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MON AMI CHRISTIAN
ET SON MERVEILLEUX CHIEN HIBOU

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Première partie

Deuxième partie

Serait-ce aussi cet instinct de territorialité qui t’a incité à la surprise générale dès mon retour au boulot, à effectuer à vive allure autant que fougue ces deux tours complets du corridor périphérique du vingt-cinquième étage? De même pour ces dignes manifestations d’appartenance exprimées à Sylvie en sautant sur mes genoux quand nous nous séparions après la sortie du cinéma Odéon-Charest. Et sur les Plaines ou le petit Parc Montmorency, que de précieux instants à jouir de cette entière liberté, à chercher ces effluves capiteux, à courir jusqu’à te défoncer derrière la cathédrale …le postérieur au ciel, l’échine recourbée, la tête au sol entre les pattes d’en avant écartées, prêt de nouveau à foncer, à nous encercler et à jouer.

J’ai aussi ressenti à nouveau pendant ces longues heures précédant notre dernier voyage en train pour Montréal, les douleurs et les peurs qui ont à quelques reprises ponctué notre relation. Rappelle-toi Hibou de tes souffrances en ce dimanche matin terne d’octobre 2002. Impuissant à répondre aux pleurs que j’avais entendu sporadiquement durant la nuit, te voir presque incapable de te lever et entendre les gémissements languides qui accompagnaient tes mouvements m’ont commandé sans aucune hésitation à immédiatement t’hospitaliser chez D’Aubigny. L’injection de doses massives d’anti-inflammatoires pendant quatre jours pénibles se soldera heureusement par un dénouement positif : plus jamais désormais d’étrangleur tu ne porteras.

Percevoir et sentir ton désarroi, ta vulnérabilité ou ta panique, m’ont percuté chaque fois tout en m’apprenant à réagir rapidement, que ce soit beaucoup trop près des grosses caisses de son installées sur chaque coté de la scène de spectacle au parc Woodyatt lors du Festival international de folklore de Drummondville en 2001, pour l’éclatement presque simultané de tous les ballons dans ce club sélect de la Capitale au moment de défoncer 2003 ou encore, sous les Feux de Loto-Québec et autres déploiements pyrotechniques; jusqu’à ces calvaires de petits pétards qu’en vieillissant tu es devenu incapable de tolérer, je me suis senti devenir «adrénalinique»!

Jamais pourtant….ou presque, tu n’as jappé; tout comme d’ailleurs, pour ces moments d’intense joie. Les BRAVO, les HOURRA, les sourires…et cette foule de personnes qui debout se sont maintenant levées, te le confirment. Avant elles déjà sur quatre pattes spontanément dressé, tu applaudissais à pleine queue. Que de mieux pour exprimer ouvertement ton empathie! J’entendais évidemment tes petits gémissements. Je te voyais m’implorer du coin de l’œil avec ton regard légendaire auquel paradoxalement on associe la tristesse si souvent. Je sentais également que tu le savais : que ce soit au Grand Théâtre, au Palais Montcalm ou à l’extérieur comme au Festival d’été, la consigne demeure la même…NON! Point aussi à la maison, même si cela aurait pu s’avérer parfois très utile.

Autre ouverture chaleureuse vers l’autre…ta sociabilité, que d’innombrables fois n’ai-je pas dû t’y soustraire aussi :
« Je comprends combien vous aimeriez le flatter mais autant pour lui que pour moi, vous abstenir de porter attention à un chien au travail est de loin beaucoup mieux.» Que de fois par contre me suis-je permis toutefois de te laisser exprimer amplement ton plaisir d’être heureux.

À chaque tintement de la sonnette du hall de notre immeuble, tu te levais instantanément en vue de donner suite au rituel d’accueil des visiteurs. Avec classe, assis tout près de ton maître, aussi droit que le soldat au garde à vous devant son capitaine, tu brûlais de curiosité face à la porte d’entrée. L’inconnuE et les connaissances avaient droit à une branlette polie de même qu’à l’exploration discrète de leurs odeurs intrinsèques. Aucun doute par ailleurs sur la nature des sentiments affectueux que tu cultivais à l’égard des autres: magnanime courbette d’étirement sensuel, vigoureux ébouriffage par saccades, accolades en virevolte et frôlage presque félin, grande passe équestre du taquinage de l’entre jambes et, parfois, même le subit redressement vertical complet. Peu importe la situation cependant, toujours tu es demeuré un hôte modèle.

À l’instar de la très grande majorité de tes collègues fort probablement, tu demeure aussi un modèle de patience alors que de très longues heures durant tu n’as fait que m’attendre. Entre deux roupillons, en Sphinx, lové en boule ou en grenouille, les diverses poses Kodak que tu prenais consciemment ou non, agrémentent l’environnement, attirent la sympathie et fascinent l’imagination. Mais toi, au-delà de l’image, que se passait-il pendant tout ce temps au sein de tes petits neurones? Je le cherche encore.

Suite et fin demain….