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§ Parlez-nous de ce nouveau recueil, Cellule esperanza (n’existe pas sans nous). Pourquoi ce titre ?

Ce titre, je le traîne avec moi depuis longtemps, comme une maladie incurable. Au début, ce fut un poème automatiste dans la revue Ectropion, que j’ai écrit dans un café nommé Esperanza où j’allais souvent, boulevard Saint-Laurent coin Saint-Viateur, à Montréal. J’ai ajouté le sous-titre beaucoup plus tard pour donner suite et faire écho à mes deux précédents recueils. Ce qu’il évoque, ce titre, à mon sens : le singulier et l’universel, l’incarcération et l’engagement, l’espoir. Mais aussi, l’urgence du rassemblement. Un mouvement de soi vers l’autre. Une trajectoire.

§ Ce recueil vient clore votre trilogie commencée avec la publication de Vers quelque (sommes nombreux à être seul). Quel a été votre cheminement d’écriture, quelles ont été vos inspirations pour ces recueils ?

À la différence des deux autres recueils, celui-ci, je l’ai longuement réfléchi. Je l’ai commencé en France, poursuivi au Québec et terminé en Corée. Après la mort de Robbert Fortin, je l’ai considérablement retravaillé, une fois retranché dans un village au sud de Séoul, les dernières paroles du peintre en tête. Avec Vers quelque, j’ai exposé un regard naïf et effacé sur une ville insulaire bourrée de contradiction, il y avait plusieurs anecdotes de la vie quotidienne. Avec Calme aurore, je suis revenu avec le même « je » marqué par son absence. La trame se déroulait entre le Québec et la Corée, entre les nombreuses manifestations auxquelles j’ai participé et les nuits d’amour passées dans les bras de ma belle. L’urgence de l’engagement, qui s’est tissé une place de choix dès le début de mes premiers écrits, s’est davantage concrétisée avec Cellule esperanza. J’ai vite été confronté à l’oralité. J’ai davantage travaillé le rythme, la musique, le bruit, parfois même le vacarme des mots qui, parfois, sortent de leur contexte poétique dramatisé pour aller choir sur l’asphalte chaud de la vie de tous les jours. Dans ce dernier recueil, le « je » revient, à moitié, à l’écart, démoli et discret, un peu pour s’excuser d’avoir été incapable de pleinement se dire. Il a les mains vides, mais il revient, dans une sorte de paix intérieure. Il s’adresse au « vous » de demain et assume le « nous » d’hier. Avec ces trois recueils, j’expose mon aliénation identitaire de Québécois qui entrevoit l’avenir d’un œil inquiet. La vigilance et l’espoir, en toute simplicité, m’ont inspiré et donné la force d’écrire ces recueils dans une sombre époque, triste et formidable, où l’indifférence, le désespoir et le dégoût du futur règnent sans rivaux.

§ Quels sont vos projets ?

Un recueil de nouvelles fantastico-réalistes. Combattre la désillusion. Un album de musique. Un emploi stable comme prof dans un cégep. Faire venir ma fiancée au pays. Me marier. Avoir beaucoup d’enfants. Faire la souveraineté du Québec. Être humain.

Cellule esperanza (n’existe pas sans nous)

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