Art et culture
Accueil -> culture -> Louise Turgeon -> Actualités littéraires ->

Entretien avec Jocelyn Saint-Pierre
Histoire de la Tribune de la presse à Québec

1. En quelques lignes, comment résumeriez-vous votre livre ?

Dans cet ouvrage, j’ai voulu présenter une grande tradition journalistique, le reportage parlementaire, et faire une synthèse de l’histoire d’une institution parlementaire fort importante du Québec, souvent méconnue, la Tribune de la presse composée de journalistes représentant au parlement de Québec les journaux québécois.

2. Qu’est-ce qui vous a poussé à écrire cet ouvrage et à le publier ?

Mon intérêt pour la presse remonte à ma collaboration avec André Beaulieu et Jean Hamelin à la rédaction de La presse québécoise des origines à nos jours. Ce livre sur la Tribune de la presse est le résultat de trente années de recherche sur les journaux québécois et les journalistes. J’ai d’abord fait un doctorat sur ce sujet et j’ai publié plusieurs articles. Des historiens et des journalistes, qui connaissaient mes recherches, m’ont fortement incité à en publier les résultats dans un ouvrage.

3. À votre avis, à qui votre livre s’adresse-t-il ?

Aux artisans de la presse en premier lieu. Aux centaines de journalistes de l’écrit et de l’électronique, qui sont passés par la Tribune de la presse de Québec. Aux universitaires, chercheurs, bibliothécaires, étudiants, qui s’intéressent au domaine de l’histoire politique et de la science politique, à l’histoire des médias, aux communications et aux institutions politiques et parlementaires. Et finalement au grand public qui aime l’histoire.

Il s’adresse aussi au monde politique, soit les parlementaires anciens et actuels, et aux fonctionnaires de l’Assemblée nationale. Mais également aux parlementaires et fonctionnaires des autres provinces canadiennes, de France, et de divers États américains qui ont des institutions semblables.

4. En quoi se distingue-t-il si on le compare à d’autres livres traitant du même sujet ?

À mon avis, c’est le premier ouvrage écrit par un historien, et qui fait un examen complet de l’histoire de cette institution. Il y a eu quelques ouvrages et quelques articles publiés sur ce sujet mais ils traitent d’un aspect ou d’une période en particulier, aucun ne se penche sur l’ensemble de son histoire des origines jusqu’à nos jours. J’ai abordé la période des origines jusqu’à 1959 et je me propose de compléter cette histoire au cours des prochaines années.

5. Quels sont vos rituels d’écriture ?

Je crois bien que l’écriture est maintenant mon activité professionnelle préférée. Jusqu’à maintenant, j’ai surtout produit des textes historiques. Il va de soi que ces livres ou articles sont fondés sur la recherche de documents ou de témoignage, dans les fonds d’archives, dans les journaux, dans les ouvrages, et auprès des acteurs concernés.

Ensuite, je fais un plan. C’est l’étape cruciale de mon travail d’écriture. Le plan est le squelette du livre et un guide pour ma recherche.

À partir de ces informations que j’inscris dans une base de données bibliographiques, qui a remplacé mes fiches de jadis, je rédige une première version où j’organise ma matière. J’ai toujours trop de chose à dire. Par la suite, j’élague, je revois l’écriture, la formulation, le vocabulaire, etc. Je n’écris pas d’un seul jet. Finalement, la rédaction me demande au moins deux ou trois versions. J’aime bien laisser dormir un texte, le reprendre, le peaufiner.

Je fais toujours relire mes textes par d’autres. J’ai mon réseau de trois ou quatre personnes, qui me sont fidèles depuis des années et qui ont probablement lu tout ce que j’ai écrit. J’ai l’habitude de dire que je ne suis pas susceptible et que j’accueille facilement la critique.

Je ne suis pas matinal, mon rythme d’écriture s’améliore au fur et à mesure que la journée progresse, mais je peux écrire à tout moment, n’importe où. J’ai une bonne capacité de concentration.

6. Quels sont les écrivains et les œuvres qui vous ont le plus marqué ?

Je lis depuis l’enfance. Je lis le journal quotidien depuis cinquante ans. Je lis au moins trois ou quatre ouvrages par mois. Je m’intéresse surtout à l’histoire. J’ai lu toutes les biographies politiques québécoises et tout ce qui a été publié sur les institutions parlementaires et sur la presse québécoises, ou presque. J’ai été marqué par plusieurs écrivains. Mon mentor est le regretté Jean Hamelin, historien québécois réputé dont la production est impressionnante : de nombreux ouvrages sur l’histoire économique, sociale, politique et religieuse du Québec et du Canada et une quarantaine d’articles. Il a dirigé et encouragé mes recherches pendant plus de vingt ans. Deux chercheurs bibliothécaires, André Beaulieu et Gaston Bernier, m’ont beaucoup influencé dans la recherche documentaire. Les trois m’ont appris à écrire. Un complice depuis trente ans, Gilles Gallichan, historien bibliothécaire, m’a également beaucoup influencé.

Pour ce qui est d’autres auteurs, j’aime bien les historiens québécois, Yvan Lamonde, Gérard Bouchard, Denis Vaugeois, Jacques Lacoursière ou Jean-Marie Lebel, des journalistes comme Gilles Lesage, des journalistes biographes comme Pierre Godin ou Pierre Duchesne. J’aime la littérature québécoise (Gaston Miron, Hubert Aquin, Jacques Godbout, Anne Hébert, Marie-Claire Blais) et la littérature française (Hugo, Balzac, Zola, Malraux, Camus, Sartre, Saint-Exupéry, Michelet, Mandrou, Braudel). M. Hamelin me disait souvent : Lis les bons auteurs, cela améliore le style. Mais l’ouvrage qui m’a probablement le plus marqué, celui que j’ai lu et relu, est L’homme révolté d’Albert Camus – je me révolte donc je suis. En second lieu, son fameux Mythe de Sisyphe – il faut imaginer Sisyphe heureux.

7. Qu’est-ce qui vous passionne ?

La vie. La famille. Les amis. L’écriture. La recherche. La lecture. La bonne bouffe. Le soleil. La mer. La nature. La ville de Québec. Les voyages. L’histoire américaine, française et britannique. La démocratie. La politique. Le Parlement.

8. Quels sont vos projets ?

Je travaille actuellement à un ouvrage sur la ville de Québec, Québec 1608-2008, quatre siècles d’une capitale qui sera publié par l’Assemblée nationale à l’occasion du 400e anniversaire de la fondation de la capitale.

Après ce sera probablement la retraite de la fonction publique. Je compte redécouvrir l’hiver québécois, voyager, faire la route 66 aux États-Unis, résider six mois en France, visiter l’Espagne, l’Italie, l’Angleterre, peut-être la Chine et l’Australie, et surtout être disponible pour ma conjointe et pour mon petit fils Édouard et les autres petits enfants qui viendront.

J’ai l’intention de poursuivre mes recherches en histoire : histoire politique, histoire de la presse et histoire des institutions. Comme beaucoup d’historiens, j’aimerais bien écrire un roman historique un jour.

Histoire de la tribune parlementaire à Québec 1871-1959