Art et culture
Accueil -> culture -> Louise Turgeon -> Actualités littéraires ->

En quelques lignes, comment résumeriez-vous votre livre, Le déshonneur des libéraux. Le scandale des commandites ?

C’est l’histoire d’une affaire d’État, celle du Parti libéral du Canada qui a été le principal acteur d’un scandale dont les personnages – des élus et des hommes d’affaires -, hélas réels, ont abusé du bien public pour tenter d’arriver à leurs fins politiques, soit contrer le mouvement souverainiste au Québec, un mouvement qui avait acquis une force considérable à l’époque du référendum de 1995.

Ces hommes, dont plusieurs s’enrichirent frauduleusement au passage, firent en sorte que l’on confonde, par les moyens de la publicité et de la commandite, l’identité du Canada à celle de leur parti.

La survie du Canada tel que nous le connaissons aujourd’hui passait par eux et par eux seuls, étaient-ils convaincus.

Ce livre, c’est aussi l’histoire d’une tentative de détournement de la démocratie, selon le principe pervers, pour les acteurs de ce véritable feuilleton, que tous les moyens sont bons pour arriver à leurs fins.

C’est un peu aussi l’histoire de la bêtise humaine, car le scandale des commandites aura eu pour conséquence le résultat inverse de ce qu’avaient espéré ses concepteurs : il aura contribué à donner davantage de vigueur au mouvement souverainiste au Québec.

Les acteurs du scandale voulaient « sauver le pays », disaient-ils, alors qu’en réalité ils se sauvaient avec la caisse.

Qu’est-ce qui vous a poussé à écrire cet ouvrage et à le publier ?

D’abord, mon métier de journaliste a fait de moi, par hasard, le témoin privilégié des péripéties de ce scandale politique, sans doute le plus important de ma génération.

Appelé à couvrir au quotidien les tribulations des grands personnages de cette affaire, j’ai dû vivre pendant des mois et des mois avec un sentiment d’indignation croissant que l’exigence de rigueur journalistique m’obligeait à contenir.

Puis j’ai réalisé un jour qu’il y avait tant de faits complexes et incriminants pour la classe politique, en particulier pour le PLC et ses amis, que nécessairement le citoyen ordinaire s’y perdrait rapidement pour ne garder du scandale un jour que les faits les plus spectaculaires, puis éventuellement oublier ce déni de démocratie.

« La mémoire est une faculté affaiblie », disait sans broncher Alfonso Gagliano lors de son témoignage devant le commissaire John Gomery.

Même si l’ancien ministre a quelque peu dénaturé le proverbe, il n’avait pas tort au fond.

J’ai donc écrit ce livre pour ne pas qu’on oublie, pour ne pas qu’on oublie surtout le mépris manifesté à l’égard de la population du Québec à laquelle on voulait vendre un pays comme on vend un réfrigérateur.

En quoi se distingue-t-il si on le compare à d’autres livres traitant du même sujet ?

J’ai essayé de faire un ouvrage le plus complet possible. Le juge John Gomery, dans son premier rapport sur le programme de commandites, s’en est tenu, conformément à ce qu’on lui a demandé, à la preuve présentée devant lui pour tirer ses conclusions.

De mon côté, j’ai élargi le récit au-delà du mandat du commissaire, en tenant compte des travaux du comité des comptes publics sur le programme de commandites et en faisant intervenir le jeu politique qui fut en quelque sorte la trame la plus importante de cette affaire.

Pour moi, la rivalité entre Jean Chrétien et Paul Martin et les problèmes de financement du Parti libéral du Canada liés à cette rivalité ne peuvent pas être ignorés pour comprendre la genèse du scandale.

Évidemment, je n’ai pu tout dire et tout raconter, ne m’en tenant bien souvent qu’à des exemples et à des faits significatifs.

Ce livre traite de l’escroquerie des uns et des autres, mais rappelle également que les considérations éthiques et le tort que ce scandale a fait à la démocratie même au Canada sont plus importants, sur le plan des valeurs humaines, que les millions volés

Quels sont les faits saillants ou inédits que vous présentez dans cet essai ?

On apprendra que tout n’a pas été dit sur la responsabilité de Paul Martin dans le scandale des commandites et que le commissaire Gomery, qui l’a blanchi, ne s’en est tenu qu’aux éléments de la preuve déposés devant lui.

On apprendra que c’est l’ancien ministre Don Boudria qui a ordonné que l’on réponde à une demande d’accès à l’information d’un grand quotidien au sujet d’un rapport manquant au ministère des Travaux publics sur les activités de commandites. La demande était bloquée depuis une année par son prédécesseur Alfonso Gagliano.

On apprendra que, si un journaliste n’avait pas réalisé que trois rapports d’activités de commandites commandés à une agence de communication de Montréal n’étaient en fait qu’un seul et même rapport payé trois fois un demi million de dollars, nous n’aurions jamais entendu parler sans doute du scandale des commandites.

On apprendra bien d’autres choses encore, notamment que les contribuables canadiens ont payé bien cher des publicités à la radio vantant, au nom du gouvernement fédéral, l’effet diurétique de l’oignon…

Le déshonneur des libéraux – Le scandale des commandites

Entretien paru sur le site de l’éditeur :VLB ÉDITEUR