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Multiculturalisme
Le multiculturalisme et sa haine de toute identité nationale détruit la Grande-Bretagne
Traduction par Annie Lessard, Marc Lebuis
Theodore Dalrymple
Point de bascule Canada
samedi 31 mai 2008

Première partie
Deuxième partie

Cette anxiété inhibe la discussion de la question culturelle.

Compte tenu de l’Europe du XXe siècle, cette inhibition est compréhensible. L’une de ses conséquences, toutefois, est que peu d’efforts ont été déployés pour mettre en cause l’attachement qu’ont les immigrants en Grande-Bretagne pour les traditions et les institutions de leur nouvelle patrie.

Outre cette réticence que les intellectuels ont réussi à m’inculquer, j’admets éprouver une certaine ambivalence au sujet de la diversité sans précédent de la société britannique. Il est vrai que l’on ressent une certaine exaltation de voir des personnes de tant d’origines différentes vaquer à leurs affaires dans une paix apparente.

Vous trouvez des magasins spécialisés en produits polonais. Des jeunes femmes en costumes somaliens parlent l’anglais avec des accents régionaux prononcés. La musique populaire de nombreuses régions du monde – beaucoup moins horrible que son équivalent américain ou britannique – émerge de boutiques vendant des produits exotiques.

Ce mélange pacifique confirme que notre société est en effet ouverte, souple et tolérante. Quels que soient les autres effets de l’afflux de personnes de tous les coins du monde, il a considérablement amélioré la qualité des aliments disponibles en Grande-Bretagne.

En outre, l’histoire de ma famille empêche une dénonciation trop radicale de l’immigration. Je suis le fils et le petit-fils de réfugiés qui ont connu exactement les mêmes arguments contre l’immigration que ceux d’aujourd’hui, et il serait inconvenant que je refuse maintenant à autrui les immenses avantages dont j’ai joui. En tout état de cause, il est clairement possible, et même commun, pour les immigrants et leurs descendants de devenir profondément attachés à la culture et aux institutions du pays qui les a protégés contre un sort terrible.

Quand je regarde mon propre cercle social, je découvre une étonnante variété d’origines (bien que les Américains ne trouveraient sans doute pas cela étonnant).

Récemment, ma femme et moi avons reçu une invitation à un déjeuner. J’ai déjà mentionné mes propres origines. Les grands-parents paternels de mon épouse étaient des Grecs de Smyrne qui ont eu la chance d’avoir trouvé refuge en France alors que la population grecque de la ville a été soit tuée ou a dû partir en raison de la guerre entre la Grèce et la Turquie en 1920.

Notre hôte était un médecin sikh qui était en service dans un hôpital de Delhi lorsque le corps d’Indira Gandhi a été amené après qu’elle ait été assassinée par son garde du corps sikh. Le médecin a dû fuir le pays pour se protéger de foules en furie assassinant des sikhs. Sa femme était une Chypriote grecque qui, durant son enfance, a fui l’invasion turque au cours de laquelle ses parents ont tout perdu avant de venir en Angleterre.

Ainsi nous tous, que ce soit directement ou par l’intermédiaire de proches parents, connaissions les horreurs auxquelles peuvent mener un attachement trop exclusif à la nationalité ou à l’identité religieuse. Et aucun d’entre nous n’avait de doutes sur le mal consistant à déshumaniser ceux qui ne partagent pas votre identité nationale, culturelle ou religieuse.

Loyauté et sens de l’identité

Mais nous n’avons pas conclu qu’il était alors préférable de n’avoir aucune identité nationale, religieuse ou culturelle. Les institutions qui permettent de vivre dans la paix, la liberté et la sécurité exigent la loyauté (pas nécessairement aveugle), et la loyauté exige en retour un sens de l’identité. Dans un monde où la souveraineté doit exister, l’identification avec cette souveraineté est également nécessaire. Une identité nationale trop rigide a ses dangers, mais il en va de même d’une identité trop faible. La première entraîne l’agression d’autrui et son dénigrement. La deuxième entraîne la désintégration de la société de l’intérieur, ce qui peut provoquer des tentatives autoritaires pour y remédier.

L’amour de mon pays n’a jamais impliqué pour moi une méconnaissance de ses insuffisances ou une haine des autres nations. J’ai vécu heureux à l’étranger une bonne partie de ma vie et j’ai vu des vertus dans chacun des pays où j’ai vécu, certaines absentes de mon propre pays.

Je me sens beaucoup plus à l’aise avec des étrangers cultivés qu’avec beaucoup de natifs du pays de ma naissance. Ces étrangers ont généralement une bien meilleure appréciation de ce qu’il y a de meilleur dans la culture britannique que de nombreux britanniques de souche. Si vous voulez entendre un très bel anglais parlé ces jours-ci, recherchez des Indiens ou des Africains instruits.

Mais personne ne peut nier, si l’on est honnête (et cela est vrai de tous les pays d’Europe occidentale), que plusieurs immigrants parmi cet afflux sans précédent, souvent peu instruits, ont peu d’intérêt ou d’appréciation pour la société où ils sont venus.

Plusieurs n’apprennent pas à parler l’anglais ou le parlent mal, et les mariages forcés et autres pratiques étrangères à la loi et aux coutumes britanniques demeurent fréquents.

Un rapport du gouvernement constatait il y a plusieurs années que les blancs et les minorités ethniques de Grande-Bretagne menaient des vies radicalement séparées, sans aucun sentiment de nationalité partagée.

Des jeunes qui n’ont aucune allégeance au pays

Et comme c’est maintenant bien connu, un nombre inquiétant de musulmans britanniques se sont révélés sensibles à l’idéologie islamiste.

Une récente enquête a révélé que 40% des musulmans britanniques de moins de 24 ans voulaient vivre sous la charia et que 36% appuient la peine de mort pour apostasie.

De manière significative, les chiffres pour les musulmans plus âgés sont considérablement plus faibles.

Un autre sondage a révélé qu’un cinquième de tous les musulmans britanniques avaient de la sympathie pour « les sentiments et les motivations » des kamikazes de Londres.

Seulement un tiers des musulmans britanniques, selon ce qu’a révélé une enquête du Guardian, veulent une plus grande intégration dans la culture britannique.

La doctrine du multiculturalisme a émergé, au moins aux Pays-Bas, comme une réponse à l’afflux d’immigration qu’on croyait initialement être temporaire. Le but initial du multiculturalisme était de préserver la culture des
« travailleurs invités » de sorte que lorsqu’ils retourneraient chez eux après avoir complété leur contrat de travail, ils ne se sentiraient pas disloqués par leur séjour à l’étranger. La doctrine est devenue une Shibboleth de la gauche – un outil efficace de démantèlement culturel – seulement après que le regroupement familial pour des motifs humanitaires soit devenu une politique normale dans les années 1960 et que les travailleurs se soient transformés en résidents permanents.

Vivant dans deux pays, la France et la Grande-Bretagne, j’ai trouvé intéressant de comparer la façon dont chacun a accueilli (si tel est le mot que je cherche) ces immigrants. Chacun a fait des choses bonnes et mauvaises, mais la situation française, avec les violences urbaines qui ont éclaté en 2005 chez la « jeunesse » musulmane, est plus facile à redresser, du moins en théorie.

À SUIVRE…