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Le président de la SAQ, Claude Toutant, a dit qu’il assumait entièrement la responsabilité de l’arnaque commise à l’encontre de ses clients qui sont, rappelons-le, l’ensemble des Québécois. Il y avait quelque chose d’indécent, l’autre soir au Point de Radio Canada, à voir ce grand gestionnaire montrer à l’interviewer, Dominique Poirier, la collection de bouteilles alignées derrière elle les désignant comme étant propriété collective des Québécois.

On aurait cru entendre André Cayer parlant de nous comme étant les actionnaires d’Hydro Québec et, d’un même souffle, nous promettre un enrichissement collectif accru en puisant encore plus profondément dans nos poches. Big deal!

Vraiment, il y a des coups de pied au cul qui se perdent. Et ceux qui se donnent sont généralement mal enlignés. En effet, assumant ses responsabilités, le président Toutant a congédié sur le champ deux vice-présidents devenus subitement teigneux et accusés de manque de jugement. N’écoutant que son courage, il les accuse de lui avoir menti, rien de moins.

Pourtant, quiconque a le moindrement fréquenté la bureaucratie publique sait pertinemment une chose fondamentale : quand une décision d’importance est prise, les chances pour que le dirigeant de l’organisme ne soit pas informé sont de une contre un million. Et que ce soit de façon directe ou tacite, généralement la décision vient de lui.

À moins d’être un naïf fini, personne ne peut croire que le président de la SAQ n’était pas au courant de ce tour de passe-passe. Pas plus l’ineffable ministre des Finances, Michel Audet, comme il l’a affirmé devant les caméras, ce qui le place soit dans la catégorie des menteurs soit dans celle des incompétents. Et peut-être dans les deux…

La question s’impose : À qui profite l’augmentation des profits de la SAQ ? En effet, qui est le bénéficiaire principal, pour ne pas dire exclusif, de l’augmentation des taxes engendrées par la croissance continue des prix de la SAQ et de ses profits ? C’est le gouvernement dont les exigences quant aux dividendes attendus sont en croissance constante. Alors pensez-vous vraiment que le gouvernement du Québec n’est pas au fait de la situation ?

À la recherche d’argent frais, plutôt que d’avoir le courage d’aller le chercher là où il se trouve, soit dans les coffres du gouvernement fédéral, il préfère hypocritement compter sur un afflux supplémentaire issu de l’augmentation artificielle des profits de la Société des alcools. Aviez-vous voté pour ça vous autres ?

Quant au président Toutant, après avoir affirmé assumer la responsabilité de ses erreurs, il lui reste à en supporter les conséquences. Ce ne sont pas les exécutants de ses basses œuvres qui auraient dû être mis à la porte, c’est lui!

L’infecte piquette que constitue ce nouveau scandale laisse en bouche un goût amer. Comme dans le scandale des commandites, le grand patron n’a rien dirigé, n’a pris aucune décision. Il a pris connaissance des faits après coup. Il ne savait rien, on lui a menti et il n’est pas coupable. Pendant ce temps, vous vous êtes fait voler et, n’eut été la sagacité d’un journaliste allumé, vous n’en auriez jamais rien su.

Mensonge, incompétence, gestion opaque et cynisme envers la population, plus le temps passe, plus il semble que ce soit le mode de fonctionnement des organismes publics. Comment rester de bonne humeur devant ces turpitudes à répétition ?

Si, comme l’écrivait Shakespeare, il y a quelque chose de pourri au Royaume du Danemark, expliquez-moi donc comment il se fait que c’est ici, au Québec, que ça pue ?

GILLES THÉBERGE