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En quelques lignes, comment résumeriez-vous votre livre ?

Ce roman traite d’acceptation, sur trame d’autodérision. C’est accepter à la fois que l’on est un monstre (un écrivain) et que notre espèce a créé un monstre (le langage écrit). Ça aurait pu s’intituler « Écrire = danger », pour parodier un vieux hit de Martine St-Clair. Et le danger est réel, je ne contrôle même pas mon monstre : j’ai écrit une histoire d’écrivain alors que c’est un genre qui m’énerve… Bref, Slash, à sa manière, c’est le langage qui tue le langage, un chien qui court après sa queue, un ordinateur qui loop dans l’beurre. C’est aussi une occasion de tirer un trait sur ma vingtaine. Dans sa forme, l’ouvrage raconte l’histoire d’un handicapé qui cherche l’aventure où il peut.

Qu’est-ce qui vous a poussée à écrire cet ouvrage et à le publier ?

De légers ennuis de santé qui, au début de la vingtaine, m’ont forcé à mettre au placard ma passion pour le vélo de montagne et à me trouver d’autres occupations. J’ai écrit de force, pris dans une activité que j’aurais préféré laisser à d’autres. Un jour, à la veille de mon départ pour Montpellier où j’allais passer une année, la première phrase du livre m’est venue à l’esprit : « Écrire est l’art des hommes-troncs. » Je me suis dit qu’il serait intéressant de pousser cette logique jusqu’à l’absurde. Arrivé en France, je me suis trouvé un fauteuil roulant chez Emmaüs, identique à celui du capitaine Haddock dans Les bijoux de la Castafiore, et j’ai passé quelques mois assis là-dedans, à travailler sur le projet.

À qui votre livre s’adresse-t-il ?

Ça joue plus sur le registre du sensible que sur celui de l’intrigue. Donc, à chacun de voir où il se situe par rapport à cela.

En quoi se distingue-t-il d’autres livres traitant du même sujet ?

Des milliers de livres ont été écrits sur les angoisses de l’auteur. Mais c’est peut-être la première fois que l’on convoque un homme-tronc pour lui demander son avis sur la question.

Quels sont vos rituels d’écriture ?

J’écris le matin et je bois trop de thé. Sinon, j’ai aussi le défaut d’écrire en mode scrapbook. Je note tout ce qui me passe par la tête, j’accumule les bouts de texte. Quand il y a suffisamment de matière, je tente d’y trouver un fil conducteur, de recoller les morceaux. Pour Slash, il ne reste finalement que le mastic, j’ai jeté presque tous les artefacts originaux. Bref, je gaspille beaucoup.

Quels sont les écrivains et les œuvres qui vous ont le plus marquée ?

J’ai lu très peu. Donc, guère d’influences de ce côté. Peut-être John Irving. Mais quelques rencontres marquantes : Le parfum de Patrick Süskind, Brave New World d’Aldous Huxley et La petite fille qui aimait trop les allumettes de Gaétan Soucy. Par contre, j’ai écouté pas mal de chansons francophones quelque part entre 16 et 25 ans. Tout y est passé. Gainsbourg est à peu près le seul que je continue à écouter, à l’occasion. Je me suis ensuite intéressé à d’autres formes d’art. Au bout du compte, tout cela m’a ramené à la contemplation du quotidien.

Qu’est-ce qui vous passionne ?

L’ordinaire. Les choses qui n’ont l’air de rien. Et l’intelligence qui se perçoit des objets bien pensés, des projets bien menés.

Quels sont vos projets à venir ?

Essentiellement, me préparer pour l’arrivée d’un petit à la mi-mars. À côté de ça, comme j’ai eu l’occasion d’assez bien cerner mes forces et mes faiblesses à travers mon travail des dernières années, j’aimerais à l’avenir m’investir dans ce que je sais le mieux faire : inventer, peu importe à quoi cela peut s’appliquer. À court terme, je mijote, pour le printemps 2007, un petit projet d’installation d’art électronique, une sorte d’épilogue à Slash.


SLASH
François X Côté
VLB ÉDITEUR
2006 – 144 pages – 17,95$

Chronique sur le Prix Robert-Cliche

VLB ÉDITEUR