Art et culture
Accueil -> culture -> Louise Turgeon DE TOUT DE RIEN ->

Il n’est pas surprenant que s’élèvent des critiques acerbes contre le pouvoir émergeant des citoyens dans les affaires publiques.

Récemment, l’ex-premier ministre Lucien Bouchard, chef des lucides, faisait la lippe à la une des journaux. Ensuite, Guy Laliberté y est allé de son couplet. Puis, l’artillerie lourde a tonné, faisant entendre la grosse voix du Conseil du patronat. Il faut bien impressionner le peuple après tout.

Boum boum, boum! On aurait cru entendre : tapis! « Arrêtez de subventionner ces groupes qui ne représentent personne et qui se servent de fonds publics pour faire de l’action politique », demande le nouveau président du CPQ.

Bien sûr, la participation citoyenne est dérangeante au pays des développeurs. Ne sont-ce pas eux, les décideurs, qui possèdent les idées, l’imagination, l’expertise, le savoir-faire, les ressources techniques, l’enthousiasme, l’énergie de l’action? Sans oublier le pouvoir. Oups, j’oubliais, ils veulent aussi votre bien.

Mais en bout de ligne, qui est-ce que cela paye? Et qui est-ce qui paye? Et qui subit les conséquences des mégaprojets qui noircissent les tables à dessein des développeurs de tout poil?

Évidemment, un bon peuple est un peuple docile, qui ferme sa… boîte, qui applaudit quand on le lui commande, qui regarde les choses se passer et se contente de faire du bénévolat auprès des démunis pour pallier aux insuffisances des services publics.

Personne n’a levé le petit doigt quand Bell a entrepris la construction du Centre qui porte son nom, port d’attache du Canadien de Montréal. Personne n’a rien dit, parce que Bell a assumé financièrement son projet. Et si la compagnie en tire profit, tant mieux pour elle, libre à chacun de choisir d’y contribuer ou non. Mais qu’en est-il des pharaoniques projets tel celui de la Cité du Havre par exemple? S’il voyait le jour, il serait financé par des fonds publics.

Il en est de même de bien d’autres, devenus institutions, qui vivent aujourd’hui dans l’opulence au profit exclusif de leurs dirigeants. Tous ont été lancés, soutenus et développés à l’aide de fonds publics. Même le Cirque du Soleil, qui nous fait honneur il faut le reconnaître, a, à l’origine, été lancé grâce à un apport certain de fonds publics. Et les fonds publics, c’est l’argent des taxes et impôts que nous payons.

Tout dernièrement, semble-t-il, un autre zèbre, frustré probablement, un certain Jacques Parisien, pdg de la compagnie de production Astral Média, aurait dénoncé dans La Presse ces gens qui ne pensent qu’à sauver la faune. Cela prouve qu’on a le droit de dire n’importe quoi, même des inepties, ce monsieur vient de le démontrer.

Heureusement qu’il existe des groupes organisés capables de prendre à coeur l’intérêt des gens qui, autrement, n’auraient pas voix au chapitre.

Heureusement qu’il y a des groupes qui se préoccupent de notre environnement, que des développeurs, à la pensée unique en forme de dollars, n’hésitent pas à sacrifier à leurs ambitions qui sont aussi grandes que l’est leur ignorance. Le purin est déversé sans compter? Pas grave, la rivière le charriera. Les marais sont asséchés à qui mieux mieux? Ben voyons, ça sert à rien un marais, selon eux. Allez ouste, les grenouilles!

Heureusement qu’il existe une politique de soutien au milieu communautaire, autrement nous serions totalement à la merci de ces personnages qui n’ont d’autres intérêts que les leurs.
Mais le temps passe. La symbolique du mouton attribué naguère au peuple québécois perd peu à peu de ses vertus. Hier image de notre soumission, cette soi-disant vertu ne nous convient plus aujourd’hui. C’est pourquoi, au grand dam de certains, de plus en plus de citoyens font maintenant leurs, ces vers de Brel :

Désolé bergère, j’aime pas les moutons.
Qu’ils soient pure laine où en chapeau melon
Qu’ils broutent leur colline
Qu’ils broutent le béton
Menés par quelques chiens
Et par quelques bâtons
Désolé bergère
J’aime pas les moutons

PAROLES DE CHANSONS

GILLES THÉBERGE