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L’action de ce roman se situe à Pékin au début des années 1980.

Lili, une jeune femme de vingt-quatre ans, sort de prison où elle a été envoyée pour «hooliganisme».

Après trois mois de «réhabilitation par le travail», elle décroche un boulot de guide touristique en Mongolie, où elle tombe amoureuse de Roy, un journaliste américain que va l’initier à l’amour… et à la démocratie.

Après une adolescence passablement brinquebalée (elle a été violée à l’âge de douze ans, avant de devenir la maîtresse d’un chef de bande), la jeune femme, immature, est très démunie devant cette relation de couple.

À son Pygmalion, Lili relate crûment la dérive des jeunes Chinois dans la société contemporaine, la prison, les conflits de génération, le conformisme moral étouffant, la confiscation des postes par une nomenklatura impitoyable.

Ce tableau sans complaisance d’une société en panne est entrecoupé de flashs-back qui plongent le lecteur dans l’horreur des années maoïstes. Ainsi, de la dénonciation de la grand-mère, étiquetée «capitaliste corrompue» par ses rejetons, sommés de lui cracher dessus.

Quand éclate la révolte estudiantine de 1989, on écoute avec Lili les palabres des étudiants, on découvre les diverses figures de la contestation, tels ces grévistes de la faim et de la soif prêts à mourir pour la démocratie, mais aussi les citoyens ordinaires, avec leurs espoirs, leurs gestes courageux et leurs reculs paniqués face au Moloch bureaucratique.

Le roman se referme sur la proclamation de la loi martiale et le déclenchement brutal de la répression qui suit.

Les cent dernières pages, relatant les événements de Tien an Men, sont sans doute les plus impressionnantes : Lili est un témoignage de première main sur le soulèvement de 1989.

Construit avec un art d’aquarelliste délicat et nuancé, ce roman recèle incontestablement une authenticité et une force littéraire rares, et il trace avec le personnage de Lili le portrait vibrant d’une jeune Chinoise d’aujourd’hui.

L’AUTEURE :

ANNIE WANG est née en 1972 à Pékin, où elle a grandi. À vingt et un an, elle émigre aux USA. Diplômée de l’Université de Californie en 1996, elle travaille ensuite comme correspondante du Washington Post à Pékin, avant de devenir attachée au ministère des Affaires étrangères du Département d’État.

LILI
Annie Want
Traduction : Daniel Roche
LES ÉDITIONS RAMSAY
320 PAGES – 34,95$