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Dans une petite semaine, la campagne électorale sera terminée. Nous passerons de la prospective au bilan. Les résultats seront satisfaisants pour les uns, si l’on se fie à certains sondages, et entraîneront la déception pour d’autres, en particulier ceux qui l’ont bien méritée.

J’entendais aujourd’hui l’actuelle ministre du Patrimoine canadien, madame Frulla, se plaindre à la radio de recevoir des coups bas. Certains pourraient rétorquer que si madame avait choisi de jouer au bridge plutôt qu’à la politique, ce serait bien évidemment plus confortable.

Mais d’autres pourraient simplement lui rappeler que la vie c’est comme un grand restaurant. Tôt ou tard, après avoir bien mangé, il faut s’attendre à recevoir une facture. Après tout, la classe politique au pouvoir est passée à la caisse tellement souvent qu’il est franchement hallucinant de l’entendre se plaindre maintenant de passer au cash…

Et les opinions fusent de toutes part. C’est un vrai feu d’artifice. Quand on les considère, on se rend compte que, parfois, elles ne s’appuient pas sur une vision à long terme. Ainsi, il en va des critiques à l’encontre du Bloc que l’on retrouve sur plusieurs sites d’opinions. La plus courante est évidemment le fait que le Bloc est condamné à l’opposition. Solution, par exemple voter NPD, étant donné un certain nombre d’affinités concernant bon nombre de politiques sociales ? Hé ben, qu’est-ce qu’on n’aura pas entendu ! Qui s’attend vraiment à ce que Jack Layton se retrouve un jour premier ministre ? Pourtant, ce parti est présent sur la scène politique depuis pas mal plus longtemps que le Bloc. Or, certains persistent : voter pour le Bloc est une perte de temps.

Depuis le début de la campagne, le NPD table sur la possibilité de détenir la balance du pouvoir et donc d’influencer significativement la politique canadienne ? Et si c’était le Bloc qui devait détenir la balance du pouvoir ?

D’autres encore clament que la seule façon d’agir convenablement est de voter Conservateur afin, disent-ils, d’être présent au conseil des ministres… Rappelons-nous ce que fut le résultat d’une présence de près de 75 députés libéraux du Québec dans les gouvernements libéraux antérieurs. Combien de scandales répugnants auraient été enterrés à jamais sans la présence du Bloc?

Quant aux Conservateurs, faites un effort de mémoire les amis, allons! Vous souvenez-vous de ce que fut la fin du gouvernement Conservateur de Mulroney lorsque, entre autres, les scandales de députés québécois, et notamment parmi eux certains des plus croustillants, éclatèrent sur la place publique ?

Une question de confiance se pose certainement. À qui doit-on confier la responsabilité de représenter nos intérêts dans un parlement et dans un gouvernement qui, de toutes manières, n’inspire pas grand-chose ?

Il ne faut pas non plus négliger ce grand philosophe que fut Yogi Berra qui disait la partie n’est pas finie tant qu’elle n’est pas finie… Et, dans cet ordre d’idées, gardons à l’esprit que, à quelques jours du scrutin, les intentions de vote sont encore fragiles. Rien ne permet d’en prévoir avec certitude l’issue finale. Ainsi, plusieurs scénarios sont possibles. Par exemple, les libéraux pourraient, dans un dernier sursaut, réussir à sauver la mise. Pas au Québec, mais en Ontario et ailleurs dans le ROC. Le parti Conservateur pourrait prendre le pouvoir en situation minoritaire.

Dans ces cas, qui voudriez-vous voir représenter les intérêts du Québec dans la joute politique au parlement fédéral ? Des libéraux finis et discrédités, une militante de l’ADQ comme Josée Verner, par exemple ?

Et c’est sans compter sur l’électron libre, je parle ici de Jean Charest, ce libéralo conservateur, qui pourrait bien profiter de la situation pour concocter un autre coup fourré dont il a le secret. Et pourquoi pas, dans une « grand-messe », signer la Constitution unanimement rejetée au Québec depuis son rapatriement en 1982 ?

Le 23 janvier, je ne prendrai pas de chance avec ça. Et je demeure profondément convaincu que l’avenir du Québec passe par notre persistance collective à maintenir à Ottawa les députés dont on sait avec certitude que l’essentiel de leurs énergies est de travailler sans relâche à faire entendre la voix du Québec, jusqu’à ce que se réalise le pays auquel la grande majorité des Québécois aspirent.

GILLES THÉBERGE