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MON AMI CHRISTIAN ET SON MERVEILLEUX CHIEN HIBOU

Une collègue du Ministère m’a dit peu de temps après que la Fondation Mira nous eu jumelés: «Il te rendra au centuple ce que tu lui apporteras.»

Les sept années vécues ensemble vingt-quatre heures par jour le confirment et me permettent de beaucoup mieux comprendre ses propos. Tu n’es plus physiquement près de moi, fidèle ami et chaleureux compagnon, mais tu feras toujours partie intégrante de ce que je conserve de plus précieux.

Depuis samedi midi le 22 septembre dernier, tu es retourné évoluer avec Lise et Sam, ces parents bienveillants qui t’avaient offert un chaleureux milieu d’accueil entre tes trois et dix-huit premiers mois de vie. Je croyais pourtant avec certitude m’être bien préparé pour ce départ. J’y avais pensé de façon plus intensive depuis au moins quatre à cinq mois. Je me plais à imaginer que tu aurais préféré beaucoup plus demeurer à mes côtés. Par égards pour toi cependant, la raison m’a incité à écouter plutôt les divers signes qui m’avaient amené à prendre cette décision.

À 4,5 km/heure, se promener ensemble au rythme normal de marche comme le font généralement les autres chiens et leurs maîtres nous étaient toujours aussi agréable. Depuis l’été dernier par contre, progressivement la diminution significative de ta vitesse habituelle de croisière ne te permettait plus qu’occasionnellement et avec certaines difficultés de me suivre à près de deux fois et demi la vitesse de marche. Circulant la plupart du temps avec mon fauteuil motorisé, qui de mieux que toi pour en témoigner, j’appréhendais donc l’arrivée des froideurs de l’hiver: Je ne me voyais guère devoir tripler le temps de parcours de toutes ces distances que nous aurions à franchir.

Je sais, Hibou, combien tu raffole de la neige…y fourrer ton museau et la tête jusqu’aux oreilles, à la recherche de quelques fragrances enivrantes. T’imaginant en jouir bien davantage le long des pistes de ski de fond au lieu d’avoir à subir les effets probablement toxiques du calcium de la rue St-Jean qui à chaque printemps nécessitent le changement de plusieurs pièces de mon fauteuil grugées par la rouille, il ne m’a pas été difficile de fixer la date ultime de notre séparation à la tombée des premiers flocons.

Tu te souviens sûrement des séjours si agréables passés chez mon frère Normand au sein des plateaux bordant la vallée de la Matapédia ou, en plein cœur de campagne également, chez nos amiEs Gilles et Mimi au pied du mont Ham. Si j’avais bénéficié d’un tel contexte résidentiel au lieu du petit condo où seuls nous habitions, sois assuré que ma décision aurait été bien autre. J’aurais alors pu tenir l’engagement que je m’étais donné lorsque tu es entré dans ma vie: demeurer avec toi jusqu’à la fin comme mes frères avec tes cousins Dougi et Bruno. Ayant même songé à prendre ma retraite, je me suis dit toutefois qu’à l’instar de mes vacances les activités liées à cette option impliqueraient que sa mise en œuvre en deviendrait tout le contraire pour toi. N’est-ce pas un peu fou, mon ami, ce que l’on peut concevoir quand on s’y met.

Considérant par ailleurs la durée moyenne de vie pour un bouvier bernois de pair avec les exercices physiques que tu devais effectuer chaque jour, je pense qu’il te reste encore quelques bonnes années devant toi. Je souhaite que ces moments te soient paisibles et suaves, Hibou. Je t’imagine bien entendu pour le moins désolé que je ne puisse continuer à être ton soleil durant cette retraite. Mais tout comme celle des douces flammes du foyer, la magnitude de Lise & Sam saura sûrement agrémenter tout autant l’empyrée où désormais tu continueras de grandir.

Souviens-toi vaillant collaborateur des millions de fois où immédiatement tu t’es levé dès que tu entendais le déclic du «joystick» de mon fauteuil, prêt à me suivre au trot autant qu’au pas, sans jamais demander ni où, ni pourquoi, ni comment. Rappelle-toi également les milliers d’ascenseurs et de portes à ouverture électrique auxquelles tu devais chaque fois porter une attention particulière pour éviter d’y être douloureusement coincé. Et que dire aussi de ces petits moments respectifs d’inattention quand ton maître trop pressé, changeant soudainement de direction…ou par mégarde, t’a malencontreusement écrasé un pied.

à suivre demain …..