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Sur le terrorisme

par Victor-Lévy Beaulieu

Je me suis endormi au pied de cette grosse épinette noire qu’il y a tout juste à côté du mausolée où reposent les ossements de mes ancêtres. Je ne sais pas pendant combien de temps je suis resté endormi. Quand je suis remonté des couches profondes du rêve, me retrouvant pour ainsi dire la tête hors des eaux de la mer Océane, il m’a semblé qu’il y avait fort longtemps que je n’avais entendu le moindre son, vu la plus pâle des couleurs, senti la plus infime des odeurs.

Pourtant, sous les couches profondes du rêve, l’eau et le vin s’étaient transformés en ce sang coagulé, granuleux comme les sables du désert, et ce sang-là ne cessait pas de hurler, pire que le plus déchaîné des vents, et ce sang-là ne cessait pas de passer du rouge vif au noir le plus aveuglé, ne cessait pas de rendre l’air de plus en plus pestilentiel, et ce sang-là ne cessait pas de former dans la couche la plus profonde du rêve ces deux aigles qui, à les bien regarder, formaient pour l’un les mots Bonne conscience et pour l’autre les mots Mauvaise conscience.

Et moi qui ne cessais de nager dans ce sang putride, j’étais tantôt heurté par l’aigle de la Bonne conscience et tantôt par l’aigle de la Mauvaise conscience. Il me semblait qu’ils étaient tous les deux identiques, mais leur insistance à me frapper me faisait savoir que ce n’était pas le cas. Aussi la question a-t-elle surgi de la couche la plus profonde du rêve : « Qu’est-ce qui différencie fondamentalement la Bonne conscience de la Mauvaise conscience? Pourquoi, devant certains actes, l’humanité se sent-elle en état de Bonne conscience et que, devant certains autres actes, en éprouve-t-elle cette Mauvaise conscience que le passage des générations n’arrive pas à rejeter dans l’oubli ? »

à suivre…..