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« Sur les eaux du fleuve mes
jambes forment un pont. »

“ Sobre las aguas del río hacen
puente mis piernas.”

Ce recueil de Juan José Macías pose d’abord, sans jamais le faire ouvertement, la question de qui est qui et quoi dans la réalité, la perception de cette réalité son apparence, sa fréquente transformation selon les perceptions des humains et la nature des choses, son écriture selon les genres littéraires, les interminables dédoublements au creux de nous, au cœur des choses et des événements tant du visible que de l’invisible de chacun et de tout et ce qui se voit ou ne se voit pas selon ce que nous sommes, sommes pas, refusons d’être ou ne pouvons pas être, dans la lumière ou dans la nuit.

Puis, dans une première partie, il met en scène le poète Hölderlin et Émilie, c’est-à-dire la poésie et l’amour : « Si Hölderlin vient, s’il vient, la poésie retrouvera son cœur urgent » (p. 37) et fera « du temps et du désir un présent insoutenable. » (p. 39). Alors le poète pourra leur « montrer (son) cœur, habitué comme le vôtre au ciel libre, Émilie. » (p. 43).

« Seule la poésie survit en temps de pénurie. / Seuls les poètes, au temps où il n’y a plus de dieu, osent risquer une phrase. » (p. 53).

Puis plusieurs poèmes sont consacrés aux révélations d’une longue lecture d’Émilie. Comment redonner aux humains mortels « ce que recèlent (les) lèvres » d’Émilie et cet « invincible besoin que définit le désir… » et la nuit ? Comment leur dire que l’âme ne sait de l’utilité et de la perte et « rien non plus des secrets, car le secret est une âme » (p. 61)

Une deuxième partie est consacrée à l’inaccessible identité de soi, des autres, du monde, de la lumière comme de la nuit, de vérité et du mensonge.

Trouver son identité s’avère un acte inaccessible car « il n’y a pas de fauteuil sûr pour le cœur » (p. 91), que « tout naît dans le temps qui meurt » (p. 93) et que paradis et enfer ont un horizon commun.

Nous mentons « parce que nous ne pouvons pas oublier – ou parce que nous avons déjà oublié qui nous sommes réellement » (p. 119), parce que nous connaissons l’intime et unique secret de nos corps : la mort, « notre seule vérité » (p. 123).

Car seul « le silence ne ment pas ». (p. 127)

L’AUTEUR :

JUAN JOSÉ MACIAS est né à Fresnillo, dans l’état de Zacatecas. Poète, critique littéraire et directeur d’ateliers et d’une revue littéraire, il a gagné le Prix National de Poésie Ramón López Velarde

LA VENUE D’HÖRDERLIN / VIENE HÖLDERLIN
Juan José Macías
Traduction: Françoise Roy
LES ÉCRITS DES FORGES
MANTIS EDITORES
INSTITUTO ZACATECANO DE CULTURA
2005 – 136 pages – 14,00$ – 15,00 euros

LES ÉCRITS DES FORGES

INSTITUTO ZACATECANO DE CULTURA