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« Il tient dans son bec
le cri assoiffé de mon nom »

“Trae al pico
el grito sediento de mi nombre”

Ce recueil, à la langue tricotée serrée, nous maintient du début à la fin au cœur de ce constat terrible de la brièveté de la vie, de l’amour, de l’enfance et des humains. Il est en tout point, forme et fonds, jumeau parfait du sujet qui le traverse dans toutes ses pages : il est densément bref : une cinquantaine de pages divisée en 3 sections.

Cette brièveté, « exquise morsure » (p. 63) qui conduit au néant, au rien, au non-humain, fait qu’ « un homme n’est qu’une seconde chancelante » (p. 39) pendant laquelle le poète et l’homme « emporte(nt) serrés entre (leurs) dents/ les manques dont (ils n’ont) pu jouir. » (p. 29). Cette « exquise morsure » fait que « les jours sont un bâillement dans notre quête de zéphyr » (p. 53)

Avec Luis Aguilar, force est de constater que nous ne disposons que de ce temps de brièveté pour décoder et vivre cette nuit à traverser qui n’est qu’ « un
tunnel dont la lumière / (est) impossible à reconnaître » (p.21).

L’exquis de la morsure laisse parfois entrevoir, brièvement, qu’ « Il y a à l’orée de cette plage / une maison fragile/ … (à la) porte larmoyante (p.12) » et qu’au fond de chacun de nous « il restera toujours un incendie » (p.29)

Par contre, rien, absolument rien ne peut changer ce scénario de la brièveté-destinée car celle-ci n’est rien d’autre qu’« une « arme impatiente/ sous le linteau de la fenêtre » (p.15). C’est pourquoi Aguilar « laisse une ampoule allumée/ pour effrayer la peur/et un plat sale à la cuisine » (p.17).

Ce poète ressent fort bien cette profonde et quasi-inexplorable densité des émotions qui touche et brise trop souvent les humains. Il sait que « Le sang des hommes n’est pas éternel comme l’eau » (p.25), et, lucide, qu’un oiseau femelle…«tient dans son bec/ le cri assoiffé de (son) nom » (p.19).

L’abandon total pourrait allonger l’exquis de la morsure plantée dans le cou des humains et en faire «… un panier/rempli de pommes magnifiques » (p.41). Mais « L’océan au complet/ (n’est) qu’un seul et unique silence/ tissé de pas en train de s’éloigner » (p.43). Comme le silence perdu de l’enfance. « Suis-je qui j’ai été ? /je ne me souviens pas de moi », conclut le poète (p.59)

Aguilar se doit donc de vivre et d’écrire cette exquise morsure de la nuit « dans les tulipes des draps » (p.63), sur la nappe jaune avec imprimé aux tulipes, même si « la mort nous achève » (p.69) tous. Car « Il y a à l’orée de cette plage / une maison fragile/ … (à la) porte larmoyante (p.12) » et au fond de chacun de nous « il restera toujours un incendie » (p.29).

L’AUTEUR :

LUIS AGUILAR MARTINEZ. Écrivain et journaliste, Luis Aguilar Martínez est né à Altamirano, dans l’état de Tamaulipas. Il a gagné plusieurs prix de poésie, de nouvelles et d’essai.

Escritor y periodista, Luis Aguilar Martínez nació en Altamirano, Tamaulipas. Fue ganador de varios premios de poesía, cuento y ensayo.

NAPPE JAUNE AVEC IMPRIMÉ AUX TULIPES
MANTEL DE TULIPANES AMARILLOS
Luis Aguilar
Traduction: Françoise Roy
MANTIS EDITORES
UANL
LES ÉDITIONS ÉCRITS DES FORGES
2005 – 112 pages – 14,00$ – 15,00 euros

LES ÉDITIONS ÉCRITS DES FORGES

UNIVERSIDAD AUTONOMA DE NUEVO LEON

MANTIS EDITORES