Art et culture
Accueil -> culture -> Louise Turgeon DE TOUT DE RIEN ->

Que penser de la délirante étude de la firme CD Howe concluant que le système de garde québécois rend les enfants plus agressifs que les autres ? Sans compter que, selon cette même étude, les mères québécoises en sont devenues plus anxieuses que partout ailleurs. Grrrrrrrrrrrrrrrrrr!

La cause est limpide, l’affaire est entendue. Le coupable, c’est lui: le système de garderies à sept dollars. Et vous pensiez naïvement être de bons parents ? Mais non, vous n’êtes que des égoïstes qui » dompez » vos petits tôt le matin afin de vous livrer frénétiquement, jusqu’à tard le soir, à vos activités professionnelles. Avouez-le, vous n’avez en tête qu’une idée : votre réussite professionnelle!

J’ironise, bien entendu. La réalité, c’est que vous êtes pris en sandwich entre votre désir d’exercer pleinement votre rôle parental et le maelström des obligations socioéconomiques dans lesquelles vous avez parfois l’impression que votre vie s’engouffre. Comme sur une autoroute bondée, vous devez suivre la circulation à la vitesse qu’elle impose.

Mais revenons à l’étude. Comme les choses tombent à point n’est-ce pas ? Justement, le nouveau gouvernement fédéral sera bientôt aux prises avec une grosse patate chaude dans ses mains toutes blanches. Et pas n’importe laquelle : rien de moins que l’avenir des systèmes de garde au Canada et, en particulier, au Québec. Le gouvernement Charest se targue d’être assis sur une entente administrative. Justement, ce n’est qu’une entente administrative, elle peut être résiliée.

Le parti Conservateur ne croit pas beaucoup aux solutions de type institutionnel. Règle générale, il est peu porté sur les mesures sociales. Fidèle à ses valeurs, le chef Harper a donc promis, plutôt que de soutenir l’implantation d’un système de garderies publiques, le versement d’un chèque annuel de 1200 $ aux parents. Dans son esprit, ces derniers seront ainsi libres de choisir un régime de garde qui leur convient. Vive la liberté, n’est-ce pas ?

Sur ce, notre pétillante ministre de la famille s’est spontanément déclarée » interpellée » par les conclusions de l’étude de CD Howe. Apeurée, ne perdant pas son sens politique, je veux dire partisan, elle s’est empressée d’ajouter que ce n’est pas son gouvernement qui a créé ce système. Rassurez-vous ma bonne dame, ça nous le savions. Nous croyons plutôt que votre gouvernement préférerait s’employer à le défaire. Mais c’est une autre histoire…

Trois ou quatre jours plus tard, le calme semble vouloir retomber doucement sur la dernière maladresse du think thank de droite néolibéral. Je ferai brûler un lampion à 5 piastres le jour où cet institut qui veut notre bien, sans nous vouloir du bien, proposera une étude montrant comment l’absence de vraies mesures de conciliation famille-travail et, surtout, comment la mauvaise répartition de la richesse sont des facteurs aggravants de la dénatalité, de la pauvreté des familles, de la faim des enfants et d’une foule d’autres problèmes. Et j’en ferai brûler un autre, à 10 piastres celui-là, quand il publiera un plan d’action efficace pour éradiquer la pauvreté, réduire les inégalités et établir la justice sociale.

Mais pour voir ça, il faudrait être plus que patient. En fait, ça n’arrivera jamais, parce que ces questions n’intéressent pas les bonzes de cet Institut. Ils ne se sentent pas concernés par ces problèmes. Ce qu’ils veulent des gens, de vous en fait, ce n’est pas votre bonheur, c’est d’améliorer votre productivité. Les études qu’ils publient et les plans qu’ils proposent sont voués à la recherche de solutions qui rapportent au milieu dit » des affaires « . Et vive le libéralisme économique, vive le libre marché, and fuck the rest ! The rest étant vous, bien entendu.

Le devoir est non seulement mal fait, il est inutile et, dans son état actuel, non avenu.