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LUC, KIWI, FLOYD ET MOI (3)
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Mardi, 14 septembre

Au réveil, on écoute le Canal Météo –

« Floyd frappera de plein fouet Wilmington à la frontière de la Caroline du Sud, en Caroline du Nord…


Sur la carte, Myrtle Beach est situé au bout de la flèche verte, sur l’Océan Atlantique. Wilmington est entouré d’un carré rouge sur le coin droit inférieur. Il y a 50 milles entre les deux.

« À toutes les personnes demeurant sur la côte, de Charleston à Cape Hatteras ( Wilmington est au centre), nous vous CONSEILLONS fortement de quitter la côte, pour vous diriger vers l’ouest… Floyd pourrait frapper dans 24 à 48 heures, selon sa vitesse de déplacement… »

« C’est pas vrai !!! Dites-moi que je fais un cauchemar !!!! »

On regarde dehors, le soleil est resplendissant…. et quelques voisins commencent à ranger leurs choses et se préparent à partir.

En jasant avec certains voisins, on apprend que si nous ne partons pas le plus vite possible avant ce soir, nous serons pris sur la côte et nous ne pourrons plus sortir. De plus, si on attend l’ORDRE D’ÉVACUATION, nous risquons les embouteillages monstres, tout le monde voulant sortir en même temps et Myrtle Beach n’ayant que deux routes de sortie…

Plusieurs ayant déjà vécu des évacuations nous disent qu’on ne doit pas prendre à la légère un ouragan, (Floyd est maintenant répertorié force 4) mais vraiment pas….

C’est donc avec un esprit de panique que nous replions et refermons le tout avec l’espoir de revenir sous peu et que ce fichu d’ouragan prenne le bord de la mer vers l’est plutôt que d’entrer dans les terres.

Ça n’est pas une peur violente que nous subissons, mais une peur sourde, interne et tenace. On sent qu’il y a un grand danger futur dont on ignore TOUT.

Nous parvenons donc à quitter vers midi.

Kiwi ne la trouve pas drôle, elle qui s’était fait un petit nid dans la roulotte et était si heureuse de surveiller les oiseaux d’une fenêtre à l’autre….

Par quel heureux pressentiment prenons-nous la route 17 et la 9 (routes locales et rurales – ligne fine verte) plutôt que la 501 (route principale) pour sortir de Myrtle Beach?
Luc se dit que le trafic ne peut être pire que sur la 501 qui ressemble, au boulevard Métropolitain à l’heure de pointe.

Nous apprendrons que ceux qui ont pris la 501 ont mis une douzaine d’heures pour faire quelques milles; alors que nous, nous roulions allègrement vers le nord, puis vers l’ouest.

Nous arrivons près de Dillon à la sortie 181 de la 95 dans un Flying J, « truck stop » qui accepte les motorisés pour la nuit.
http://www.flyingj.com

Sur la carte c’est à l’angle de la grosse ligne verte, à 50 milles dans les terres.

Le frigo ne marche plus depuis notre départ…

Là, on est sur le bord du découragement total. Moi, j’ai juste une idée en tête, que ça finisse, qu’on vende cette « régine » maudite, puis qu’on passe à autre chose.

Nous espérons demeurer ici le temps que ça prendra pour se débarrasser de Floyd.

Dans la soirée, je vais regarder la télévision dans la salle des camionneurs et je me mets à bavarder avec un gars de la Nouvelle-Orléans qui a vécu de multiples ouragans.

Il m’apprend que Dillon n’est vraiment pas assez à l’ouest; qu’on doit aller au moins jusqu’à Spartanburg (200 milles de M.B.). Un ouragan provoque, en plus, deux autres catastrophes: dans l’oeil de l’ouragan, les vagues atteignent de 15 à 20 pieds de haut et lorsque ces vagues frappent la côte, en plus de la pluie et du vent, tout est inondé. Deuxième phénomène: sur terre, ce vent forme des tornades…

Luc et moi, nous nous regardons… Le camionneur lui se dirigera demain vers Greenville.

À 20h30hrs, Luc est couché, complètement découragé. De plus, il pense au frigo qui sera dégelé demain soir.

Moi, je vais dehors. Deux voisins québécois viennent me faire la jasette en voyant notre plaque du Québec.

Parle, parle, jase, jase… eux prennent ça en riant, c’est la deuxième ou la troisième fois qu’ils sont évacués depuis plusieurs années et ils n’ont jamais eu de problèmes. Toutefois, demain ils iront plus loin eux aussi.

Tout en parlant, je leur explique notre problème de frigo et du gaz qui ne se rend pas pour le tenir en fonction. En nous entendant discuter, Luc se lève, vient nous rejoindre.

À la suggestion des monsieurs, il enlève le panneau qui protège l’allumeur. Voilà mes trois gars la tête devant l’allumeur pour comprendre ce qui se passe.

Soudain, l’un deux demande à Luc s’il a changé de bonbonne dernièrement. Luc lui affirme qu’en effet, quand la première bonbonne s’est vidée, il a transféré sur la deuxième….

Alors le monsieur demande si on a allumé les quatre ronds du poêle pour faire sortir les bulles d’air; car c’est pas un petit pilote de frigo qui peut réussir à faire ça !!! HEIN ?????

J’allume les ronds… pouf! pouf! pouf! ça sort rouge et bleu

Luc allume le pilote du frigo manuellement et MIRACLE !!, celui-ci ronronne de bonheur…….

« Tsé, quand tu connais rien!!!!! »

On a passé la soirée avec eux. Ils se proposent d’aller à Greenville (un peu plus loin que Spartanburg)directement par la 95 et la 26. Nous apprendrons plus tard que ce furent les pires routes à prendre, car tout le monde était sur ces autoroutes.

Nous nous optons toujours pour notre 9 locale.

Nous nous couchons un peu moins niaiseux !!!!

Jusqu’où irons nous finalement….

C’est ce que vous saurez au prochain épisode…. 4