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Il y a dans la vie des moments qui vous marquent à jamais.

Je me souviens comme si c’était hier de ce jour lointain où l’on m’avait confié la mission d’aller chercher un nouveau-né à La Miséricorde pour le reconduire dans sa famille d’adoption.

Ce matin-là, le soleil de juin perçait les nuages.

En descendant les marches de la crèche montréalaise, mon précieux colis dans les bras, j’ai pris conscience du destin incertain des enfants dits « naturels », nés de mère et de père inconnus.

Je songeais alors à faire carrière dans le service social, mais j’ai finalement opté pour le journalisme.

Faut-il y voir un hasard ?

Mon premier grand reportage portait sur les orphelins de La Miséricorde en attente d’adoption.

Plus tard, j’ai publié dans le magazine L’actualité un article consacré à ces mêmes orphelins devenus adultes, qui recherchaient leurs parents légitimes et réclamaient le
« droit aux origines ».

Enfin, récemment, quand je suis retournée à l’université pour terminer ma maîtrise en histoire, le sujet de mon mémoire s’est imposé d’emblée : les mères célibataires que la société puritaine du milieu du dix-neuvième siècle appelait malicieusement les « filles tombées » (…dans le péché).

Autant dire que ce roman, je le porte en moi depuis des décennies.

Où s’arrête l’histoire?

Où commence la fiction ?

Les lecteurs curieux de démêler le vrai du faux m’ont si souvent posé la question, depuis la publication du Roman de Julie Papineau, que j’y réponds d’entrée de jeu.

Les Filles tombées est une oeuvre de pure fiction.

La petite servante engrossée par son patron, la prostituée, la bourgeoise et l’immigrante irlandaise qui attendent leur délivrance à la Maternité de Sainte-Pélagie, en cet été de 1852, sont nées de mon imaginaire, comme aussi Rose, la narratrice, qui enquête pour savoir laquelle de ces quatre filles tombées est sa mère.

De tous les genres littéraires, il m’a semblé que le roman me permettrait de mieux révéler le drame des filles mères méprisées et rejetées par les bien-pensants de l’époque.

Cela dit, l’Hospice de Sainte-Pélagie — appelé ici la Maternité de Sainte-Pélagie — où se déroule une partie de l’action a réellement existé.

D’ailleurs, vous la connaissez sans doute, elle est passée à l’histoire sous le nom de La Miséricorde.

Quant à l’Asile des Enfants trouvés, je l’ai rebaptisé l’Orphelinat des Enfants trouvés.

Les événements historiques qui traversent ce roman, tel le gigantesque incendie qui a ravagé Montréal, en 1852, sont bien réels.

C’est aussi le cas de la traversée de l’Atlantique par le vapeur Great Eastern.

J’ai emprunté au récit qu’en a laissé Jules Verne dans Une île flottante (1871).

Mon seul péché, c’est d’y avoir fait monter Rose, afin qu’elle puisse rencontrer le célèbre écrivain français.

N’est-ce pas le privilège du romancier de partir d’un fait véridique, pour ensuite laisser vagabonder son imagination ?

Micheline Lachance

Les filles tombées

LES FILLES TOMBÉES

LES ÉDITIONS QUÉBEC AMÉRIQUE