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Pendant que les familles pleurent leurs morts, les politiciens se crêpent le chignon. Soucieux de bâtir un semblant de consensus sur ses décisions de prendre le train Bush, quitte à lui servir de valet responsable des chiottes, le premier ministre Harper se bat pour soustraire aux yeux du public les cercueils contenant les héros canadiens. Notre » Malbrouch s’en va-t-en guerre, ne sait quand reviendra, mais c’est le sang de son frère demain qu’il versera. », écrit le poète Robert Paquin.

Bien sûr la mort et son cortège de souffrances ne sont pas l’affaire des chefs. Il y a belle lurette que le chef suprême des armées ne s’est pas présenté sur un champ de bataille. L’honneur des rois qui les faisait conduire leur destrier jusqu’au cœur de la bataille, c’est chose du passé.

Aujourd’hui, c’est plus simple, on a des parlements, des premiers ministres, des ministres, des criards en face, et tout ce beau monde se fait belle jambe et gonfle son jabot au son de déclarations emphatiques. L’enflure verbale sur les vertus du combat et la nécessaire présence canadienne en Afghanistan sont tels qu’elles détrônent en efficacité la trousse de gonflement de canard en caoutchouc de chez Canadian Tire.

Main sur le cœur, chemise déchirée en lambeaux, ils jurent par tous les dieux, incluant Toutatis, que la présence des petits soldats canadiens, prêts à se faire casser la gueule par les Talibans, est essentielle. Que dis-je, elle est vitale ! Il faut à tout prix préserver…. Au fait, quoi au juste ? Et puis ne faut-il pas reconstruire… Et puis encore apporter la dignité à ces peuples. Ouais, ouais, ouais !

Pour ma part, je n’en crois strictement rien. Je ne crois pas qu’une présence militaire dans ces pays, dont nous ne connaissons rien, chez ces gens qui ne nous ont rien fait, changera quoi que ce soit à la situation, ni à l’issue de la soi-disant guerre au terrorisme.

Dans cinq ans, dix ans, quinze ans, la situation sera semblable, sinon pire. Un autre Ben Laden servira d’émule à de nouvelles hordes de désespérés. Une autre guerre aura été déclarée, sous d’autres prétextes tout aussi essentiels.

Pendant ce temps, des dizaines, des centaines peut-être de petits soldats canadiens auront casqué. En d’autres termes, ils auront été forcés de passer l’arme à gauche puis, ils seront revenus en silence, et à l’abri des regards, dans leur cercueil de gloire. Et peu de temps après, ils tomberont dans l’abîme de l’oubli. Triste fin !

« Mourir pour des idées, écrit Brassens, c’est bien beau, mais lesquelles ? «

BRASSENS

GILLES THÉBERGE