Art et culture
Accueil -> culture -> Louise Turgeon DE TOUT DE RIEN ->

MON AMI CHRISTIAN
ET SON MERVEILLEUX CHIEN HIBOU

Pour retrouver le début de cette chronique, cliquez sur l’adresse suivante :

Première partie

Deuxième partie

Troisième partie

L’aurore pointe maintenant son nez entre les lamelles de la vénitienne. Le gros rat dont tu t’étais si malicieusement délecté lors de ce voyage dans la Métropole, l’or déposé sur le paravent de ce patron bien aimé, l’appropriation d’un véhicule de TAQM au cours de ta randonnée solitaire sur le Chemin Saint-Louis ou le chapelet de truffes que tu as offert pour Noël au Centre d’achat Laurier, figureront sans aucun doute comme les plus illustres des anecdotes qui toujours scintilleront au palmarès de tes insolites cocasseries.

Je ne pense pas, Hibou, que nous puissions oublier l’amour inconditionnel que tu m’as démontré tout comme l’affection profonde dont tu as gratifié Nihad, Sylvie, Martin, Danielle, Éric, Brigitte ou Angelo. Je suis sûr qu’il en est de même aussi à l’égard de Lise & Sam qui avec constance, délicatesse et attentions sont venus te rendre visite à Québec à chaque été depuis que nous sommes ensemble. La joie que tu leur as manifestée ne mentait pas et demeure aussi intense aujourd’hui encore. Te voir en ce moment te précipiter vers eux dès que tu les as aperçus au centre de la Gare centrale atténue de beaucoup la tristesse égoïste que j’éprouve. Anticipant qu’un autre «peak» certainement refera surface, je ne me retournerai pas, tantôt quand nous nous quitterons.

De retour à Québec, je roule tout le reste de la journée, sans but, nowhere. Sentiment de culpabilité et questions sans réponse s’entremêlent dans mon esprit fatigué et dans le cœur délavé de ma coquille vidée : était-ce vraiment la bonne décision? Te sentiras-tu abandonné? Que pensent donc ces autres chiens que je croise et qui me regardent? Définitivement, il est temps d’aller dormir.

Ce weekend a été très éprouvant. Il m’est étrange de venir ce matin au bureau…sans arrêt aux endroits sélectionnés pour tes petits besoins, et d’y entrer seul; d’autant plus quand je pense qu’il en sera dorénavant toujours ainsi. Le processus de prise de décision et celui de séparation sont pratiquement consommés. Il ne reste maintenant qu’à actualiser ceux de décantation et d’analyse. À quatre reprises au moins, tu reviens subrepticement animer mes rêves au cours de la semaine: l’indépendant et indifférent qui de son regard attendrissant mais énigmatique vient scruter les entrailles profondes de mon âme; l’éternel et enthousiaste chiot surexcité par les écureuils; l’enjoué compagnon qui partage agréablement son temps avec moi dans le parc de la petite église St-Matthews; l’être fragile implorant protection comme un petit enfant traumatisé par le tonnerre.

Je fais du ménage dans tes affaires et en dispose peu à peu. À l’arrière de la porte de la cage d’escalier du vingt-cinquième, nous avons enlevé le montage que Sylvie y avait conçu pour avertir les gens de ta présence. Je garderai toujours cependant cette photographie qui vivifie si bien le centre du mur au-dessus de mon bureau et où s’unissent l’objet de nos consciences respectives. Les autres centaines de photos de toi qui florissent mes albums demeureront également toujours aussi faciles d’accès que tu l’as été. J’y référerai chaque fois que s’estompera un détail de ces multiples figures qu’avec grand art tu prends pour nous conquérir: inquisiteur, ton charmant baby face légèrement incliné vers la gauche…puis vers la droite; ton immaculé sablier frontal qui nous rappelle l’inexorable fuite du temps; tes grosses pattes de «nounours»; ta pose de classe….la tête haute et droite, le museau pointé, le regard lointain….nous emportant aux grands soirs de Gala.

Écrire constitue aussi un moyen adéquat pour garder ton souvenir éclatant et pour canaliser mes émotions de façon constructive. Ce texte le reflète. Il me permet également de répondre de manière exhaustive et uniforme à ces dizaines de personnes surprises de ne plus te voir et que souvent je ne connais même pas. Bon nombre d’entre elles m’a aussi demandé si…ou quand, j’en aurai un autre. Que Dionysos me pardonne, j’aurais beaucoup trop l’impression de te trahir.

Lise demeure en contact avec moi et m’informe de tes péripéties. Comme cet ami qui doit sous peu aller t’y saluer et dont je te laisse deviner l’identité, je te rendrai également visite. Peut-être aussi pourras-tu faire de même avant que vienne ce jour où, en premier, l’un de nous deux visitera ou se rendra au Paradis des meutes. Que nous puissions ou non nous y amalgamer et nous réincarner en gentil Loup-garou m’importe moins maintenant. Le présent que tu nous donnes vaut autant que l’anticipation du futur auquel je n’ai pas à te soumettre. L’actualisation d’un deuil nous confronte tous à notre propre fin. Bien l’assumer implique de savoir poursuivre au-delà de celui-ci, grandi et dynamiquement plus épanoui. Je te remercie au centuple de contribuer à faire en sorte qu’il en soit ainsi, fidèle ami et chaleureux compagnon, tel aussi que me l’a dit cette collègue du Ministère.

Notre vécu ensemble, Hibou, n’a rien d’exceptionnel en soi. Tous celles et ceux qui ont eu la chance de développer une relation riche et féconde avec un être cher sentent et comprennent les propos ici exposés. Ils savent également lorsque cet être cher est un animal, combien une telle relation peut aussi conduire à nous rapprocher les uns des autres et à fortifier le sens de notre humanité. La lumière de ces relations ne s’éteint jamais et tu es toujours là, Hibou.

WOOUF!

VOICI D’AUTRES TEXTES DE MON AMI CHRISTIAN

Calvaire d’une nuit
À quelle station ?