Art et culture
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Lorsque j’ai vu le symbole adopté par le Conseil régional de l’environnement Centre-du-Québec (CRECQ), une grenouille, je n’ai pu m’empêcher de penser à Jean Rostand, philosophe, moralisateur, écrivain, mais surtout biologiste. Il était fils du célèbre Edmond Rostand à qui l’on doit le chef-d’oeuvre immortel qu’est Cyrano de Bergerac.

Cherchant à comprendre l’origine de la vie, le célèbre personnage plaçait les batraciens, et parmi eux les grenouilles, au centre de ses intérêts 1. Il fut l’un des premiers à observer l’effet de l’environnement sur ces batraciens. La grenouille est depuis longtemps, depuis ce temps peut-être, considérée comme un indicateur de bonne santé d’un étang. Aussi, lorsqu’elle cesse d’en chanter les louanges et qu’elle disparaît, elle en signe la décrépitude, me dit un ami biologiste. Sans conclure d’une manière définitive, il faut savoir qu’en effet, aujourd’hui encore, on reconnaît que la grenouille est un bio indicateur par excellence de la santé d’un environnement. Mais il y a encore lieu d’espérer si, au contraire, on trouve en bonne santé des grenouilles dans nos boisés. Et pour que cet espoir ne soit pas vain, il faut que les milieux exceptionnels soient maintenus en bon état, que leur pérennité soit assurée…

L’un de ses milieux exceptionnels appartient à l’un des membres du Regroupement agroforestier centricois, le RAC. En effet, M. Simon Lapointe aurait pu céder à l’appel des sirènes de l’agrobusiness. Après tout, cette terre est située en plein centre du royaume de la canneberge. On sait que ce fruit, savoureux au demeurant, prolifère avec bonheur dans les milieux humides autour de Saint-Louis-de-Blandford, là précisément où est située ce milieu de vie exceptionnel.
Réflexion faite, il a plutôt choisi de maintenir l’état des lieux. C’est ainsi qu’à l’instar de 20 autres propriétaires de la région Centre-du-Québec, il a signé ce printemps une déclaration d’intention en faveur de la préservation de cette foret, exceptionnelle sur le plan écosystémique 2 .

Une décision riche de conséquences. Ensemble, nous dit le CRECQ, ces propriétaires possèdent une superficie d’environ 210 hectares de forêts à grande valeur écologique. La richesse de ce milieu est évidente. Non seulement
la matière ligneuse y est-elle dominante, mais cette présence favorise de surcroît un foisonnement de vie sans pareil. C’est ainsi que la faune et la flore prolifère en toute quiétude, contribuant à une synergie dont on a hélas oublié le secret.

Au nombre des espèces végétales recensées, on en trouve plusieurs faisant partie des produits forestiers non ligneux (PFNL) dont la demande est croissante. Vous cherchez de la sanguinaire, il y en a. Vous voulez voir de l’asaret,
il y en a. Il y a même assez de lycopodes pour ouvrir une usine de feux d’artifice 3, a-t-on l’habitude de lui dire pour le taquiner.

La plus grande prudence sera évidemment de mise dans la perspective où certains PFNL pourraient être exploités. Aussi, c’est avec mesure que le secrétaire du RAC entend s’y consacrer. Et si des plantes nouvelles y sont introduites, ce sera avec la certitude que le milieu y est favorable, et elles feront l’objet d’une exploitation responsable, histoire de ne pas altérer ce précieux environnement.

Ça va bien, semble-t-il, du moins chez notre ami à Saint-Louis-de-Blandford. Même que les écrevisses sont revenues dans la rivière. Il faut saluer de telles initiatives qui permettent de constituer un capital de terres à haute valeur écologique qui contribuera sans doute, ajouté à d’autres mesures évidemment, à sauver notre planète. Il faut bien commencer quelque part…

Références
1.

2.

3. La poudre des spores des lycopodes dits «Pied de loup», a une combustion rapide, en éclair, chez le Lycopodium clavatum L. en particulier, utilisée en pyrotechnie pour les feux d’artifice (pied de loup )

PAR GILLES THÉBERGE,
PRÉSIDENT DU REGROUPEMENT AGROFORESTIER CENTRICOIS