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En quelques mots, comment présenteriez-vous votre livre ?

Il s’agit d’une étude d’histoire sociale qui relate le parcours tout à fait particulier du médecin canadien-français Joseph François D’Avignon, qui fut un des principaux acteurs des rébellions de 1837-1838 au Bas-Canada et qui, à la suite de la défaite de 1838, décide de s’installer définitivement aux Etats-Unis, dans l’État de New York. Il se marie, fonde une famille et pratique la médecine. En 1861, la guerre civile américaine éclate et, pour des raisons personnelles, D’Avignon décide de s’enrôler en 1862 et de passer les trois années suivantes de sa vie au front. Au début de son service militaire, il entreprend une correspondance avec son fils, qui vient de quitter le nord de l’État de New York pour faire des études de pharmacie à l’Université McGill. Cette correspondance se poursuivra jusqu’au décès de Joseph François D’Avignon, en 1867. L’originalité de cette étude tient au fait qu’elle est en grande partie fondée sur le contenu de cette correspondance et qu’elle met en scène un Canadien français qui a participé à deux des principaux événements qui ont profondément marqué l’évolution de l’Amérique du Nord au XIXe siècle, soit les rébellions de 1837-1838 au Bas-Canada et la guerre de Sécession. Mon objectif était de restituer le plus fidèlement possible la réalité sociale, économique et politique qui fut celle de Joseph François D’Avignon, de connaître ses préoccupations sociales, financières et familiales et de découvrir sa vision de la guerre, mais aussi sa compréhension de la société américaine au milieu du XIXe siècle.

Qu’est-ce qui vous a poussé à écrire cet ouvrage ?

J’avais déjà publié, chez VLB, en 2006, Les Canadiens français et la guerre civile américaine (1861-1865). Une autre dimension de leur migration vers les États-Unis. La présence des Canadiens français aux États-Unis, leur migration vers le sud au cours du XIXe et du XXe siècles m’ont toujours fasciné et j’y ai consacré de nombreuses études. Des recherches récentes ont mené à la découverte de cette correspondance entre D’Avignon et son fils. Peu de Canadiens français impliqués dans la guerre de Sécession ont laissé des traces de leur participation dans cette guerre. Cette correspondance est d’autant plus précieuse qu’elle provient d’un des principaux dirigeants des rébellions de 1837-1838. De ce point de vue, elle est extrêmement riche en informations sur ses préoccupations, sur la guerre, sur la société américaine et sur ses objectifs en prenant part à cette guerre. Je ne pouvais tout simplement pas refuser de partager cette trouvaille avec le public qui s’intéresse aux Rébellions et à la participation canadienne-française dans la guerre civile américaine.

Quels sont les écrivains et les oeuvres qui ont le plus influencé votre travail ?

L’intérêt pour la migration des Canadiens français m’est naturellement venu des pionniers qui ont mené des recherches sur le sujet dans les années 1980 au Québec, notamment les professeurs Bruno Ramirez et Yves Roby, et aux États-Unis, Ralph D. Vicero et Tamara Hareven. L’intérêt pour la guerre civile américaine m’est venu au cours de mes propres recherches portant sur l’émigration des Canadiens français aux Etats- Unis, alors que j’ai pris conscience que, pour des raisons diverses, les spécialistes dans le domaine avaient omis de traiter de cette période qui avait vu un nombre considérable de Canadiens français franchir la frontière pour s’enrôler dans les armées du Nord. À partir du moment où je
me suis intéressé à cette période, les travaux d’historiens américains, comme ceux de James M. McPherson sur la guerre civile américaine, m’ont profondément influencé. J’y ai trouvé un traitement de la guerre qui transcendait la guerre elle-même, la guerre-bataille, pour s’intéresser plus spécifiquement à l’expérience humaine qui en résulte. C’est dans cette optique que j’ai écrit mon dernier livre sur Les Canadiens français et la guerre civile américaine et que j’ai abordé ce nouveau livre en tentant surtout de rendre compte, à l’aide de sa correspondance, de l’expérience humaine qu’a vécue Joseph François D’Avignon, comme officier-chirurgien du 96e régiment d’infanterie de l’État de New York.

Avez-vous des rituels d’écriture ? Lesquels ?

Pas particulièrement

Quels sont vos projets ?

Je continue de m’intéresser à la présence francophone aux États-Unis et aux relations entre le Québec et les États-Unis sous différentes formes. Je travaille en ce moment avec un groupe de recherche sur la présence francophone dans le Dakota du Nord, la dernière « frontière » en quelque sorte de la migration est-ouest des Canadiens français sur le continent, migration qui les a conduits de la Nouvelle-Angleterre vers le Midwest américain, pour enfin les pousser à s’installer dans le nord-ouest et particulièrement au Dakota du Nord. En parallèle, je poursuis des recherches plus contemporaines sur les relations entre le mouvement étudiant américain et le mouvement étudiant québécois dans les années 1960, recherches qui ont donné lieu à la publication de quelques articles et à l’organisation de colloques sur le sujet.

D’Avignon. Médecin, patriote et nordiste

VLB ÉDITEUR