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GRAND-PAPA MILLET

UNE NOUVELLE DE ROSE-NOËLLE JOUGLA

2e partie

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Bon. Ma fin de semaine ne s’est pas passée comme je pensais. Quand on a terminé les choux, Grand-maman m’a demandé d’aller faire une petite sieste ou de lire dans leur chambre. J’ai regardé un Boule et Bill, puis après, ça me tentait de bouger. Je suis allé dans le salon.

J’aime bien quand Grand-Maman joue du piano. Je me demandais si je pourrais jouer comme elle. J’ai touché les morceaux blancs et les noirs. C’était amusant. J’ai voulu prendre les papiers où Grand-Maman lit sa musique et, en les tirant, j’ai fait tomber une petite statue.

C’était celle d’un monsieur grognon qui ressemblait à Grand-Papa. Le vrai est arrivé comme une bombe dans le salon. Il a regardé les dégâts et il m’a pris le bras, il a serré très fort; ça faisait un peu mal. Il m’a dit d’une voix étouffée et étrange: « Va dans la chambre. Je ne veux plus te voir. Va ». Son air terrible m’a effrayé et je suis parti en courant. J’ai fermé la porte mais j’ai quand même entendu Grand-Papa et Grand-Maman qui se disputaient à cause de moi. Ils criaient fort tous les deux. Moi, j’avais de plus en plus peur. Je me suis caché sous le lit. J’ai dû m’endormir parce que j’ai entendu Grand-Maman m’appeler pour la collation. Je n’ai pas bougé. Je me rappelais ma bêtise, j’avais peur. Et puis, j’avais fait pipi dans ma culotte. Je ne voulais pas sortir. J’étais trop gêné.

Grand-papa et Grand-Maman sont venus dans la chambre mais ils sont vite sortis. Ils m’ont appelé dans toutes les pièces de la maison. « Dominique Orjubin-Millet, montre-toi! Dis- nous où tu es ».

Grand-Maman a même rajouté : « N’aie pas peur mon Poussin. C’est pas grave que tu aies cassé le buste de Beethoven, on en achètera un autre. Dominique, réponds! »

Et puis, tout s’est arrêté. Leur silence m’a inquiété. J’écoutais attentivement, me demandant si je ne ferais pas mieux de sortir de ma cachette, mais quelqu’un frappait et sonnait à la porte. On a ouvert. Une grosse voix a dit : « Bonjour Madame. Je suis le sergent Daunier. De quoi a-t-il l’air votre petit disparu? Comment était-il habillé? Quel est son nom? » Devant l’avalanche de questions, j’ai compris que c’était des policiers. Papa a dit qu’il fallait faire le 911 si on était très mal pris.

C’est là que Grand-Maman s’est mise à pleurer très fort. Grand-Papa lui a dit : « Pleure pas, mon Minou, ils vont le retrouver ce petit garnement. »

À cet instant, quelqu’un a ouvert la porte de la chambre. J’avais choisi ce moment-là pour quitter ma cachette. Le policier m’a vu et a appelé mes grands-parents. Il m’a dit que c’était très grave de se cacher longtemps comme ça et que j’étais mieux d’avoir une bonne raison. Je me suis mis à pleurer et ils ont compris que j’avais fait une bêtise, pipi aux culottes et que je m’étais endormi sous le lit. Ils sont repartis aussitôt. J’ai pris une douche. Je me suis mis en pyjama. Grand-Maman m’a servi une soupe et à sept heures elle m’a envoyé me coucher. Je n’ai pas revu Grand-Papa.

Dimanche, il n’est pas venu avec nous à la messe. J’ai demandé à Grand-Maman si Grand-Papa allait être fâché longtemps. Elle m’a fait taire. On ne doit pas parler pendant la messe.

Au retour, j’ai préparé un beau dessin pour Grand-Papa . Grand-Maman m’a aidé à écrire : « Excuse-moi. Je t’aime. »

Ils ne m’ont plus jamais gardé. On ne les a pas vus de tout l’été. Moi je m’ennuie d’eux. Surtout du piano de Grand-Maman … et des choux à la crème.

À suivre le 7 mai