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Aux confins du Centre-du-Québec, de l’Estrie et de Chaudières-Appalaches niche une petite municipalité de 220 âmes, qui triple l’été.

Serait-ce parce qu’il y a plus de roches que de terre que le nom de Saint Martyrs Canadiens désigne ce village ? L’endroit est en effet si peu propice à l’agriculture qu’il ne possède que 10 % de son territoire en zone verte, et encore est-ce à vocation forestière et acéricole.

«Par contre, les montagnes qui le bordent enserrent tel un écrin, ses cinq lacs, ses trois rivières, ses nombreux ruisseaux ainsi qu’une réserve écologique abritant des espèces rares. De plus ce territoire est à la source de trois bassins versants et le lac Nicolet, un bijou de la nature, est un lac de tête ; c’est-à-dire qu’il ne peut être pollué par un autre lac par effet de gravité.»

Ces caractéristiques font partie de l’argumentaire rédigé par le Comité consultatif d’urbanisme des Saints Martyrs Canadiens pour justifier son refus de toute implantation d’élevage porcin ou de veaux de lait. Or, le gouvernement réclame, en vertu de quelle loi je vous le demande, que toute municipalité désigne un endroit zoné agricole pour une éventuelle cochonnerie…

Complétons le portrait de cet environnement exceptionnel : À l’Est, le camp de vacances Beauséjour, tenu depuis plus d’un demi siècle par des frères, accueille annuellement près de 5 000 personnes pour des activités récréatives liées au lac Sunday. Au Sud, le Mont Ham se dresse en sentinelle et fait la fierté de la région. Ses activités de plein air draine aussi quelques 13 000 excursionnistes par année. Entre les deux, le camping de Ham Sud accueille aussi bien des touristes et le lac Nicolet reçoit ses villégiateurs.

Alors que la palette de séduction environnementale est largement déployée, notamment par les belles brochures vantant le travail par bassin versant et qu’au coût de millions on écope péniblement un petit pourcentage de la pollution, l’État continue de permettre grâce à de grasses subventions, le déploiement de nouveaux geysers à marde liquide.

Le désastre des algues bleues, cyanobactéries, dans tant de lacs sonne le glas de ressources aquifères pour plusieurs générations. Ces algues pouvant être mortelles, sont toxiques non seulement par contact mais aussi par inhalation. Elles sont dues aux pollutions.

Alors que les élevages de porcs, souvent soumis aux dictats des intégrateurs pleurent qu’ils ne rentrent plus dans leurs frais du fait de la maladie du circovirus, les transnationales forcent à augmenter la production. Cela accroît la compétition entre les éleveurs jusqu’à ce que le marché soit saturé et que les prix s’effondrent, tout comme les producteurs sous le poids des emprunts. Le même scénario se prépare actuellement dans le sirop d’érable
Alors la population de Saint Martyrs Canadiens appuie unanimement la fermeté de son Conseil municipal et refuse de laisser menacer sa survie, ses arguments sont balayés du revers de la main sous prétexte qu’ils ne concernent pas le Ministère des Affaires Municipales mais celui de l’Environnement. Ah bon, une municipalité ne vit pas dans un environnement ? !!!

Qui sera tenu responsable des nappes phréatiques souillées pour plusieurs générations ? Les gens d’ici peuvent bien être martyrs, mais ils ne sont pas suicidaires.

SYLVIE BERTHAUD