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Tante Monique est une véritable perlière. Comme sa consoeur du Conseil du trésor qui, il y a peu, cherchait des dollars sous la table, notre tantine estrienne y est allée de sa propre perle. Paraphrasant Marie-Antoinette, la ministre Gagnon-Tremblay a déclaré que si les écologistes veulent préserver la montagne, ils n’ont qu’à l’acheter.

Rappelons que » Toinette » a perdu la tête après avoir déclaré que si le peuple parisien n’avait plus de pain, il pouvait toujours manger du gâteau… Tante Monique ne perdra pas la tête. Sa déclaration montre à l’évidence que c’est chose faite. Il faut être pratiquement écervelée en effet pour réduire la question du mont Orford à une simple transaction d’affaire.

La réaction vive de plusieurs le montre à l’envi. Mieux, nous apprenons maintenant que la solution proposée par le gouvernement est carrément illégale. La preuve en est qu’il lui faudra adopter une loi pour contourner le statut actuel de la montagne et pour y construire ce que Clémence Desrochers a surnommé cette semaine les maudits condos.

Le parc Orford est un joyau de notre patrimoine écologique. Désigné parc national, il comprend une forêt mature avec une biodiversité saine et importante, et l’on y trouve des plantes rares au sommet. C’est aussi un havre de paix et de liberté pour une faune nombreuse et diversifiée.

L’ajout de plus de mille condos dans une partie exclue du parc, malgré la fantomatique promesse d’en doubler la superficie par un agrandissement aux plans nébuleux, vient bouleverser l’équilibre ambiant.

C’est ainsi que le bât blesse au sortir de l’alambique libéral. En effet, si par essence un parc de conservation est établi pour protéger un espace donné à perpétuité, le fait de changer les règles quand ça fait l’affaire d’un groupe de » faiseux « , amis du régime, compromet l’avenir sous plusieurs aspects. D’abord, sous l’angle de l’équilibre écologique, qui peut sérieusement affirmer que le fait d’ajouter mille résidences dans l’environnement immédiat du parc sera à impact négatif nul sur l’équilibre écologique de l’ensemble ?

Ensuite, réfléchissons à ceci : supposons que vous possédiez des terres et que vous souhaitiez les léguer au domaine public afin d’en protéger la valeur écologique pour la postérité. Vous pensez que ce don généreux sera respecté. Mais si vous vous rendez compte à la faveur de l’exemple d’Orford, que cet engagement risque de ne pas l’être, peut-être aurez-vous le réflexe de réserver votre geste.

C’est précisément ce que certains représentants des familles estriennes qui, jadis, léguèrent une grande partie de leurs terres afin de constituer ce qui est devenu le Parc du mont Orford pensent aujourd’hui. Ils ne sont pas les seuls, et la réaction à l’affairisme désincarné du gouvernement Charest se prépare heureusement.

» Game’s not over, till it over « , disait Yogi Berra. Tante Monique ferait mieux de bien tenir son chapeau. Nous savons maintenant que c’est tout ce qui lui reste pour affronter la tempête qui se lève.

GILLES THÉBERGE