pourras-tu t’y laisser caresser par toutes celles et ceux dont tu feras toujours encore irrésistiblement tomber le cœur. Chose certaine, à chaque matin désormais plus besoin de remettre invariablement ce harnais qui, bon gré mal gré, t’a entre autres lié à moi…tout comme ce fauteuil avec lequel je devrai pour ma part, continuer de faire corps.

Là-bas, dans leur jolie résidence munie d’une grande cour clôturée, tu pourras également fraterniser à ta guise avec Nuage et Kina qui sont de ton âge de même qu’avec Azure, destiné à retourner chez Mira. Dans une quinzaine de jours, tu sais, il pourra lui aussi y être éventuellement attribué à l’un de mes pairs. Bien sûr, autant chez Lise que chez moi, tu devras hélas continuer à te contenter que d’hyper saliver à la vue de tous ces alléchants petits plats et gargantuesque bouffe de table dont se délectent ces humains que tu as tant observés. Que veux-tu, mon ami, la raison a un cœur que le cœur lui-même ne peut ignorer.

Oui, Hibou, la décision que j’ai prise est la bonne. Je t’avoue cependant que cela n’a pas été facile. À plusieurs reprises au cours des mois où j’ai réfléchi à la question, de petites vaguelettes étaient déjà venues dessiner des arabesques aux rivages de nos promenades. Rien de comparable cependant avec ce que j’ai ressenti la nuit précédant ton départ : inopinément, ce fût le déluge. Chez les humains, tu sais, le cœur a des raisons que la raison elle-même ne connaît point. La tête sur l’oreiller, seul au creux de l’abime, cette boule qui te noue la gorge, les masséters qui se contractent et les dents qui se serrent, cet étau qui vient te chahuter l’intérieur du thorax, ces poignards qui te ravagent les viscères…..Et surtout, en rafales, tous ces milliers de souvenirs et d’images qui refont surface.

On dit que souvent les quatre premières minutes sont déterminantes lors de la rencontre initiale entre individus de mon espèce. Il en a pris beaucoup moins pour qu’entre nous éclate la foudre au sein du chenil de la Fondation à Sainte-Madeleine : le regard, l’odeur, le ton de ma voix et ton secouement de queue. Puis, mes premières consignes avec lesquelles nous nous sommes graduellement familiarisés; ce «NON» impératif auquel tu ne dérogeras presque jamais au cours de toutes les années qui suivront; tes premiers dodo à coté de mon lit; t’étant cambré sur tes pattes arrière et ayant plaqué celles de devant sur mes cuisses lors de cette journée de sortie au parc Lafontaine pour fins d’expérimentation en nature face aux écureuils et aux pigeons, ce moment où tu regardes Christian ton entraîneur et lui signifie que désormais je suis Le tien.

à suivre demain….