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La réalité est parfois ambiguë et place les humains devant une certaine ambivalence. Les humoristes font grand usage de l’ambiguïté avec leurs blagues à double sens à chute brutale déstabilisante. L’ambiguïté est aussi une réalité dans notre langage familier. On entend dire couramment que « l’argent ne pousse pas dans les arbres » ? Hé bien là-dessus, je vous le dis tout net, n’en croyez rien, cela est faux.

En effet, il est facile d’observer d’année en année, qu’à moins de catastrophes imprévisibles, les arbres que nous avons plantés croissent, cela se traduisant par une valeur accrue. Le problème de perception, s’il y en a un, ne réside pas dans cette observation ou dans l’interprétation qu’on en fait. Il tient à ce que beaucoup trop n’ont qu’une chose en tête : la récolte. Et qui dit récolte, dit évidemment tintement des clochettes du tiroir-caisse. Bien sûr devant l’arbre mûr, le bûcheron sent soudain la salive circuler dans sa bouche à vitesse grand V. Mais ensuite ?

Mettons les choses au clair : dans notre esprit, les gains tirés de l’exploitation de la matière ligneuse ne sont d’aucune manière assimilable à la peste ou au choléra loin s’en faut. Cependant d’une certaine façon, les coupes excessives, si elles devaient s’avérer être le sel de notre usage de la forêt, ne seraient-elles pas exactement semblables à ce comportement qui consiste à se saisir du bas de laine pour le vider lentement de son contenu !

Cela dit, après la cognée, quel habit devrait-on revêtir ? Celui du « plus de la même chose » qui mène simplement à attendre que la forêt reprenne ses droits afin de pouvoir la couper de nouveau ? Ne vaudrait-il pas mieux endosser une attitude qui incline à trouver des solutions permettant de passer à un niveau supérieur de changement ? Et de rendement ? Au moment où les indicateurs nous disent avec insistance que la voie à suivre n’est pas celle du passé, il s’impose de réfléchir aux prochains gestes à poser.

Cette réflexion, nous l’avons faite. Nous avons conclu que notre intérêt devait nous conduire à trouver des approches porteuses de développement durable et structurant. Mais pour que le développement soit fécond, nous croyons qu’il doit être pluriel, c’est-à-dire produire des résultats multiples, plutôt que de s’armer de patience pour un résultat unique qui, de toute façon, risque d’être hors de portée le moment venu, le combattant s’étant évanoui sur les chemins du grand voyage.

Chez nous, au Regroupement agroforestier centricois, nous croyons fermement que l’argent pousse littéralement dans les arbres pendant toute leur croissance. Comme le ferait un capital bien investi. C’est pourquoi nous n’hésitons pas à planter massivement ces arbres qui déjà portent, par leur nature même, une valeur de base importante et qui, d’année en année, sont gages d’une valeur accrue. Ce sont les noyers noirs, que nous avons d’abord choisis pour mener à terme le projet ambitieux que nous caressons, celui de constituer dans notre région, un verger d’arbres à noix.

Selon Diana Beresford-Kroeger , une sommité en la matière, ces arbres contestent sans ambages le statut de « roi de nos forêts » à Sa Majesté le sapin qui s’en trouve sans doute un peu mortifié, mais bon. En effet, pour madame Beresford, les noyers noirs sont d’une richesse qui excède les vertus économiques que nous y recherchons. Elle n’hésite pas à affirmer que « la valeur du noyer noir dépasse largement celle de tout fonds commun de placement des grandes bourses nord-américaines ».

Mme Beresford affirme également, qu’à poids égal, la valeur nutritive d’une noix de noyer noir équivaut à celle d’un steak parce que, dit-elle, « les acides gras essentiels y sont présents en proportions idéales pour le cerveau des jeunes enfants et aussi des personnes âgées» . Voilà de quoi réjouir tous ceux et celles qui s’intéressent tout autant à la santé de l’économie qu’à la santé tout court…

Pour en revenir à nos préoccupations, disons que les intérêts de cet investissement, ce seront d’abord les fruits que nous comptons récolter tout au long de la croissance des arbres. Certains avancent, et nous sommes sensibles à cet argument, que la valeur de ces récoltes de noix serait égale à la valeur de la matière ligneuse qui sera récoltée à la fin du processus.

Mais il y a plus encore. Ces récoltes peuvent créer les conditions permettant la création de petites entreprises de cueillette et, pourquoi pas, de première transformation. Ainsi, tout cela pourrait engendrer un surcroît richesse et des emplois, simplement par une valeur ajoutée à nos forêts et un gain de productivité.

N’est-ce pas là de belles perspectives de développement qui se profilent à l’horizon de nos espérances? Et surtout, j’insiste, cela constitue la preuve irréfutable que, comme nous le prétendons et malgré l’ambiguïté apparente de l’affirmation, l’argent pousse bel et bien dans les arbres, du moins, dans les nôtres…

Par Gilles Théberge, président
Regroupement agroforestier centricois RAC

Pour toute information supplémentaire, vous pouvez contacter Gilles Théberge à l’adresse de courriel :

GILLES THÉBERGE