Art et culture
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Ce qui est remarquable, au demeurant, c’est que nous faisons face en ces matières à la partie la plus fondamentaliste de ces groupes. Ces groupes représentant des cultures qui, disons-le franchement, nous sont totalement étrangères. Et on dirait que les pouvoirs publics ne s’en rendent pas compte.

Les coups de force de la cour suprême laissent souvent un goût amer dans la bouche de la majorité. Et une question surgit qui n’est pas impertinente : quelle place occuperont, dans le futur, les traditions, les coutumes et la mentalité que le peuple québécois d’origine française a conservé des siècles passés jusqu’à nos jours, de peine et de misère ?

Si à chaque fois que cela se présente la cour impose par ses jugements des façons de vivre dans lesquelles le peuple ne se reconnaît pas, il y a là un réel danger. N’y a-t-il pas là en effet le germe d’une xénophobie et l’exacerbation de réflexes qui ne sont pas nécessairement à l’avantage des minorités ? L’avenir le dira. Mais pour l’heure, les explications théoriques et les appels à la tolérance sont perçus par une majorité comme un autre » toué, tais-toué, tu connais rien là-dedans « .

Peut-être qu’on ne s’y connaît pas. Mais le plus important n’est-ce pas le fait indéniable qu’on ne s’y reconnaît pas ? Les kirpans, les bracelets, les turbans, les érouvs, les voiles, les souccah, sans compter ce que je ne connais pas encore, non seulement ça ne me ressemble pas, mais ça ne me parle pas. Ça ne m’interpelle pas. Cela ne soulève chez moi qu’une vague curiosité. Parce que ça n’a rien à voir avec ma propre culture. Est-ce que c’est du racisme, que de dire ça ? Je suis persuadé qu’il y en aura pour le croire.

La loi peut imposer à la majorité de vivre parallèlement à des groupes de mentalités qu’elle ne connaît pas. Parce que ce n’est que de l’intérieur que nous pourrions les connaître vraiment. Et comme les chances sont minces pour que cela se produise, ça demeurera donc étranger à ce que nous sommes. Certains on tendance à oublier que les citoyens ne sont pas des codes de loi ambulants. Ce sont des organismes vivants avec une chimie des émotions qui ne s’accorde pas nécessairement avec ce que certains se plaisent à appeler la raison.

Dans d’autres sociétés, on réagit différemment. Ainsi, le gouvernement Australien qui, selon certains renseignements circulant sur Internet, a choisi une approche pour le moins différente en invitant notamment les islamistes radicaux à quitter le pays s’ils ne se conforment pas intégralement aux lois australiennes, rien de moins.

Le résultat ne s’est pas fait attendre. Au lieu de se précipiter vers les tribunaux dès le lendemain, un groupe de dirigeants musulmans est allé promettre loyauté à l’Australie. L’Australie, vous ne me direz pas qu’il y règne là une dictature d’extrême droite. Il y a là simplement un gouvernement qui a des idées claires de ce que signifie être un Australien.

Et si, au lieu de nous sentir coupable d’être ce que nous sommes, nous décidions de nous affirmer. Ne pensez-vous pas que cela inciterait davantage les nouveaux arrivants à vouloir faire partie de nous, au lieu de vouloir demeurer éternellement, et illusoirement, ce qu’ils ne sont plus, dans un pays où ils ne vivent plus ?

GILLES THÉBERGE