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Le Bassin sombre – 1ère partie

C’est sans compter le projet de creuser encore une fois le chenal navigable dans lequel, déjà, s’écoule près de 40% de l’eau du lac Saint-Pierre, ce qui, à terme, condamnerait le fleuve Saint Laurent à ne devenir qu’un canal profond et étroit, asséchant les berges, lieux de reproduction de plusieurs espèces de poissons. Bref, à disparaître en tant que fleuve tel que nous le connaissons.

Le saviez-vous ? Est-ce que ça ne vous inquiète pas ? Saviez-vous que les impacts écologiques de ces agressions sont si importants qu’en conséquence, petit à petit, notre environnement est détruit par les bons soins de notre indifférence ?

Pourtant, comme le rapporte Dominique D’Anjou, dans l’édition du 8 février du JOURNAL MIR à l’heure actuelle, 60 % des grands écosystèmes dont dépend notre espèce se sont détériorés au point de dépasser le seuil de la viabilité. C’est ce que conclut une étude réalisée en 2005 par 1300 experts de 95 pays pour le compte du Programme des Nations Unies pour l’environnement « .

Alors voyez-vous, quand je lis que ce monsieur déplore la mort de son projet, en ayant le culot d’essayer de nous attendrir, de nous rendre coupables avec les insoutenables privations du bon peuple de Pointe Saint-Charles, je trouve qu’il dépasse la mesure. Son argumentaire a une odeur de chantage détestable lorsqu’il écrit que les pauvres résidents de ce secteur » auront la consolation de savoir que, tout en bas de l’escarpement, les chevaliers cuivrés et les anguilles peuvent jouir de l’usage exclusif du fleuve sans avoir à s’embarrasser d’une passe à poissons « .

Quand je lis un tel commentaire, sous la signature d’un dirigeant qui préside un organisme d’envergure comme la Société du Havre, je deviens très inquiet. Est-ce qu’il sait que nous vivons dans une biosphère, et que tout le vivant, dont nous sommes, est lié en une chaîne qui, si elle est rompue, entraînera la mort de l’ensemble ? Pensez-vous qu’il comprend ça ? Si l’on ne se fie qu’à ce qu’il écrit, la tentation est forte de conclure qu’il ne comprend vraiment pas ce qui se passe.

Compte tenu du pouvoir dont ce type de dirigeant dispose, on devrait s’attendre à trouver au sommet des priorités de l’organisme qu’il dirige une très forte préoccupation pour le développement durable, c’est-à-dire celui qui favorise le développement de la vie, et, en conséquence, une volonté inébranlable de respecter l’environnement.

On devrait, au sein de ces organismes, être capable d’imaginer l’avenir autrement que sous la seule lorgnette d’une mégalomanie qui ne peut être assouvie que par des projets pharaoniques et destructeurs. Et on devrait être capable de reconnaître que l’on s’est trompé, quand c’est le cas, au lieu de jouer à l’incompris…

Et si le président d’un tel organisme se révèle incapable de saisir que son propre avenir en tant qu’être humain passe inévitablement par le bien-être et la santé de son propre environnement, qu’on le congédie, c’est tout ce qu’il mérite. Un tel homme est dangereux !

GILLES THÉBERGE