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Avec tes mots
Angèle Bassolé-Ouédraogo
Collection Batik
Poésie
Malaïka et Sankofa Éditions
Ottawa
2003
98 pages

Ce soir
Il pleut des cordes ici
Oui des cordes avec lesquelles je m’enlace
J’ai l’âme en miettes et ta sagesse ne m’est d’aucun secours
Je voudrais écrire l’espoir avec tes mots
Mais je m’enfonce dans le marécage


Angèle Bassolé-Ouédraogo est née le 8 février 1967 à Abidjan. Elle y fait ses études de 1972 à 1986, puis intègre la Faculté de Lettres de l’Université de Ouagadougou de 1986 à 1990, d’où elle sort détentrice d’une Maîtrise ès Lettres.

À partir de 1992, elle est au Canada pour ses études doctorales et défend sa thèse portant sur les poètes africaines en 1997 à l’Université d’Ottawa. Depuis lors, elle navigue entre la critique littéraire et l’écriture poétique, entre la recherche adadémique et l’engagement communautaire, entre le Canada et l’Afrique avec un rêve : bâtir un pont culturel entre son continent d’origine et l’Amérique du nord. Une partie de ce rêve vient de se concrétiser : une maison d’édition nommée… Malaïka.

Avec tes mots est son second recueil de poésie.

« L’histoire récente du monde a retenu : un homme est mort pour avoir dit des mots. Rien d’autre ne pouvait lui être reproché : ni la recherche du pouvoir, ni l’appât du gain, ni la volonté de nuire… »
(Début de la préface de Jean-Claude Naba)
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Recension par :
Toussaint Kafarhire Murhula, S.J. / Berkeley – California
« Toussaint MURHULA »
kafmurhula@hotmail.com
30 mars 2004

Lorsque je finissais de lire Burkina Blues paru il y a quatre ans, je me souviens qu’il m’était resté dans la tête le goût amer d’une liberté tragique, tandis que je découvrais une auteur acharnée à se battre avec des « mots » contre la barbarie d’un monde qui n’écoute que la violence des armes.
Voir « Le tragique de la liberté révoltée dans ‘Burkina Blues’ d’Angèle Bassolé-Ouédraogo », Mots Pluriels, no 23, mars 2003,
http://www.arts.uwa.edu.au/MotsPluriels/MP2303tkm.html

Aujourd’hui, ces mots d’Angèle Bassole résonnent à nouveau sur la même note tragique, à la différence qu’elle les emprunte cette fois-ci à d’autres qui ont été victimes hier, mais dont l’écho de vie se prolonge sur mille ans inachevés. Bassole vole des mots à une éternité que nous poursuivons insaisissable (p.53) tandis que le temps s’évapore comme pluie au désert.

Avec Tes Mots est un ouvrage que je ne conseillerais pas de lire comme on boit du petit lait. Il est dense, concentré, riche, complexe. Bassole y ramasse en un vers, une strophe, l’histoire de tout un continent. Elle réclame justice dans un monde où « le mal est roi » (59). Et quand bien même le paradoxe de l’œuvre revendique la pérennité des mots de ceux que l’on a voulu réduire au silence, j’ai presque envie de crier à la poétesse, « quitte dans ça ! » en empruntant cette fois-ci et les mots et la voix à Alpha Blondy.

Car les choses vont de mal en pis, et quelque soit ce qu’on leur dit, ces abrutis n’ont rien compris. Si l’écriture de Bassole est lourdement traversée par le tragique d’une liberté tiraillée entre l’absolu et la négation de la vie en Afrique, son combat est éminemment politique.
« Cela n’est perceptible qu’à des êtres tout à fait hors du siècle et de ses délires à le nôtre . Pour ma part, je sais déjà que le poète lutte contre lui-même pour ne pas désavouer sa bonté inventée. Ce n’est pas sans désespérance qu’il s’obstine à contempler l’avidité des foyers d’incendie » (Pierre Berger, René Char, Paris, Editions Pierre Seghers, 1951, p.13).

Bassole rejoint ici la longue tradition des poètes dont la conscience comme René Char, éclaire la cité obscure d’un âge moribond.

Avec Tes Mots touche légèrement, de manière très suggestive, les grandes questions sociales liées au continent africain. Non pas seulement la fuite des cerveaux en exil vers le Nord, mais aussi l’errance des « sans papier » qui traversent toutes les difficultés possibles pour échapper à un malheur et en embrasser un autre. Dans des telles conditions, ce sont nos larmes qui « sans passeport ont franchi les rives de la Léraba pour se jeter dans la rivière Ontario » (p.90).

Ce symbolisme poignant montre combien le malheur que l’on fuit se colle à notre histoire ; comme une ombre, il nous accompagne partout. Finalement, entre la mémoire et l’espérance, entre hier et demain, entre la Léraba et l’Ontario, ce sont nos larmes de malheurs qui coulent et qui nous enserrent de partout.

Avec Tes Mots «se moque des mignardises et des fioritures» des conventions. Il veut secouer et réveiller le continent de la torpeur dans laquelle il vit. Ce qui importe à l’auteur en définitive, c’est l’esprit des mots qu’il faut libérer, contre la « débauche et la corruption », c’est d’écrire une histoire avec l’esprit des mots que nul ne peut ni emprisonner, ni tuer, ni refuser d’entendre, car c’est une voix qui se glisse entre l’âme et la peau de l’âme pour se loger dans la conscience. Et comme dirait Nietzsche, « De tout ce qui est écrit, je n’aime que ce que l’on écrit avec son propre sang. Ecris avec ton sang : et tu sauras que le sang est esprit. » (Cité par J-G Bidima, 1993 :11).

Effectivement, l’esprit d’Avec Tes Mots se veut être le sang des « Martyrs d’une vie », des
« Héros d’un jour » qui ont eu leur vie « gâchée à vouloir faire le bien » (p.59) mais dont l’intégrité reste notre remède pour ne pas sombrer définitivement dans le non-sens.

Voir :
Mots Pluriels
La poésie africaine au féminin
Et les Africaines prirent la plume !
Les Mémoires absentes…
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Soumission de manuscrits: manuscrits@editionsmalaika.com
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Prix de poésie Trillium (catégorie de langue française)
Angèle Bassolé-Ouédraogo – « Avec tes mots », un hommage à François Ouédraogo, brossant un portrait des souffrances d’un peuple et de la liberté d’expression vitale.
Éditeur : Éditions Malaïka

Le Prix Trillium, qui en est à sa 17 e édition, est considéré comme l’un des prix littéraires nationaux et internationaux les plus prestigieux. Les lauréats précédents incluent des auteurs de grande renommée comme Margaret Atwood,
Michael Ondaatje, Jane Urquhart et Maurice Henri.
Les lauréats du prix Trillium dans les catégories de langue française et anglaise reçoivent 20 000 $. Leurs éditeurs touchent 2 500 $ pour couvrir les frais publicitaires. Le lauréat ou la lauréate du Prix de poésie Trillium reçoit 10 000 $ et son éditeur 2 000 $.