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Un des sujets favoris des québécois depuis quelque temps est la hausse prévue de 5.5% des tarifs généraux d’Hydro-Québec. Il s’agit là d’un sujet très sensible parce que d’une part on nous rabat les oreilles avec le fait qu’il s’agit d’une société d’état qui nous appartient et d’autre part ladite société a engrangé des surplus de 2.435 milliards sur des revenus de 10.698 milliards en 2004 soit 22.8%.

Que signifie donc une hausse de 5.5% pour cette société déjà très rentable ? Si on arrondit ses revenus à 11 milliards (atteints en 2005) on parle d’entrées supplémentaires de 605 millions de dollars. En prenant pour acquis que la structure de coût demeure la même, le surplus dépasserait les 3 milliards soit plus de 27%. Ces quelques chiffres prouvent que cette entreprise est déjà très gourmande, mais admettons qu’à cause de l’importance de ses investissements en infrastructure, elle a besoin de plus de revenus.

Il s’agit donc de voir si une augmentation des tarifs généraux est la seule solution. Se pourrait-il que si Hydro-Québec cessait de faire des faveurs à certains groupes (ou groupuscules) elle n’aurait plus besoin de cette hausse dont tout le monde souffrira ?

Tout le monde sait que les alumineries ont un tarif préférentiel au Québec, mais bien peu de gens savent de quelles sommes on parle. Pierre Fortin, économiste réputé et professeur à l’Université Laval, nous éclaire sur le sujet dans un mémoire présenté en commission parlementaire en novembre 2004. Pour l’année 2003, Hydro a vendu 20.3 térawatt heures (TWH) (un TWH = un milliard de KWH) aux alumineries à un prix de 2.5 cents le KWH alors que le prix moyen payé par les consommateurs incluant les industries a été de 6.4 cents, ce qui nous donne 39% du prix normal. L’Association de l’aluminium du Canada nous indique que les dix alumineries du Québec ont acheté 650 millions de dollars en électricité en 2003. Si on fait une simple règle de 3, elles auraient dû payer 1.6 milliard au tarif normal soit 950 millions de plus. Monsieur Fortin affirme même que par rapport au prix de KWH exportés (8.8 cents), l’industrie a coûté à Hydro, 1.3 milliard.

Mais soyons justes, l’industrie de l’aluminium n’a pas à payer plus cher que les autres, mais pas moins non plus. En 2005, le prix de l’aluminium a augmenté tellement que l’industrie paye un prix normal (quoique non précisé). Si c’est le cas, Hydro-Québec devrait se retrouver avec 950 millions de plus de revenus et de profits et ne plus avoir besoin de l’augmentation de 605 millions projetée. La solution est donc toute trouvée sans que les gens aient à subir cette hausse.

Si le marché de l’aluminium venait à baisser, Hydro ne devrait jamais vendre à cette industrie moins que le prix moyen puisqu’une aluminerie, en Ontario ou aux États-Unis, aurait à payer en moyenne 4.7 cents de plus que le prix moyen québécois de 6.4 cents soit 11.10 cents. En appliquant ce prix à la consommation de 20.3 TWH de 2003, l’électricité consommée ici coûterait 1.6 milliard de dollars par rapport à 2.89 milliards chez nos voisins. N’est-ce pas un beau cadeau que nous faisons à une industrie qui n’emploie chez nous que 8 500 personnes ?

FRANÇOIS BEAUDOIN
L’ÉPICENTRE